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L'atopie chez le chien (ou dermatite atopique canine)

 

 

Tous droits réservés pour tout support, reproduction interdite.

Peau du thorax épaissie (lichénification), enflammée, parsemée de papules et de pustules, chez un jeune bouledogue français atopique, présenté à la clinique vétérinaire de Calvisson. 

 

 

Points forts :

 

. L'atopie est une maladie chronique de la peau, qui résulte à la fois d'anomalies de la barrière cutanée, et d'une réaction de l'organisme à des allergènes de l'environnement (acariens de poussières de maison, pollens), plus rarement alimentaires ou microbiens.

 

. Il existe un support génétique à l'atopie, qui se traduit par une prédisposition raciale : bouledogues français et anglais, West Highland white terriers, Bull terriers et Jack Russel terriers, labradors et golden retrievers, boxers… sont quelques-unes des races prédisposées.

 

. Il n'existe pas de test pour diagnostiquer l'atopie : le diagnostic est clinique et épidémiologique : un chien appartenant à une race prédisposée, présentant démangeaisons ou irritation de la face, des extrémités des membres et/ou de la région anale, le tout ayant commencé avant l'âge de quatre ans, répondant aux corticoïdes mais ayant tendance à récidiver… a de fortes chances d'être atopique. Il faut aussi identifier les complications de l'atopie (surinfections par des bactéries et/ou des levures), et exclure les maladies pouvant provoquer des symptômes similaires : allergie à la salive de puces, autres parasitoses cutanées, hypersensibilité alimentaire… 

 

Une fois le diagnostic d'atopie établi, des intradermo réactions (skin tests), ou éventuellement des tests sérologiques réalisés à partir d'une prise de sang, permettent de savoir à quoi le chien est allergique.


. Il n'existe pas un traitement unique de l'atopie, mais une combinaison de traitements locaux et généraux visant à renforcer la barrière cutanée, lutter contre les surinfections, diminuer l'inflammation et les démangeaisons… Ces moyens visent à contrôler l'atopie, mais pas à la guérir : l'atopie est une maladie chronique, toujours susceptible de récidiver.


. La désensibilisation, traitée dans un autre chapître de ce site, améliore 50 à 80 % des chiens atopiques, après un délai de six à douze mois.


 

 

 

 

 

 

 

Votre labrador fait des otites à répétition, votre bouledogue a la peau du ventre épaissie et se gratte sans arrêt, votre westie passe son temps à se lécher les doigts (qu’il a tout rouges)… Vous êtes probablement « l’heureux » propriétaire d’un chien atopique. Quelques informations sur cette maladie :

 

DÉFINITION DE L’ATOPIE

 

Il existe de nombreuses définitions de l’atopie du chien. On peut essayer de les résumer en disant qu’il s’agit d’une maladie chronique (récidivante), inflammatoire et prurigineuse (c’est à dire qui fait gratter), due d’une part à la réaction d’une partie des défenses de l’organisme (pour les scientifiques : les immunoglobulines E ou IgE), à des allergènes de l’environnement (poussières, pollens…), alimentaires, ou microbiens, et d’autre part à des anomalies de la barrière cutanée.

 

En clair : les chiens atopiques sont allergiques, et ont une peau anormale. Il en résulte une inflammation chronique de leur peau, avec rougeurs et démangeaisons.

 

 

Photo de gauche : sol tapissé de pollen, au printemps : difficile de ne pas en être recouvert lorsqu'on est un petit chien (ou un plus grand, d'ailleurs - photo de droite). D'où l'intérêt du brossage quotidien et des shampooings fréquents, qui débarrasseront, au moins partiellement, la peau des chiens atopiques, de tous ces allergènes (voir plus loin).

 

 

L’ATOPIE, COMMENT çA MARCHE ?

 

Nous n’allons pas entrer en détail dans les mécanismes de l’atopie : parler des lymphocytes T, des IgE spécifiques et de la composition détaillée de la couche cornée nous entrainerait un peu loin. Nous nous intéresserons seulement à deux points intéressants pour la compréhension de la maladie : son caractère génétique, et le rôle de la barrière cutanée, autrement dit de la peau et de ses altérations. Vous n’aurez donc pas besoin de trop vous accrocher !

 

1 - Caractère génétique de l’atopie :

 

Sans entrer dans des considérations très compliquées, le support génétique de l’atopie est démontré par une prédisposition raciale… qui fait même partie des critères de diagnostic de l’atopie. Il existe différentes listes de races prédisposées, variables selon les pays et les époques ; ce qui est logique, puisque le patrimoine génétique d’une race canine n’est pas forcément le même aux USA et en Europe centrale, et que les races à la mode depuis une quinzaine d’années, comme les bouledogues français et les Jack Russel terriers, ont plus de chances de figurer dans la liste aujourd’hui qu’il y a trente ans, lorsqu’elles étaient très peu représentées. Inversement, dalmatiens et setters irlandais, qui figuraient encore récemment sur les listes nord-américaines des races prédisposées à l’atopie, en ont été retirées.

