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Les épillets

 

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Points forts :

 

. Les épillets de graminées ont la caractéristique de s'accrocher aux poils des chiens à la fin du printemps et pendant l'été, et de progresser ensuite toujours dans le même sens, leur bout pointu leur permettant de perforer la peau et les tissus sous-cutanés.

 

. Ils pénètrent essentiellement dans les oreilles, mais aussi dans le nez, les yeux, la bouche, les voies génitales, les sacs anaux, entre les doigts… Pendant la saison des épillets, il faut présenter rapidement à son vétérinaire tout chien qui, (entre autres), secoue la tête, garde un œil fermé, présente entre deux doigts (ou ailleurs !) un "bouton" qu'il lèche sans arrêt, ou se met brutalement à éternuer ou à tousser en sortant d'un champ de hautes herbes.

 

. Le retrait des épillets est parfois facile, (en un coup de pince), parfois beaucoup plus

compliqué : un épillet parti se promener à l'intérieur de l'abdomen, ou ayant circulé sous la peau, en provoquant la formation de gros abcès, peut demander plusieurs interventions et des heures d' exploration chirurgicale, avant d'être découvert… si encore il est découvert ! Un épillet parti dans le poumon ne pourra être extrait qu'à l'aide d'un endoscope, et parfois d'une chirurgie thoracique.


L'imagerie, et notamment l'échographie, peut parfois aider à localiser un épillet à l'intérieur d'un abcès étendu.

 

. La meilleure prévention consiste à raser les poils des chiens susceptibles d'attraper des

épillets, pendant les mois à risque : face interne des oreilles des cockers, extrémité

des pattes des caniches ou des briards, ventre des chiens à poils longs et épais… On évitera aussi de promener son chien sans laisse, au milieu des champs d'herbes hautes

et sèches.

 

 

 

 

 

 

Il y a quelques années, une revue médicale publiait le cas d'un très jeune enfant qui avait présenté, en l'espace de quelques mois, une pneumonie, des troubles digestifs, une infection des voies urinaires, une péritonite, et finalement une paralysie des membres inférieurs.

L'exploration de cette paralysie par imagerie avait montré la présence d'un abcès le long

de la colonne vertébrale. Le débridement chirurgical de cet abcès avait permis à la fois de guérir la paralysie, et de découvrir au centre de l'abcès… un épillet ! Rétrospectivement, les médecins avaient compris que le jeune enfant avait dû mettre un épillet à la bouche, et l'avaler de travers (passage de l'épillet dans le poumon), provoquant ainsi une pneumonie. L'épillet avait ensuite cheminé, traversé le diaphragme, circulé dans le ventre du côté de l'intestin, puis des voies urinaires, provoqué une inflammation de l'abdomen (péritonite), avant d'aller se bloquer le long de la colonne vertébrale, y provoquant la formation d'un abcès. Ce n'est certes pas tous les jours qu'un épillet parcourt un tel circuit chez le chien (ni chez l'enfant, d'ailleurs !), mais ce cas illustre bien le chemin que peut parcourir ce "voyageur", la gravité et le caractère trompeur des symptômes qui en résultent, et la difficulté de localiser l'épillet avant de l'extraire.

 

 

QU'EST-CE QUE C'EST QU'UN ÉPILLET ?

 

Les épillets sont des épis de graminées sauvages (le plus souvent Hordeum murinum, ou orge des rats). Ils sont également connus sous toutes sortes d'appellations plus ou moins locales : espigons, crébassats, espangassats, voyageurs, spigaous... Du printemps jusqu'à la fin de l'été, nous en rencontrons beaucoup dans les environs de nos cliniques vétérinaires de Calvisson (Gard) et de Sommières (Gard, limitrophe de l'Hérault)… sans en avoir le monopole, loin de là !

 

Leur (triste) renommée est due à leur capacité à s'accrocher à toute surface filamenteuse (vêtement, mais aussi pelage d'animal), puis à progresser, toujours dans le même sens. Leur extrémité pointue leur permet en outre de perforer les tissus, y compris la peau. Tous les enfants du sud de la France (peut-être davantage les petits garçons ?) ont joué à se lancer des épillets, comme des fléchettes (ils s'accrochent très bien au pullover de la "cible") ou à mettre un épillet, pointe vers le haut, dans la manche du pull, au niveau du poignet : à la fin de la récré, on retrouve l'épillet quelque part du côté de l'épaule.

 

 

QU'EST-CE QUE çA FAIT CHEZ LE CHIEN ?

 

Avec le chien, ça se passe comme avec un pull : l'épillet s'accroche dans les poils, (surtout quand il est bien sec), et commence à avancer. Quand sa pointe arrive au niveau de la  peau, il la perfore, et continue à cheminer à l'intérieur, toujours dans le même sens, toujours plus profondIl peut aussi profiter d'un orifice naturel pour s'introduire : oreille, fourreau, anus…

Si le chien farfouille au milieu d'un champ d'herbes hautes et renifle un bon coup, l'épillet rentrera directement dans le nez, sans avoir besoin de passer par l'étape de l'accrochage dans les poils. Les épillets bien secs de juin-juillet, sont plus dangereux que les épillets verts du début du printemps.

 

   

Pour vous donner une idée, voici à quoi ressemble la promenade de votre chien au printamps, pendant que vous marchez tranquillement sur la route : lui, court dans l'herbe à toute vitesse, farfouillant le nez au ras du sol, et comme vous pouvez le voir sur cette vidéo, il se trouve juste à la bonne hauteur pour les milliers d'épillets qui ne demandent qu'à s'introduire dans ses oreilles, ses yeux, ses poumons s'il court la gueule ouverte, etc.