 

Pour donner un exemple de liste, on citera : bouledogues français et bulldogs anglais, labradors et golden retrievers, boxers, beaucerons, toutes sortes de terriers au premier rang desquels West Highland white terriers (Westies) et bull terriers, mais aussi Jack Russel, Yorkshire, cairn et fox terriers, Cavalier King Charles, chi hua huas, Shi Tsu, Shar peï, Akita Inu, berger allemands, schnauzers… (liste non limitative : même si la race constitue l’un des critères diagnostiques, tout chien peut éventuellement développer une dermite atopique).

 

 

Inflammation de toute la face chez un bouledogue français (photo de gauche), et otite érythémato-cérumineuse touchant essentiellement les pavillons chez une West Highland White Terrier (photo de droite) : deux des races les plus prédisposées à l'atopie.

 

Non seulement il existe donc des races prédisposées à l’atopie, mais il existe aussi une prédisposition raciale à telle ou telle forme de la maladie : c’est ainsi que l’on observe couramment les premiers signes d’atopie avant l’âge de quatre mois chez le Bouledogue français, le shar pei et le Westie, alors qu’ils apparaîtront habituellement entre six mois et trois ans dans les autres races. On observera une forme classique de la maladie chez les trois races que nous venons de citer, une forme mineure, avec peu de symptômes, chez le labrador, et une prédominance des otites chez le Cavalier King Charles et le cocker.

 

On peut évidemment se demander en quoi consistent ces modifications génétiques qui provoquent les symptômes d’atopie ? Chez l’Homme, il s’agit d’un défaut d’origine génétique de la barrière cutanée. Chez le chien, il semble qu’il s’agisse de l’expression de gènes intervenant dans la réponse immunitaire, et également dans la constitution de la barrière cutanée – ce qui nous amène tout naturellement au second des mécanismes intervenant dans l’atopie.

 

2 – La barrière cutanée :

 

On appelle ainsi la couche cornée, ou stratum corneum, couche la plus superficielle de la peau. Elle joue un rôle de barrière dans les deux sens, empêchant d’un côté la sortie de l’eau, et de l’autre l’entrée de germes ou de substances allergisantes.

 

Il a été montré que chez les chiens atopiques, le « ciment » lipidique qui relie entre elles les « briques » que sont les cellules de la peau (cornéocytes) avait une composition modifiée, et que les briques étaient trop écartées. Des protéines et des enzymes jouant un rôle dans l’étanchéité et l’hydratation de la peau, sont également modifiés. Chez le chien atopique, la peau laisse donc sortir l’eau et rentrer les germes et les allergènes, davantage que chez un chien « normal ».

 

La restauration de la barrière cutanée sera l’un des principaux objectifs du traitement. En médecine humaine, les anomalies de la barrière cutanée, autorisant la pénétration de molécules de l’environnement, sont considérées comme la principale cause de l’atopie, et la restauration de cette barrière, comme le traitement de fond de la maladie.

 

 

QUELS SONT LES SYMPTÔMES CHEZ LE CHIEN ?

 

Une étude internationale, multicentrique, incluant un millier de chiens, a défini en 2010 les symptômes caractéristiques du chien atopique : ce dernier est un jeune chien (moins de trois ans au début de la maladie, dans 68 % des cas), atteint de démangeaisons, (donc qui se gratte, se lèche, ou se frotte contre différents objets), et qui présente des lésions, (rougeur, perte de poils…), au bout des pattes, notamment des antérieurs (79 % des cas), et dans le pavillon des oreilles (58 % des cas) (photos ci-dessous). Le bas du dos et le bord des oreilles ne sont généralement pas touchés. Ces démangeaisons répondent bien à l’administration de corticoïdes. Enfin, la peau fragilisée est souvent surinfectée par des bactéries et des levures (notamment chez les bergers allemands et les westies), donc épaissie, suintante,  et parsemée de pustules… (voir la première photo de cet article).

 

 

Deux des symptômes fréquemment rencontrés dans l'atopie : inflammation, léchage et perte de poils à l'extrémité des antérieurs (photo de gauche), et otite touchant particulièrement les pavillon des oreilles (photo de droite).

 

Ces critères, un peu restrictifs mais consensuels, ont une spécificité et une sensibilité de 80 % environ. Ce qui veut dire en clair qu’un chien sur cinq présentant tous ces critères n’est pas atopique, et qu’un chien atopique sur cinq ne répond pas à cette liste de critères !

 

On doit donc s’attendre à rencontrer des présentations un peu moins typiques : tout d’abord, des symptômes classiques, mais qui n’ont pas trouvé leur place dans la liste restrictive publiée en 2010 : une atteinte de la face (lèvres, paupières), et des grands plis (régions inguinale et axillaire, plis du coude et du jarret). Cette atteinte se traduit d’abord par des poussées de prurit (démangeaisons), une rougeur de la peau, des papules, et une coloration des poils due au léchage. Au fur et à mesure de l’évolution, le prurit devient permanent, et les lésions étendues, la « simple » rougeur de la peau laissant la place à des lésions chroniques : perte de poils (alopécie), épaississement (lichénification), pigmentation, érosions cutanées…

 

 

Photo de gauche : inflammation des lèvres (cheilite) chez un chien atopique. Photo de droite : atteinte des grands plis, ici la région axillaire, du milieu du thorax jusqu'au coude. La cheilite présentée ici est une manifestation aiguë d'atopie, tandis que l'atteinte du pli axillaire est une manifestation chronique, avec lichénification et pigmentation, chez un chien qui se gratte depuis des années.

 

Citons aussi des symptômes typiques… mais isolés, comme une otite, un léchage des doigts (pododermatite), ou encore un épaississement de la peau autour des mamelons, tout cela sans autre symptôme, et parfois sans démangeaisons. Là aussi, les symptômes ont souvent tendance à s’aggraver au cours de la vie, passant au fil des années de formes localisées ou de crises peu fréquentes, à des formes plus étendues et à un prurit permanent.

 

On rencontre enfin des présentations franchement atypiques, comme une séborrhée dorsale véritablement huileuse, (localisation qui évoque habituellement une infestation par les puces), s’accompagnant d’alopécie et de prurit, particulièrement chez les terriers, les Lhassa apso et les shi tsu ; des pertes de poils, ulcérations, lichénifications touchant le tour des yeux, les paupières, le chamfrein (ce qui fait penser à une maladie auto-immune comme un lupus ou un pemphigus) ; un léchage permanent du ventre, entrainant un épaississement et une pigmentation de la peau ; une otite suppurée ; des excroissances de peau…

 

Et sans oublier les complications dues aux corticoïdes, souvent administrés pendant des années, responsables d’un syndrome de Cushing iatrogène : le chien se met à ressembler à un petit tonneau monté sur quatre pattes toute maigres, et il boit, mange et urine sans arrêt. Côté peau, il perd ses poils sur le corps, (la tête et les membres étant épargnés), et sa peau devient fine, couverte de calcifications et de comédons, et sensible aux infections… tout cela venant évidemment s’ajouter aux manifestations de l’atopie elle-même.

 

 

COMMENT ON SAIT QUE C’EST DE L'ATOPIE ?

 

Le diagnostic d’atopie est avant tout un diagnostic clinique : un chien appartenant à une race prédisposée (westie, bouledogue français, labrador…), qui présente des lésions prurigineuses localisées à la face (pavillons des oreilles et lèvres notamment), aux extrémités (surtout entre les doigts des pattes avant) et à l’anus, tout cela ayant commencé avant l’âge de trois ans, évoluant de façon chronique et répondant aux corticoïdes, a toutes les chances d’être atopique. On peut procéder d’une manière plus scientifique en utilisant des grilles de critères diagnostiques (il en existe plusieurs, certaines utilisant des critères majeurs et des critères mineurs).

 

Avant de tenir son diagnostic, il faut aussi éliminer les autres dermatoses qui pourraient ressembler à de l’atopie, notamment celles qui provoquent des démangeaisons. Pour ne citer que les principales :

- Une dermite due aux piqûres de puces, par une recherche des puces et de leurs déjections sur le chien, suivie d’un traitement anti-puces rigoureux (et pendant toute l’année !) du chien, des autres animaux vivant avec lui, et de son environnement. Non seulement atopie et allergie à la salive de puces peuvent coexister, mais les chiens atopiques sont prédisposés à développer une allergie à la salive de puces.

- Les autres parasitoses externes (dues aux aoûtats, sarcoptes de la gale, Demodex (photos ci-dessous), Cheyletiella…), par de multiples raclages cutanés, voire des biopsies, une sérologie pour les sarcoptes, et dans le doute, des traitements anti-parasitaires rapprochés.

- Une infection par des bactéries (staphylocoques) ou des levures (Malassezia), par des calques cutanés ou des scotch-tests

- Une « allergie » alimentaire, par un régime d’éviction maintenu pendant au moins six semaines

 

 

Photo de gauche : Jazz, jeune bouledogue français présentant, dès l'âge de quatre mois, des symptômes très évocateurs d'atopie, avec des démangeaisons des oreilles, des extrémités, et de la région anale. Revu un mois plus tard avec des rougeurs et des dépilations (plis de la face, sous le cou…), des raclages cutanés ont montré la présence de Demodex (photo de droite - un peu floue, car le Demodex a refusé de garder la pose !) Même s'il y a une forte suspicion d'atopie, celle-ci ne sera confirmée que si les symptômes persistent après traitement et guérison de la démodécie.