 

Dans le détail, les épillets peuvent rentrer :

 

 

1 - Dans les oreilles :

 

C'est de loin la localisation la plus fréquente ! lorsqu'un chien se met brusquement à se secouer les oreilles au printemps ou en été, penche la tête d'un côté, refuse qu'on le touche… il y a probablement un épillet là-dessous ! A fortiori si l'oreille coule, suppure, ou sent mauvais. L'épillet s'accroche aux poils autour de l'entrée de l'oreille (les races à poils longs et à oreilles tombantes, (cockers, épagneuls…), sont donc les plus touchées), descend directement au fond du conduit, où il peut arriver qu'il perfore le tympan. S'il passe de l'autre côté et se retrouve dans l'oreille moyenne… ça devient très embêtant, mais heureusement, ce genre de complication est rare.

 

Quatre épillets fraîchement retirés de l'oreille d'un cocker, à la clinique vétérinaire de Calvisson

 

Plus rarement, il arrive que l'on découvre par hasard, au cœur de l'hiver, à l'occasion d'un examen de routine, un vieil épillet enrobé de cérumen, dans l'oreille d'un chien qui ne s'en était jamais plaint. Cet épillet a dû rentrer en juin-juillet, se loger dans un coin du conduit où il ne gênait pas trop, et s'y tenir bien tranquille… mais un mouvement du corps étranger peut à tout moment provoquer une lésion du conduit ou une perforation du tympan, et déclencher une otite suppurée.

 

 

Du plus petit au plus gros ! Photo de gauche : deux minuscules épillets retirés de l'oreille d'un Jack Russel terrier, rentré du jardin en secouant très violemment la tête. Photo de droite : un autre genre d'épillet, également retiré d'une oreille, mais nettement plus gros !

 

Notons qu'un ou plusieurs gros épillets peuvent être étonnamment bien tolérés par un chien stoïque, alors qu'une minuscule barbule peut parfois entraîner une très vive réaction chez un chien plus démonstratif.

 

L'extraction de l'épillet se fait souvent sans problème avec un otoscope et une pince à corps étranger, mais une sédation est souvent nécessaire (vidéo ci-dessous).

 

   

Extraction d'un épillet de l'oreille d'un chien sous sédation : la douleur était trop forte pour réaliser l'extraction sur le chien vigile.

 

2 - Dans le nez :

 

Il s'agit probablement de la deuxième localisation, par ordre de fréquence. Le chien renifle activement au milieu des hautes herbes, à la recherche d'une odeur de lapin, et revient tout à coup en retroussant une de ses narines et en éternuant violemment, au point de se taper le nez contre le sol et de se faire saigner. L'extrémité de l'épillet dépasse parfois encore de la narine, mais il est rare que l'on arrive à s'en saisir vu l'état d'agitation du chien, et encore plus rare que l'on arrive à l'extraire, à cause de la difficulté à faire reculer un épillet : on se retrouve généralement avec une petite barbule cassée entre les doigts, tandis que le reste de l'herbe poursuit son avancée à l'intérieur du nez.

Dans le meilleur des cas, à force de reniflements, l'épillet peut remonter jusqu'au fond du nez, tomber dans la gorge, et être avalé et éliminé avec les aliments. S'il tombe du mauvais côté et part en direction des poumons… c'est beaucoup plus embêtant ! (voir plus loin). Plus souvent, il se coince quelque part à l'intérieur du nez et n'en bouge plus, provoquant une rhinite avec jetage, éternuements et reniflements. Notons qu'un épillet est rarement rejeté lorsque le chien éternue, à cause de sa structure qui le conduit à avancer toujours dans le même sens.

 

 

  

Extraction d'un épillet nasal : le chien est endormi, une sonde trachéale est mise en place afin d'éviter qu'un éventuel saignement dans le nez ne puisse s'écouler dans le poumon. Le chien respire à travers la sonde un mélange d'oxygène et d'isoflurane, un anesthésique gazeux. Les deux narines sont explorées à l'aide d'un otoscope. Une fois l'épillet repéré, il est retiré à l'aide d'une pince à corps étranger.

 

Il est très rare de pouvoir retirer un épillet nasal sans anesthésie : il faut vraiment que le chien soit très docile, et que l'épillet dépasse encore à l'extérieur… ce qui ne se produit pas bien souvent. Dans la grande majorité des cas, le chien doit être endormi, la trachée intubée pour sécuriser l'entrée des voies respiratoires, et l'épillet est alors retiré plus ou moins facilement, à l'aide d'un simple otoscope (photos ci-dessus). Si l'on ne trouve rien, et que le chien ne renifle ni n'éternue plus, on peut penser que l'épillet a été rejeté ou plus probablement avalé, et alors tout va bien. Là où ça se corse, c'est si l'épillet est introuvable à l'otoscope, et que le chien continue à éternuer : cela signifie que l'épillet est toujours là, mais qu'il est monté loin dans les fosses nasales, ou bien qu'il se trouve de l'autre côté des choanes. (Les choanes étant deux orifices situés à l'extrémité postérieure des cavités nasales, et qui débouchent au-dessus du palais, faisant donc communiquer le nez et le fond de la gorge). Pour partir à la pêche à l'épillet, il faudra alors sortir les endoscopes, pour pouvoir remonter jusqu'au fond des fosses nasales (en passant par devant), ou bien explorer les choanes (l'endoscope va jusque dans la gorge, fait demi-tour, revient en passant au dessus du palais, et atteint donc le fond du nez en passant donc par derrière)(photos ci-dessous).

 

 

 

Photo de gauche : loin au fond du nez d'un jeune Beagle nommé Happy, une barbule d'épillet dépasse d'un cornet nasal. Les saignements de nez en ont rendu difficile l'extraction par endoscopie, mais celle-ci a pu être réalisée malgré tout. Photo de droite : gros épillet planté dans l'une des choanes de Chloé : le moment où cet épillet a été retiré est immortalisé sur la photo ci-dessous.

 

Chloé, Cavalier King Charles de huit ans, a été vue pour raclements de gorge, et un gros épillet a été retiré (sous sédation et en trois morceaux), de son amygdale droite, à la clinique vétérinaire de Villevieille. Deux jours plus tard, la chienne continuant à renifler et à racler sa gorge, une exploration du nez a été entreprise à l'otoscope, mais aucun épillet n'a été découvert. La petite chienne a donc été transférée à la clinique vétérinaire de Calvisson, pour recherche de l'épillet par endoscopie. Celui-ci a été repéré dans une choane, au-dessus du voile du palais. On le voit ici juste après son extraction, devant la bouche ouverte de la chienne, encore tenu dans la pince qui émerge du canal opérateur de l'endoscope.

 

Chez le chat aussi ! il est beaucoup plus rare d'avoir à retirer un épillet du nez d'un chat… mais cela arrive tout de même ! (photos ci-dessous).

 

 

Photo de gauche : une barbule d'épillet dépasse de la narine droite de Bounty, chat de douze ans : il serait tentant d'essayer de tirer dessus, mais en admettant que le chat se laisse faire, on serait sûr de casser la barbule et de laisser l'épillet à l'intérieur du nez. Photo de droite : extraction de l'intégralité de l'épillet à la clinique vétérinaire de Villevieille, après sédation de Bounty.

 

 

3 - Dans l'œil :

 

Si votre toutou revient du champ d'à côté avec un œil à moitié fermé, ne pensez pas qu'il doit faire une allergie, qu'on va lui mettre le fond de collyre qui traîne dans l'armoire à pharmacie, et qu'on l'amènera chez le vétérinaire si ça ne passe pas au bout de deux ou trois jours : il est très probable qu'il se soit mis un épillet dans l'œil, en particulier sous le corps clignotant, encore appelé "troisième paupière". Il est important de retirer cet épillet aussi tôt que possible (une sédation sera souvent nécessaire), faute de quoi les frottements de l'herbe sur la cornée auront tôt fait de provoquer un ulcère, parfois difficile à guérir, et pouvant conduire, dans les cas les plus graves, à la perforation de la cornée et à la perte de l'œil. Plus rarement, un épillet peut pénétrer dans le canal lacrymal, entraînant une suppuration chronique des voies lacrymales.

Notons que le chat attrape beaucoup moins d'épillets que le chien, mais que lorsqu'on en trouve dans cette espèce, c'est généralement dans l'œil !

 

               

Epillet dans l'œil d'un chat (photo de gauche), et après son extraction (à droite) : on constatera que ce que l'on voit dépasser de la paupière n'est que la partie émergée de l'iceberg !

 

 

4 - Dans la bouche :

 

Barbule d'épillet ayant perforé la gencive, découverte à l'occasion d'un détartrage chez une Yorkshire terrier de treize ans. En orange au second plan : le ballonnet de la sonde trachéale. 

 

Pour une raison qui n'appartient qu'à eux, certains chiens (et chats également !) vont 
régulièrement manger de grandes quantités d''herbe… et se retrouvent avec des épillets plein la bouche ! On découvre ces épillets plantés dans la gencive (photos ci-dessus etci-dessous), ou dans les amygdales (photo de droite : vue à l'endoscope d'une barbuled'épillet dépassant de l'amygdale, chez une jeune chienne labrador), entre deux dents, ou dans des poches de gencive, pour peu que celle-ci soit un tantinet décollée. Une sédation est le plus souvent nécessaire pour réaliser l'examen de la bouche et retirer le corps étranger.

Dans les cas les plus embêtants, les épillets traversent la muqueuse buccale, et partent

se promener vers le bas (abcès de l'auge, entre les machoires… ce qui est gênant), ou bien vers le haut (abcès derrière un œil, ce qui aura tendance à pousser ce dernier hors de son orbite… et là, c'est évidemment encore plus embêtant !

 

 

Photo de gauche : Chez ce jeune berger australien qui déglutissait, bavait et montrait des signes de douleur de bouche, l'examen sous sédation a révélé la présence d'un abcès sous la langue. Un épillet (photographié ici pendant son retrait), était profondément enfoncé dans un trou, au milieu de l'abcès. Photo de droite : Épillet planté dans la gencive d'un chat persan, entre babine supérieure et incisives.


La palme pour Charly, Border Colley qui avait dû se prendre pour un mouton avec de très nombreux épillets au fond de la bouche, entre les dents, d'autres épillets dans les cavités nasales…



5 - Dans les voies génitales :

 

Que ce soit chez le mâle ou chez la femelle, les voies  génitales constituent une porte d'entrée bien tentante pour un petit épillet.

 

Chez la chienne, l'épillet rentre par la vulve. Deux directions s'offrent alors à lui : il peut remonter le long du vagin (provoquant des pertes vulvaires - vidéo ci-dessous), puis le long d'une corne utérine (photo ci-dessous), qu'il finira éventuellement par perforer pour se retrouver dans la cavité abdominale, provoquant alors une péritonite. Il peut aussi se diriger vers la fosse clitoridienne, et soit y rester coincé (entraînant là aussi des pertes vulvaires), soit traverser la paroi vaginale et partir se promener sous la peau, provoquant un abcès au bas du ventre.

 

 

Visualisation, puis extraction d'un épillet, chez une chienne berger australien de onze ans, qui présentait des pertes vaginales, bien qu'étant stérilisée. Le début de la vidéo montre les parois enflammées du vagin, et le passage au-dessus du méat urinaire (= l'arrivée de l'urètre en provenance de la vessie). L'endoscope progresse le long du vagin jusqu'au col de l'utérus, 20 cm plus loin, où un épillet est localisé, puis extrait.

 


Celui-ci ne s'est pas contenté de rentrer dans le vagin : il a franchi le col de l'utérus, avant de remonter jusqu'à l'extrémité de l'une des deux cornes, provoquant des pertes vaginales, inattendue, chez cette chienne stérilisée. L'épillet est visible en haut à gauche de la photo, après hystérectomie (= retrait chirurgical de l'utérus), et incision de la corne pour mettre en évidence l'importun.