 

Évidemment, comme ce serait trop simple, le chien peut avoir une atopie… et en plus, une des dermatoses citées ci-dessus (photos ci-dessus et ci-dessous). Elles ont même une fâcheuse tendance à s’associer : on vient de voir que les chiens atopiques sont prédisposés à développer une allergie à la salive de puces, (un chien allergique souffrant souvent de plusieurs allergies à la fois), les allergènes alimentaires peuvent participer à l’atopie, et les staphylocoques ou les Malassezzia se faisant un plaisir de coloniser la peau abîmée du chien atopique. La découverte de l’une de ces affections n’exclut donc pas l’atopie, bien au contraire ! Il est donc important d’identifier toutes les maladies de peau éventuellement présentes en même temps chez un chien, car si l’on n’en traite qu’une en oubliant les autres, on ne comprendra pas pourquoi notre traitement ne fonctionne pas !

 

 

Photo de gauche : infection récidivante de la peau (collerettes épidermiques), sous le ventre de Scotty, jeune berger allemand, présentant aussi une inflammation des lèvres et des oreilles. Photo de droite : calque cutané chez le même chien : de nombreux staphylocoques sont visibles à l'intérieur des polynucléaires neutrophiles (l'un des types de globules blancs chargés de défendre l'organisme), indiquand une surinfection de la peau fragilisée par l'atopie.

 

Une fois le diagnostic d’atopie établi, il s’agit de savoir à quoi le chien est allergique.

L’épidémiologie peut nous mettre sur la piste : l’allergie est-elle saisonnière, ou bien s’exprime-t-elle toute l’année ? est-elle apparue lors d’un changement de région, de maison ou de mode de vie ? À ce propos, attention aux pollens de graminées : la pollinisation se fait de mai à juillet, mais les pollens rentrent ensuite dans les habitations, et persistent sur le sol toute l’année (sol qui n’est jamais qu’à quelques centimètres de votre York). Les pollens de graminées sont donc produits en fin de printemps-début d’été, mais ils sont responsables d’une allergie non saisonnière, qui dure toute l’année !

 

Ce sont malgré tout les intra-dermo réactions (IDR, ou skin-tests) qui nous diront le plus souvent à quoi le chien est allergique : de petites quantités d’allergènes sont injectées dans le derme du chien, et l’on voit après une dizaine de minutes sur lesquels de ces points d’injection se produit une réaction, sous la forme d’un gros bouton rouge. Les allergènes le plus souvent en cause sont deux acariens de l’environnement, Dermatophagoides farinae (Df), et dans une moindre mesure, Dermatophagoides pteronyssinus (Dpt), ainsi que les pollens. Les skin-tests constituent actuellement la méthode de référence. Les allergènes responsables de l’atopie peuvent aussi être identifiés par un dosage d’IgE, réalisé sur du sang envoyé dans un laboratoire spécialisé.

 

 

Exemples d'intra-dermo réactions (skin-tests) chez deux Westies. Photo de gauche : forte positivité de D. farinae (en troisième position sur la première ligne, à la suite du témoin positif et du témoin négatif). Photo de droite : vue rapprochée lors d'un autre examen, montrant une forte réaction du témoin positif (ligne du haut), de D. farinae (ligne du bas), et à un degré moindre, de D. pteronyssinus (ligne du milieu).

 

Encore une fois, ce n’est pas la positivité d’un skin-test ou d’un dosage d’IgE qui permet d’affirmer qu’un chien est atopique : être sensibilisé ne veut pas dire qu’on est allergique. Autrement dit, on soumet à ce genre de test des chiens sans aucun problème de peau, beaucoup seront trouvés positifs ! Ce sont les symptômes qui permettent de diagnostiquer l’atopie, les skin-tests, confrontés à l’épidémiologie, n’étant là que pour dire, dans un deuxième temps, à quoi le chien est allergique.

 

 

COMMENT çA SE SOIGNE ?

 

Avant tout, quelques généralités qu’il est toujours bon de rappeler :

 

1 – On ne guérit pas l’atopie par un traitement d’une dizaine de jours : c’est une maladie génétique (donc, quand on l’a, on l’a), chronique, avec des rechutes, qui demandera dans la majorité des cas un traitement permanent pendant toute la vie du chien. Traitement parfois léger, ne dramatisons pas, mais parfois plus lourd. De toute façon, il faudra faire preuve de persévérance.