 

Chez le mâle, l'épillet rentre dans le fourreau. Il peut y rester coincé, entraînant un abcès et des pertes purulentes, ou bien transpercer la muqueuse du fourreau avant d'aller, là aussi, se promener sous la peau du ventre et y former des abcès. 

 

 

Photo du haut : cet épillet est rentré par l'extrémité du fourreau de Cookie, Fox terrier de six ans (à gauche), est remonté jusqu'à l'extrémité du fourreau (à droite), et coincé là, y a provoqué un abcès. Photo du bas : l'épillet est repéré par échographie au milieu de l'abcès. Le cône d'ombre au milieu de l'image correspond à la pince à corps étranger avec laquelle l'épillet sera extrait, sous guidage échographique. La même intervention en live, à la fin de cet article.

 

 

6 - Dans les sacs anaux :

 

Les sacs anaux, souvent improprement appelés glandes anales, sont des replis de peau formant, comme leur nom l'indique, une sorte de sac, situé de part  et d'autre de l'anus du chien, et s'ouvrant juste au bord de celui-ci par un petit conduit.

Les sacs anaux contiennent une substance plus ou moins pâteuse et très nauséabonde… tout au moins pour le nez délicat des humains, les chiens trouvant cela très intéressant : le contenu des sacs anaux renferme en effet des phéromones, qui donneront au chien qui les renifle toutes sortes d'informations passionnantes de la part de celui qui les a déposées. De temps en temps, et surtout chez les chiens de petites races, les sacs anaux peuvent se boucher, s'enflammer, s'abcéder… ce qui se traduira par des démangeaisons (le chien "fait le traineau" ou se lèche sans arrêt cette région), de la douleur, des écoulements purulents. Attention, le petit conduit qui constitue l'entrée du sac (ou la sortie, selon l'endroit où l'on se place), est évidemment bien tentant pour un petit épillet : en été, dans le sud de la France, un abcès de sac anal devra donc toujours conduire à rechercher un épillet, d'abord en aveugle à la pince, puis, en cas de persistance des symptômes, par exploration chirurgicale.

 

Attention, comme nous l'avons déjà vu, un épillet a la désagréable habitude de s'enfoncer droit devant lui, ce qui, dans cette localisation, signifie le long du rectum, vers l'intérieur du bassin. Donc si vous voyez un abcès au bord de l'anus de votre chien pendant les mois où il y a des herbes sèches, ne tardez pas à consulter ! l'épillet sera beaucoup plus facile à retirer s'il est encore dans le sac anal, juste sous la peau.


Extraction d'un épillet d'un abcès du sac anal, à gauche de l'anus, chez Brutus, griffon de quatre ans (clinique vétérinaire de Villevieille).

 

 

7 - N'importe où sous la peau :

 

Pas forcément besoin d'une porte d'entrée particulière, l'épillet s'accroche dans les poils, progresse, atteint la peau qu'il transperse, et continue à cheminer dans le tissu sous-cutané en créant des fistules, sortes de galeries qu'il creuse au fur et à mesure de sa progression (Photo de droite : un épillet en train de pénétrer dans la peau d'un berger allemand : découverte lors de la tonte, avant une chirurgie).

 

Du pus s'écoule jusqu'à l'extérieur, le long de ces fistules. Les épillets pénètrent souvent entre deux doigts, zône à peau fine où il est facile de s'accrocher, et peuvent ensuite remonter assez haut le long de la patte : le chien passe alors des heures à se lécher entre les doigts, et un petit abcès peut être observé à cet endroit. Ils peuvent aussi traverser la peau un peu n'importe où (sous le ventre, le long des flancs…), notamment chez les chiens à sous-poil dense, comme les saint-bernard, bouviers bernois, montagnes des Pyrénées, ou même bergers allemands. Notons qu'un épillet qui chemine sous la peau depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, peut être parti absolument n'importe où, parfois très loin de son point d'entrée !

 

              

Photo de gauche : un abcès, situé entre les doigts d'un springer spaniel, est incisé sous

anesthésie générale. Photo de droite : une barbule d'épillet est extraite de l'abcès. 

 

 

Photo de gauche : ça se passe toujours entre les doigts, mais on sort un peu du cadre des épillets, avec cet énorme éclat de bois, retiré d'un espace inter-digité chez Charlie, Jack Russel de quatre ans. Photo de droite : retour aux épillets baladeurs, avec celui-ci, tout juste extrait d'une fistule, à la base du scrotum d'un bobtail.


Les chats aussi (ter) : on dit avec raison que les abcès de chat sont toujours dûs à la morsure d'un autre chat… eh bien, presque toujours ! L'exploration chirurgicale de celui-ci, à la clinique vétérinaire de Calvisson, a permis de découvrir un épillet !


 

8 - Dans le poumon :

 

Un chien qui vient de passer dix minutes à courir comme un dératé, bouche grande ouverte, au milieu d'un champ de hautes herbes, et qui revient en toussant piteusement… a probablement "avalé" dans sa course un épillet, malencontreusement parti du mauvais côté. Il est alors essentiel de récupérer cet épillet le plus rapidement possible, tant qu'il se trouve encore dans une des premières bronches, en utilisant un endoscope (voir les vidéos, ci-dessous et en fin d'article). Faute de quoi l'épillet, fidèle à son habitude, progressera le long de la bronche, s'enfonçant toujours plus profondément dans le poumon, jusqu'à ce qu'il devienne impossible de le récupérer (photos ci-dessous). Les conséquences habituelles en sont une  pneumonie (abcès de tout un lobe pulmonaire autour de l'épillet), un  pneumothorax (lorsque l'épillet sort du poumon en le perforant), ou une pleurésie (il nous est déjà arrivé de trouver un épillet flottant dans le liquide de rinçage, lors de l'exploration chirurgicale d'un pyothorax). Heureusement, il arrive aussi parfois que l'épillet s'enkyste dans un coin du poumon, et que le chien continue à vivre sa vie sans autre dommage.