 

2 - Il n’existe pas un traitement standard qui va marcher pour tous les chiens atopiques : ce serait trop beau ! Il existe de multiples possibilités, le choix se faisant en fonction du chien, de la forme d’atopie présentée, du coût (certains médicaments sont onéreux, et ce qui est supportable financièrement pour un York de 3 kg ne l’est pas forcément pour un berger allemand de 45 kg)… et de l’environnement familial : shampooiner tous les deux jours notre York de 3 kg, vivant dans une famille de cinq personnes jeunes, ou shampooiner tous les deux jours un berger allemand vivant en appartement avec une personne seule et âgée… ce n’est pas tout à fait la même chose. Le choix du traitement se fera donc en fonction de ces différents critères, et après discussion avec votre vétérinaire.

 

1 - Les traitements occasionnels :

 

Avant tout, faisons preuve de bon sens : si votre Cavalier King  Charles de huit ans fait, depuis toujours, une otite atopique deux fois par an, il ne sera peut-être pas nécessaire de se lancer dans toute une batterie d’examens et de mettre en place des traitements sophistiqués : on se contentera de traiter son otite, deux fois par an. Et il en sera de même pour toute autre manifestation d’atopie occasionnelle et localisée, répondant rapidement et durablement à un traitement simple. En revanche, si votre bouledogue passe 23 heures sur 24 à se gratter à longueur d’année, et qu’il est rouge des pieds à la tête… là, on ne pourra plus se contenter de recettes toute simples.

 

2 - Les traitements « indirects » :

 

Nous voilà donc devant un « vrai » chien atopique, qui empeste la séborrhée et qui se gratte, chien pour lequel un « petit » traitement de cinq jours ne suffira pas. Mais alors, par où commencer ? Eh bien, pas forcément par un traitement dirigé contre l’atopie. Dans un premier temps, nous nous attaquerons à tout ce qui se surajoute à l’atopie ou vient la compliquer, et on verra déjà où cela nous mène.

 

Pour bien nous faire comprendre, imaginez que la dermite de votre chien est comme un verre d’eau (ou d’alcool pour ceux qui préfèrent, ça ne change rien à la démonstration) : on verse dans le verre un peu d’atopie due à des pollens, quelques gouttes d’atopie d’origine alimentaire, une larme de surinfection de la peau par des bactéries ou des levures, et tout va encore bien : le verre ne déborde pas, le chien ne se gratte pas encore. Vous rajoutez une puce qui passe par là, et le verre déborde : le chien devient tout rouge, et se met à se gratter.

 

Tout ceci pour dire qu’avant de mettre en route un traitement complexe, il faut commencer par sortir du verre tout ce qui risque de le faire déborder :

1 - Traiter énergiquement tous les animaux de la maison contre les puces, et ce avec un produit efficace (pas le vieux flacon de poudre qui traîne depuis vingt ans au fond de la penderie), et à une fréquence soutenue (une ou deux fois par mois avec la plupart des produits en pipette, surtout si des shampooings fréquents sont nécessaires). Bien sûr, vos animaux n’ont pas de puce… mais dans le cas d’un chien atopique, on ne peut pas courir le risque, et il vaut mieux traiter de toute façon !

2 - Traiter les surinfections s’il y en a (voir le paragraphe suivant sur les traitements par voies générale et locale)

3 - Donner un aliment hypoallergénique (ou un régime d’éviction), pendant au moins deux mois (et bien sûr, à vie si le chien ne se gratte plus tant qu’il mange cet aliment). 10 à 15 % seulement des chiens atopiques seront « guéris » par cette mesure, mais un bon tiers sera amélioré : cela vaut donc toujours la peine de passer par cette étape. Attention, quand on parle d’aliment « hypoallergénique », cela ne veut pas dire passer de la marque X à la marque Y, (elles ont les mêmes ingrédients, de toute façon), mais utiliser des aliments très spécifiques, dont les protéines ont été fractionnées jusqu’à un poids moléculaire trop faible pour déclencher une allergie (protéines hydrolysées). On peut aussi, mais c’est plus compliqué, ne donner au chien que des aliments qu’il n’a jamais mangés au cours de sa vie (par exemple autruche-semoule). Naturellement, tous les à côtés, friandises, barres à mâcher, pots de yaourt à lécher… sont totalement interdits !

 

En pratique : sur une suspicion d’atopie, on met en place un régime hypoallergénique, un traitement antibiotique/antifongique et des shampooings antiseptiques si la peau est infectée, un strict contrôle des puces sur le chien et dans l’environnement… et on attend quatre semaines.

 

Avec ces mesures « simples », (au moins sur le papier : il n’est pas toujours simple de se débarrasser des puces ou de maintenir un régime strict sur la durée), il est possible que le verre ne déborde plus, et que votre chien atopique ne se gratte plus… sans qu’on ait eu besoin de traiter l’atopie ! Auquel cas, tout le monde est content.

 

Si cela ne suffit pas… alors il faudra aller plus loin.

 

3 - Les traitements par voie générale :

 

On distinguera des traitements « de fond », qui s’attaquent aux causes de la dermatite atopique (allergie, altérations de la barrière cutanée, et complications infectieuses), et ceux  qui diminuent les démangeaisons, notamment lors des poussées.

 

Parmi les traitements « de fond » qui s’attaquent aux causes de la dermatite atopique, le premier est la désensibilisation. Il s'agit d'ailleurs autant d'une prévention que d'un traitement, la désensibilisation ne commençant  à agir qu'après 6 à 12 mois : il ne faudra donc pas compter sur elle pour stopper une poussée aiguë pendant les premiers mois de la maladie ! Compte-tenu de son importance, la désensibilisation fait l'objet d'une fiche spéciale sur ce site.

 

Pour améliorer l’état de la peau, il y a bien sûr les traitements locaux qui seront traités plus loin, (shampooings, lotions…), mais aussi la supplémentation en différents ingrédients, notamment les acides gras essentiels oméga-3 et oméga-6. Cette supplémentation peut se faire sous forme de comprimés ou de gels à avaler, de pipettes à mettre sur le dos (en « spot-on », comme les produits anti-puces), mais aussi par l’alimentation : dans la démarche diagnostique, nous avons vu que le traitement commence par deux mois de régime hypoallergénique. Si celui-ci ne donne rien, changement de stratégie, on passera à un aliment riche en acides gras essentiels, afin de renforcer la barrière cutanée. Certains chiens atopiques peuvent être maintenus dans de bonnes conditions, sur le long terme, uniquement avec un aliment adapté, et des soins locaux comme des shampooings.

 

On l’a vu, la peau fragilisée du chien atopique est une proie facile pour toutes sortes de bactéries (Staphylococcus pseudintermedius surtout, plus rarement Pseudomonas), et de levures (Malassezia). Ces agents infectieux sont souvent responsables des symptômes autant, voire davantage, que l’allergie elle-même. Un traitement antibiotique et antifongique sera donc parfois suffisant pour diminuer, voire supprimer les symptômes, en début de traitement ou lors des poussées. Il doit être poursuivi au moins trois semaines, et une semaine après la disparition des symptômes. Seuls quelques antibiotiques bien particuliers, ayant une forte activité sur les staphylocoques et diffusant bien dans la peau, seront utilisés. Evidemment, si un traitement local (shampooing ou lotion antiseptique et antifongique), est suffisant (voir ci-dessous pour les traitements locaux), il sera préféré, dans le double but d’éviter l’émergence de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques, et la survenue d’éventuels effets secondaires à ces médicaments.

 

Pour diminuer les démangeaisons, on compte essentiellement sur les corticoïdes et la ciclosporine.

 

Les corticoïdes ont l’avantage de la facilité : ils calment les démangeaisons vite et bien, (ça fait même partie des critères diagnostiques de l’atopie, de bien répondre aux corticoïdes !), et ils ne coûtent pas cher. Ce qui est embêtant, c’est que leur utilisation à long terme pose un certain nombre de problèmes : prise de poids, dérèglements hormonaux (syndrome de Cushing iatrogène, voire diabète), fragilisation de la peau, sensibilité aux infections, etc. Leur efficacité diminue au fil des années, et ils sont gênants pour le diagnostic (impossible de réaliser des skin-tests chez un chien sous corticoïdes).

Donc, en pratique : pas de problème pour mettre sous corticoïdes à petites doses, et pendant cinq à dix jours, un chien atopique qui fait sa petite poussée annuelle. En revanche, si votre chien se gratte depuis quatre ans et qu’il prend des corticoïdes deux semaines sur trois, il faudra peut-être envisager autre chose – par exemple en reprenant la lecture de cet article depuis le début !

 

La ciclosporine est plus intéressante que les corticoïdes sur le long terme, mais elle présente trois inconvénients : d’abord, son coût élevé, surtout pour un gros chien en début de traitement (après, on espace les prises, donc ça revient moins cher). Ensuite, elle met généralement un à deux mois, (parfois trois), à agir. Il ne faut donc pas se décourager et abandonner, si l’on ne voit pas d’amélioration en quinze jours. Enfin, 30 % des chiens sous ciclosporine présentent des effets secondaires mineurs (vomissements, diarrhée), en début de traitement. Ceux-ci disparaissent habituellement en quelques jours, et l’on peut si nécessaire diminuer la dose de ciclosporine pendant la première semaine de traitement, ou y associer un anti-vomitif ou un anti-diarrhéique.