 

Photo ci-dessus à gauche : très gros épi de graminée, juste après son extraction par endoscopie de l'une des bronches souches de ce labrador, qui toussait et crachait du sang depuis plusieurs semaines. Photo de droite : cet épillet-ci n'a pas été retiré pendant qu'il était encore dans les bronches : il a donc pu cheminer tranquillement à travers le poumon, jusqu'à en sortir par ce gros trou, visible au milieu d'un lobe pulmonaire. Ce lobe va être retiré chirurgicalement (lobectomie). Quant à l'épillet, il a été retrouvé flottant dans du pus, à l'intérieur de l'espace pleural.


 

Gros épillet, coincé dans une bronche chez une jeune labrador. L'épillet a déjà progressé au-delà de la troisième bifurcation bronchique, et se trouve maintenant dans les petites bronches.


 


   

Recherche et découverte, "en vrai", d'un épillet bronchique chez Gina, jeune épagneul breton de trois ans. Cette chienne était référée à la clinique vétérinaire de Calvisson car elle toussait depuis un mois, malgré les traitements anti-tussifs classiques. L'exploration des différentes bronches a permis la mise en évidence d'un épillet, dont l'extraction est montrée sur une autre vidéo, à la fin de cet article.

 

 

9 - Et dans le ventre !

 

Ce n'est pas le cas de figure le plus fréquent, mais il y a quelques années, une fistule dans les lombes d'un rottweiler nous a conduits, à l'issue d'un long cheminement, jusqu'à un épillet qui se trouvait… caché sous un rein !

Autre cas beaucoup plus récent : une jeune chatte d'un an présentée pour amaigrissement et forte fièvre. L'examen clinique, puis l'échographie, ont permis de mettre en évidence une importante quantité d'un liquide épais à l'intérieur de l'abdomen (photo ci-dessous à gauche). L'exploration chirurgicale a effectivement confirmé l'existence d'une péritonite, tout le ventre de la minette étant rempli d'un pus grumeleux. L'abdomen a été abondamment rincé avec plusieurs litres de soluté stérile tiède… et nous avons soudain vu passer un épillet dans le tuyau de l'aspirateur chirurgical, au milieu du liquide de rinçage !

 

On peut toujours s'interroger sur la route qu'emprunte un épillet pour se retrouver dans l'abdomen ! les possibilités sont multiples : entrée par les voies respiratoires, puis traversée du diaphragme comme dans le cas du jeune enfant présenté en introduction, entrée plus "naturelle" par les voies digestives, et traversée de la paroi de l'estomac ou de l'intestin, entrée par les voies génitales ou urinaires, comme dans le cas présenté un peu plus haut, où l'on voit un épillet traversant la paroi utérine et tout prêt à s'évader dans l'abdomen, perforation de la peau, puis des plans musculaires… les possibilités ne manquent pas !

 

 

Photo de gauche : image de péritonite chez une jeune chatte, présentée pour amaigrissement et abattement, avec une forte fièvre : les anses intestinales flottent au milieu du pus, et l'aspect très échogène de la graisse témoigne d'une forte inflammation. Au cours de l'exploration chirurgicale, l'épillet présenté sur la photo de droite a été retrouvé au milieu du liquide de rinçage.

 

 

ALORS, QU'EST-CE QU'ON FAIT ?

 

Le traitement consiste évidemment à retirer l'épillet, ce qui est parfois plus facile à dire qu'à faire !

 

1 - Les cas "faciles" :

 

En général, pas trop de problème si l'épillet est rentré dans une oreille ou dans un œil : une sédation  sera souvent nécessaire, excepté chez un chien (ou un chat) très stoïque (vidéo en début d'article), mais sauf exception (comme un passage de l'autre côté du tympan ou dans un canal lacrymal), l'épillet ne peut pas se cacher bien loin, et sera retiré à l'aide d'une simple pince (dans l'œil), ou d'un otoscope et d'une pince à corps étranger (dans l'oreille). Après, il restera à gérer les dégâts causés par le séjour de l'herbe, (otite suppurée, ulcère cornéen…), mais au moins la cause du problème aura-t-elle été retirée.

 

Un otoscope, avec des embouts de différentes tailles, et une pince à corps étranger, sont suffisants pour retirer un épillet d'une oreille.

 

Le truc à savoir : s'il est évident que votre chien s'est mis un épillet dans l'oreille (tout allait bien au départ en promenade, et là, il sort d'un champ d'herbes hautes en secouant frénétiquement la tête), et s'il est 21 heures un dimanche soir, vous pourrez probablement éviter de partir à la recherche du vétérinaire de garde en versant un peu d'huile de table dans l'oreille du chien : cela aura pour effet de ramollir l'épillet, qui cessera alors de piquer les parois du conduit auditif, donc de faire mal, et vous pourrez attendre (à peu près) tranquillement la journée du lundi.

Evidemment, si le chien continue à se plaindre vingt ou trente minutes après avoir mis de l'huile, il faudra se décider à téléphoner à votre vétérinaire pour faire retirer l'épillet sans plus attendre !

 

Pour les épillets ayant pénétré par une voie naturelle autre que le conduit auditif, (nez,  vagin, fourreau, sac anal…), on reste encore dans du classique, et les choses ne seront pas trop compliquées… à condition tout de même que le corps étranger ne soit pas parti se promener trop loin. On le trouve et on l'extrait généralement facilement, sous sédation ou sous anesthésie générale, au milieu des cornets nasaux (photo de gauche), dans la fossse clitoridienne, planté au fond du fourreau, ou au milieu du sac anal abcédé (photo plus haut). Evidemment, si l'épillet est parti dans le ventre ou dans le poumon après avoir perforé la voie naturelle par laquelle il est entré, les choses se corsent, et nous en reparlerons plus loin.