La ciclosporine est donnée tous les jours pendant un à trois mois, jusqu’à ce que les symptômes se soient bien calmés, et l’on passe alors à une prise tous les deux jours, jusqu’à arriver, si possible, à deux ou trois prises par semaine. L’objectif final (pas toujours atteint malheureusement), étant d’arriver à stopper complètement la ciclosporine, une fois la désensibilisation bien en place.

 

Une molécule récente, l’oclacitinib, est efficace pour contrôler rapidement les démangeaisons et améliorer la qualité de vie du chien, mais il est impossible d’espacer les prises comme avec la ciclosporine. Surtout, l’oclacitinib souffre encore d’une diffusion très restreinte de la part du laboratoire qui la commercialise.

 

Citons enfin les antihistaminiques, efficaces chez l’Homme, mais qui ne calment le prurit que chez 20 % des chiens, pendant les poussées. Si votre chien fait partie de ces 20 %, il ne faut évidemment pas s’en priver !

 

 

4 - Les traitements par voie locale (topiques) :

 

Enfonçons une porte ouverte : l’atopie est une maladie de surface, puisque c’est une maladie de la peau : on ne la traitera donc pas (seulement) avec des piqûres ou des comprimés. Les shampooings auront le double intérêt de restructurer la barrière cutanée dont nous parlons depuis le début, et d’éliminer de manière mécanique tous les allergènes (et une partie des germes), qui traînent à sa surface.

 

Avant tout, un chien atopique, ça se brosse ! tous les jours, et particulièrement avant un shampooing ou l’application d’un lotion. Le brossage aère la peau, et facilite l’action des produits. D’ailleurs, dans les cas embêtants, sur les chiens à poils très longs et tout emmêlés avec plein de croûtes dessous, il ne faudra pas hésiter à raser le chien, partiellement ou en totalité ! (eh oui…)

 

N’importe quel shampooing non irritant, suivi d’un rinçage abondant à l’eau tiède, aura déjà un effet positif en diminuant l’irritation de la peau, en hydratant cette dernière, et  en éliminant les allergènes et les bactéries présents à sa surface. Selon l’état de la peau du chien, des shampooings plus spécifiques pourront être utilisés, souvent alors avec une fréquence supérieure, par exemple :

- Des shampooings calmants pour diminuer le prurit et les lésions : réduction du prurit chez 25 % des chiens ainsi traités.

- Des shampooings antiséborrhéiques… sur une peau séborrhéique (grasse avec des pellicules),

- Ou encore des shampooings antiseptiques, sur une peau infectée par des bactéries ou des levures.

Il ne faudra pas non plus lésiner sur les réhydratants en cas de peau sèche, notamment après les bains.

 

 

Photo de gauche : perte de poils, séborrhée, irritation et lichénification de la peau, chez Gadgy, Westie de cinq ans qui se grattait depuis toujours. Photo de droite : nette régression de l'inflammation et repousse du poil 40 jours plus tard, avec un traitement constitué de shampooings calmants et anti-séborrhéiques, un antibiotique pour traiter les surinfections, et des acides gras pour restaurer la barrière cutanée.

 

Point important : comment utiliser un shampooing ? on mouille bien le chien, on dépose sur le poil  une quantité de shampooing équivalente à une pièce de deux euros pour une surface de deux mains (certains ont de petites mains et d’autres de grandes mains, mais bon, on fait une moyenne ; attention, double dose pour les chiens à poils longs !), on frictionne bien, on rince, on remet du shampooing, on frictionne, et cette fois, on laisse agir au minimum 5 minutes, si possible 10. Il faut donc être patient, et que le chien le soit aussi. Attention aux bouts des pattes, souvent concernés par l’atopie : dans une baignoire remplie d’eau, le shampooing ne restera jamais 10 minutes sur la peau des doigts ! le shampooinage devra donc se faire dans une douche, ou dans une baignoire vide. (Ou bien sûr à l’extérieur, quand il fait beau !)

 

Alors évidemment, deux ou trois shampooings par semaine pendant des années, surtout sur un grand chien à poils longs qui s’ébroue, c’est un peu pénible, et toutes les enquêtes montrent que très peu de propriétaires arrivent à tenir ce rythme bien longtemps. Une publication récente a montré que des lotions, plus faciles à appliquer, (pas de rinçage, pas besoin d’attendre 10 minutes),  pouvaient remplacer le shampooing une fois sur deux, sans que le traitement ne perde trop de son efficacité. Donc un bon shampooing le week-end, une ou deux lotions intercalées pendant la semaine… le traitement local devient ainsi plus acceptable.

 

Petit détail : les pipettes ou sprays anti-puces, dont nous avons vu l’importance plus haut, ne survivront pas très longtemps à un shampooing appliqué énergiquement tous les trois jours. Pour maintenir une bonne pression sur les puces, il faudra alors prévoir des applications plus fréquentes (chaque 10-15 jours), ou bien le passage à un autre genre d’insecticide, notamment en comprimés.