 

 

   

Quand il n'y en a plus, il y en a encore : deux épillets dans la narine gauche de ce chien ! une anesthésie générale est nécessaire, mais à part ça, comme pour l'oreille, l'extraction n'est pas trop compliquée ; à condition toutefois que l'épillet ne soit pas remonté trop loin, sinon il faudra sortir l'endoscope !

 


2 - Un peu moins facile - localiser l'épillet :

 

Si l'épillet est parti se promener sous la peau, les choses sont déjà plus compliquées,  car ce n'est pas pour rien que ces brins d'herbe ont gagné le surnom de "voyageurs", et on les retrouve parfois à plusieurs dizaines de centimètres de leur point d'entrée.

Même si nous utilisons de plus en plus souvent l'échographie en première intention pour localiser l'intrus, on commence encore souvent la recherche en explorant l'abcès en aveugle, à partir du point d'entrée, avec une pince à corps étranger. La chance et l'expérience permettent souvent de ramener l'épillet en quelques secondes à quelques minutes. Si la pêche se révèle infructueuse, il faut intervenir chirurgicalement, et rechercher l'épillet le long de la fistule… mais parfois aussi au cœur d'un énorme abcès ! (photos ci-dessous). Autant rechercher une aiguille dans une botte de foin… Lorsqu'on ne trouve pas, on referme après une demi-heure à une heure de recherche, on met le chien sous antibiotique et anti-inflammatoire, et on y retourne quelques jours plus tard, en comptant sur le fait que le traitement aura "assaini" la plupart des tissus… sauf ceux à proximité immédiate de l'épillet, ce dernier étant alors plus facile à repérer. Plusieurs interventions sont parfois nécessaires avant de finir par trouver… ou pas, le corps étranger !

 

     

Photo de gauche : volumineux abcès à l'arrière de la cuisse, chez un labrador de dix ans (qui avait également un épillet dans l'oreille). On devine le point d'entrée de l'épillet au milieu de l'abcès. Photo de droite : traitement chirurgical à la clinique vétérinaire de Villevieille : la peau nécrosée a été incisée, et l'abcès est maintenant largement ouvert. Après nettoyage du pus, l'épillet est repéré et extrait du tissu sous-cutané, très remanié. Tout ce tissu sous-cutané sera retiré, avant fermeture.

 

Certaines techniques d'imagerie, sont d'un apport précieux. Autrefois, on utilisait la radiographie après injection d'un produit de contraste dans la fistule… ce qui n'était pas très pratique, et moyennement efficace. Aujourd'hui, c'est surtout l'échographie tissulaire qui est utilisée en routine (photos ci-dessous). On ne prétendra évidemment pas qu'elles permet de localiser l'épillet à tous les coups, mais quand même… souvent ! L'épillet est alors repéré, (dans ce cas, au moins, on est sûr qu'il y en a un à l'origine de l'abcès), et l'on sait précisément où et à quelle profondeur aller le chercher - parfois pas du tout là où on l'aurait imaginé ! (voir le cas décrit ci-dessous). On peut même souvent l'extraire sous contrôle direct de l'échographie (vidéo plus loin).

 

Photo de droite : abcès évoluant depuis plusieurs semaines sur la patte avant droite de Bill, cocker de un an. Du pus s'écoule en permanence par la fistule proche du poignet, à gauche de la photo. Alors qu'il aurait été logique de rechercher un épillet tout au fond de l'abcès, en haut de l'avant-bras du chien (à droite), l'échographie, réalisée à la clinique vétérinaire de Calvisson, a permis de localiser un long corps étranger (2,5 cm) enfoui à plus d'un cm de profondeur, juste à la verticale de la fistule (photo ci-dessous à gauche). La recherche à la pince dans cette région a permis de retirer un épillet, en trois fragments (ci-dessous à droite).

 

 

 

 

Un autre exemple de l'intérêt de l'imagerie, dans le cas présenté ci-dessous :

 

 

Photo ci-dessus à gauche : abcès mûr sur une mamelle, chez une chienne Berger australien de un an, qui avait par ailleurs plusieurs épillets dans une oreille. L'échographie montre la présence d'un épillet de 2 cm de long, prolongé par une longue barbule, à 6 mm de profondeur au milieu de l'abcès (photo de droite).


 

L'ouverture de l'abcès a permis la découverte de l'épillet à l'endroit prévu (ci-dessus à gauche), et surtout le retrait de la barbule, en trois morceaux, à l'intérieur d'une fistule (photo de droite). Sans l'examen échographique préalable, cette discrète barbule aurait pu passer inaperçue au milieu des tissus abcédés. Comparer la photo de l'épillet après extraction, à l'image échographique ci-dessus.


Les exemples ci-dessus montrent qu'une fois que l'on sait où se trouve l'épillet, il est évidemment plus facile d'intervenir chirurgicalement pour aller le chercher. Mais même en sachant où il se trouve, l'épillet se fait parfois encore désirer. Le top du top est alors de le rechercher en voyant ce qu'on fait : l'extraction de l'épillet se fait alors de manière échoguidée : un exemple ci-dessous, en vidéo.

 

   

 

 

   

Après avoir vu la sortie de l'épillet côté vétérinaire/animal, voici ce que l'on voit sur l'écran : la pince tâtonne un peu autour de l'épillet, le saisit sans pouvoir l'extraire, (on voit l'épillet qui se tord à plusieurs reprises), et puis finalement, pffuit ! l'épillet disparaît, arraché par la pince, hors de sa fistule ! Allez zou ! on se le revoit une deuxième fois.

 

 

3 - Les cas franchement compliqués :

 

Certains épillets partent se promener sous la peau et provoquent des abcès très étendus (nous en avons vu qui occupaient tout l'arrière-train d'un chien). Ce ne sont pas des localisations très complexes, mais la recherche du corps étranger s'apparente alors à celle d'une aiguille dans une botte de foin ! N'oublions pas le cas des chiens à sous poil dense, (Terre-Neuve, Montagne des Pyrénées…), chez qui l'on découvre, après tonte des poils du ventre et des flancs, des dizaines de fistules, chacune ayant évidemment son épillet à l'extrémité.

 

On a vu aussi des épillets remonter le long d'une corne utérine, la perforer, et partir se promener dans le ventre. Une chirurgie abdominale est alors nécessaire. Chirurgie parfois compliquée, car le corps étranger pourra se cacher n'importe où, au milieu des organes baignant dans un exsudat purulent (voir le cas présenté plus haut).

 

Si l'épillet a été reniflé, ou aspiré par un chien enthousiaste qui court bouche grande ouverte au milieu d'un champ, et qu'à la suite d'une "fausse route", ledit épillet est parti du mauvais côté et se retrouve dans une bronche, il faudra alors le récupérer sous endoscopie - ce qui peut s'avérer délicat, surtout sur un animal de petit format avec des bronches de faible diamètre, ou si l'épillet est bien coincé à l'intérieur d'une petite bronche spasmée par l'inflammation. Et à condition encore qu'il ne se soit pas enfoncé trop loin à l'intérieur du poumon, hors d'atteinte de l'endoscope : sinon, il y aura risque de pneumonie, pleurésie ou pneumothorax, et il pourra être nécessaire d'ouvrir le thorax afin de retirer un lobe du poumon, ou de partir dans une recherche délicate de l'épillet baladeur dans l'espace pleural. Heureusement, ce dernier cas de figure ne se présente pas trop souvent !

 

 

Extraction réussie chez une jeune épagneul qui toussait depuis trois mois… après avoir passé une heure à courir dans un champ de blé. Ci-dessus à gauche : une longue barbule émerge d'une bronche du lobe caudal du poumon droit. Ci-contre à droite : l'épillet vient d'être retiré. Ci-dessus à droite : contrôle de la bronche après extraction de l'épillet. Il n'y a pas d'autre corps étranger visible, mais la muqueuse est très enflammée, et on note un important spasme de la bronche. Une extraction en live sur la vidéo ci-dessous.


    

Extraction réussie de l'épillet bronchique dont on a pu voir la découverte, un peu plus haut dans cet article : la barbule par laquelle l'épillet est attrapé ne s'est pas cassée pendant l'extraction. Ouf !

Il existe enfin un certain nombre d'endroits où il sera bien difficile d'atteindre l'épillet baladeur : en arrière d'un œil, dans une région où passent des nerfs et/ou de gros vaisseaux, derrière un rein (voir le cas décrit à la fin de cet article)… Dieu merci, même si ce genre de recherche, parfois difficile, n'est pas exceptionnel pendant les mois d'été, les cas vraiment compliqués, où l'on doit intervenir plusieurs fois, parfois sans parvenir à trouver l'épillet au bout du compte… sont finalement assez rares.

 

 

ET COMMENT PEUT-ON EMPÊCHER çA ?

 

Difficile de supprimer totalement le risque, mais on peut tout de même le minimiser :

 

1 - En faisant tondre votre chien, totalement ou en partie, avant et pendant la saison des épillets, surtout s'il s'agit d'un chien aux poils longs et frisés. On peut raisonnablement se limiter à la face interne des oreilles (autour de l'entrée du conduit auditif - photos ci-dessous) et à l'extrémité des pattes (jusqu'au dessus des doigts - photo à droite : plusieurs épillets, plantés entre les doigts de la main gauche d'un chien, ont été retirés, et la main droite a été rasée). Mais pour les chiens à sous-poil dense et qui vivent au milieu d'herbes hautes, il peut être intéressant de faire raser tout le dessous du corps une ou deux fois pendant la saison : ça ne se voit pas ou peu, et ça peut éviter bien des désagréments. Il nous arrive même de rencontrer des briards ou des bobtails entièrement rasés, en début d'été : le résultat esthétique est, certes, contestable, mais le chien a moins chaud, et il risque moins d'ennuis non seulement avec les épillets, mais aussi avec tous les problèmes de macération (dermites pyo-traumatiques, larves de mouches…)

 

 

Oreille d'un berger des pyrénées, avant (photo de gauche), et après tonte (photo de droite) : le risque d'attraper des épillets dans l'oreille est nettement diminué dans ce dernier cas !



   

La toison de Fibule l'a bien protégé du froid pendant l'hiver gardois, mais avec l'arrivée du printemps, tous ces poils deviennent non seulement inutiles, mais un véritable piège à épillets ! donc, à la tondeuse ! et zou !



2 - En rasant les herbes hautes du jardin, et en éliminant les restes de tonte.

Evidemment, il y aura toujours un petit bouquet d'herbes que l'on aura oublié dans un coin, et dans lequel le chien s'empressera d'aller mettre son nez, mais le risque sera tout de même bien diminué !


 

3 - En évitant de promener les chien dans des endroits à risque.

Cela peut rendre la promenade un peu compliquée, mais pendant les mois chauds où les herbes sont les plus sèches, il vaut mieux tenir son chien en laisse lorsque l'on chemine à proximité d'un champ d'herbes hautes. Et au retour à la maison, bien inspecter l'animal pour retirer tous les épillets qui peuvent être accrochés dans son pelage.

 

4 - Et bien sûr, en consultant rapidement votre vétérinaire devant tout signe évocateur, pendant les mois d'été : si, au retour d'une promenade, votre chien secoue vigoureusement les oreilles, éternue violemment, garde un œil fermé, ou se met brusquement à tousser… si vous observez un petit abcès entre les doigts ou sous le ventre de votre animal, que ce dernier lèche sans arrêt… si votre chienne stérilisée a des pertes vaginales… il est urgent de consulter !

 

 

QUELQUES EXEMPLES DE RECHERCHE D'ÉPILLET :

 

CAS N° 1 :

 

Elsie est une chienne Setter Irlandais âgée de six ans, présentée à la clinique vétérinaire de Calvisson pour un abattement, une baisse d'appétit, et des douleurs lorsqu'elle doit se déplacer, le tout durant depuis cinq jours.