 

Et puis on en a déjà parlé plus haut, mais les traitements des lésions localisées (lavages et gouttes pour les oreilles ; sprays ou pommades pour le tour des yeux ou les doigts), font évidemment partie de l’arsenal, et évitent les traitements plus lourds et générateurs d’effets secondaires, comme les corticoïdes administrés à répétition, en comprimés ou en injections.

 

 

ET EN PRÉVENTION ?

 

La première mesure, (et c’est plus facile à dire qu’à faire), consiste à éliminer ou à éviter les allergènes identifiés dans la phase de diagnostic, et responsables des poussées d’atopie : aliments dans les cas d’allergie alimentaire (par un régime hypoallergénique strict), puces et autres parasites (par un traitement antiparasitaire strict, toute l’année et sur tous les animaux présents), tel ou tel pollen (en changeant de lieu de promenade en fonction des arbres !?). Pour ce qui est des acariens présents dans les poussières de maison, il est conseillé de devenir (si on ne l’était pas déjà), un(e) maniaque de l’aspirateur, d’aérer régulièrement les pièces, d’utiliser des sprays acaricides dans la maison, et de faire dormir le chien sur des coussins en coton, ou des draps qui pourront être lavés facilement et fréquemment. Les croquettes doivent être conservées dans des récipients hermétiques, qui ralentissent la multiplication des acariens de stockage. L’efficacité des coussins ou housses anti-acariens ne semble pas avoir été démontrée. Toutes ces mesures  vont dans le bon sens, mais ne sont pas toujours suffisantes chez un petit chien atopique dont le corps se trouve à quelques centimètres de la moquette ! Et puis de toute façon, on peut faire tout ce qu’on voudra, il restera toujours quelques acariens dans l’environnement.

 

La désensibilisation est une méthode de prévention et de traitement efficace, économique, et sans danger – ce qui est déjà pas mal ! Étant donné son importance, une page spéciale lui est consacrée sur ce site.

 

Les anti-histaminiques, on l’a vu, sont  globalement peu efficaces en traitement dans l’atopie du chien, mais certains semblent avoir un certain effet, davantage en prévention (pour bloquer les récepteurs de l’histamine), qu’en traitement (une fois que l’histamine a été libérée).

 

Localement, l’intérêt de traitements réguliers mais intermittents, par exemple l’application d’un spray corticoïde au bout des doigts, une ou deux fois par semaine (« week-end therapy »), pour prévenir le retour des lésions chez les chiens qui se mangent le bout des doigts), est à considérer au cas par cas, mais n’a pas été clairement démontré.

 

 

ET APRÈS, QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

 

On n’insistera jamais assez : l’atopie est une maladie génétique, que l’on peut gérer, mais qu’on ne guérit pas. Les symptômes disparaîtront totalement ou presque chez certains chiens, seront seulement atténués chez d’autres, et il y aura de temps en temps des poussées (rechutes) chez tous. Des visites régulières chez votre vétérinaire sont donc conseillées dans tous les cas, pour faire le point sur ce qui s’est passé au cours des derniers mois, et adapter les traitements.

 

 

 

RÉFÉRENCES :

 

- C. FAVROT : Diagnostic criteria for canine atopic dermatitis.

- Th. OLIVRY, P. PRELAUD : Treatment guidelines for canine atopic dermatitis

- A. HILLIER : Cyclosporine use in dermatology

- DJ. DEBOER : Allergen-specific immunotherapy

Tout cela dans le KIRK’s Current Veterinary Therapy XV, 2014, pp 403-414

- E. BENSIGNOR : Can atopic dermatitis be diagnosed in case of atypical clinical signs ? about four clinical cases. PMCAC 2012, 47 : 1-6

- E. BENSIGNOR : Evaluation d’un protocole alternant shampooing et mousse dans les dermatites allergiques canines : essai multicentrique randomisé, contrôlé en simple insu.  PMCAC 2013, 48 : 49-55

- A. ROUSSEL : Dermatite atopique canine : barrière cutanée et applications thérapeutiques.  Dermavet, Janv 2014.

- D.N. CARLOTTI et coll : Enquête rétrospective sur les résultats de l’immunothérapie spécifique d’allergènes chez 205 chiens atopiques en Aquitaine (1989-2001). PMCAC 2013, 48 : 41-47

- C. LAFFORT : Suivi au long cours d’un cas de dermatite atopique canine. Pratique Vét 2012, 47 : 320-323.

- E. LEDUFF : comment aborder un nouveau patient atopique ? Biolog, 2015

- Sans oublier, last but not least, P. PRÉLAUD, son site et son blog régulièrement actualisés, ainsi que ses conférences.

 


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