L'examen clinique révèle une température normale, et une douleur à la palpation des lombes. Un anti-inflammatoire est prescrit.

 

Quatre jours plus tard, la chienne va mieux, a retrouvé de l'appétit… mais une forte fièvre est apparue (39,7°C), de même qu'un nodule dur sur les lombes gauches, que la chienne lèche fréquemment. L'échographie montre qu'il s'agit d'une poche liquidienne, et la ponction de cette poche permet d'aspirer un mélange de pus et de sang : il s'agit donc d'un abcès. Avant de prendre une décision chirurgicale, un antibiotique est ajouté à l'anti-inflammatoire.

 

Deux jours plus tard, l'abcès a grossi, et la forte fièvre persiste. Une intervention est donc décidée. Pour savoir où ouvrir et que chercher, une nouvelle échographie tissulaire est réalisée : elle ne montre rien d'autre qu'une importante poche de pus, délimitée par une coque épaisse (photos ci-dessous).

 

 

Photo de gauche : le gros abcès, à gauche du dos d'Elsie : de la taille d'un pamplemousse. Photo de droite : aspect à l'échographie : une coque épaisse et irrégulière remplie de pus, mais aucun corps étranger n'est visible à l'intérieur de la poche.

 

L'échographie abdominale, en revanche, montre un abcès à l'intérieur du ventre, le long des vertèbres lombaires et quelques centimètres en arrière du rein droit. À l'intérieur de cet abcès, une structure hyperéchogène de 1,5 cm de long, évoquant fortement un épillet, est bien visible (photo ci-dessous à gauche).

 

 

Photo de gauche : vue de l'épillet par échographie, dans sa cachette à l'intérieur du ventre, quelques centimètres en arrière du rein gauche. Photo de droite : l'épillet lui-même, après son retrait chirurgical de l'abdomen de la chienne, à la clinique vétérinaire de Calvisson.

 

Il n'est donc plus question d'ouvrir l'abcès lombaire de la chienne : la solution au problème se trouve à l'intérieur du ventre d'Elsie, et c'est là que nous allons intervenir. Une laparotomie est réalisée, et l'abcès localisé avec difficulté, car il ne s'agit que d'un discret renflement le long des vertèbres lombaires. La région est disséquée délicatement, et un épillet ressemblant bien à l'image vue par échographie est effectivement découvert et retiré, au milieu de quelques gouttes de pus seulement (photo ci-dessus à droite).

La région est abondamment rincée, et la fermeture de l'abdomen se fait de façon conventionnelle.

 

Le gros abcès des lombes, qui n'a été ni ouvert chirurgicalement, ni même vidé par aspiration, commence à diminuer de taille en 24 heures, et disparaît quasi complètement en trois jours. Cet abcès était donc la conséquence de la présence de l'épillet à l'intérieur du ventre… sauf que le pus produit par la présence de l'épillet, au lieu de se répandre à l'intérieur de l'abdomen, s'écoulait vers l'extérieur à travers les muscles lombaires.

Lorsque la chienne est revue pour le retrait des points une douzaine de jours plus tard, l'abcès lombaire a totalement disparu (photo de gauche : la région des lombes avait été préparée pour un débridement d'abcès qui n'aura finalement pas eu lieu ! c'est par une ouverture sous le ventre que l'épillet aura été retiré. L'abcès lombaire, lui, s'est totalement résorbé).

 

Quelques mois plus tôt, Elsie a connu un épisode de toux, puis a eu mal au ventre pendant quelques jours, avant que tout ne rentre dans l'ordre. Sans pouvoir, bien sûr, rien affirmer, on peut donc supposer que l'épillet est rentré par les voies respiratoires, aspiré en courant au milieu des herbes folles, a remonté une bronche, a traversé le poumon et le diaphragme, avant de se promener à l'intérieur du ventre et de finir par se loger dans l'abcès où nous l'avons finalement découvert, en arrière du rein gauche. Si tel a effectivement été le parcours de l'épillet, il ressemble à celui qui a affecté le nourrisson, décrit au tout début de cet article.

 

 

CAS N° 2 :



Lord, Braque allemand de un an et demi, a toussé et régurgité de la glaire avec un peu de sang, après avoir couru dans les champs. Depuis, il toussotte, sans plus… Les radios thoraciques montrent des bronches épaissies…


 

L'endoscopie a été réalisée à la clinique vétérinaire de Calvisson : un peu de sang dans la trachée, mais pas trace d'épillet dans les bronches. Est-il passé par ici ? ou bien n'y a-t-il jamais eu d'épillet ? on met le chien sous antibiotique, et on attend…


L'attente n'est pas de longue durée : le lendemain matin, Lord est en détresse respiratoire. L'épillet était bien passé par une bronche, mais il n'y était plus le jour de l'endoscopie : il se préparait déjà à ressortir à l'autre extrémité de la bronche, perforant le poumon, et provoquant un pneumothorax (voir la radio ci-dessus, et la comparer à la précédente) : le cœur est soulevé, les poumons collabés, cœur et poumons sont comprimés par l'air sous tension qui s'échappe du poumon, par le trou percé par l'épillet.


 

Lord a été opéré en urgence le matin même, à la clinique vétérinaire de Calvisson : le trou provoqué par l'épillet dans le poumon a été repéré (photo ci-dessus à gauche) et suturé. L'épillet a été repéré avec difficultés sous le cœur, et retiré (ci-dessus à droite). Le chien a bien récupéré, après une période difficile de 36 heures. Le voici ci-dessous le jour du retrait des points à la clinique de Villevieille, encore balafré, mais déjà prêt (dans sa tête) à repartir courir. (Pour la bonne récupération de son poumon, il vaudra quand même mieux attendre quelques semaines avant de piquer un sprint !)

 

 

 

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