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La grossesse nerveuse chez la chienne

 

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Points forts :


. La grossesse nerveuse survient dans les semaines qui suivent la fin des chaleurs : la chienne se comporte comme si elle avait des chiots, à la fois d'un point de vue physique (lait) et comportemental (maternage).


. Une grossesse nerveuse n'est pas grave en soi, mais elle peut gêner la chienne et ses propriétaires, et favorise surtout la survenue des tumeurs mammaires.


. Si la chienne est gênée, on peut arrêter la grossesse nerveuse par des inhibiteurs de la sécrétion de prolactine… après s'être assuré qu'il ne s'agit pas d'une vraie gestation !


. La stérilisation est la meilleure prévention.



                                




La grossesse nerveuse, qu'est-ce que c'est ?


La grossesse nerveuse, ou lactation de pseudogestation, ou pseudocyèse, est un phénomène qui concerne uniquement les chiennes non stérilisées.

 

Dans les semaines (deux mois maximum) qui suivent la fin des chaleurs, la chûte du taux de progestérone et l'augmentation du taux de prolactine déclenchent les mêmes manifestations que si la chienne était gestante, ou venait de mettre bas :

 

D'un point de vue physique, les mamelles gonflent et il peut y avoir production de lait (photo ci-dessous à gauche), parfois en grande quantité.

 

  

 

D'un point de vue comportemental, la chienne semble inquiète, tremble, suit ses propriétaires partout (elle est collante). Son appétit est souvent diminué, et parfois elle arrête complètement de manger. Dans les cas les plus marqués, elle fait un nid, s'empare d'objets qu'elle "couve" et materne (photo ci-dessus à droite), creuse des trous un peu partout.

 

 

Est-ce grave, Docteur ?

 

Oui et non !

 

En soi, une grossesse nerveuse n'est pas quelque chose de dramatique. Dans la plupart des cas, elle passe toute seule en une à trois semaines. Certains considèrent même qu'il s'agit d'un mécanisme naturel et adaptatif : en effet, dans une meute, les cycles sont généralement synchronisés, chaleurs et mise-bas ou grossesses nerveuses se déclenchant en même temps ; (ce que l'on retrouve dans les maisons où vivent plusieurs chiennes). Les chiennes qui n'ont pas reproduit et qui font une grossesse nerveuse sont alors disponibles pour donner du lait à des chiots que leur mère ne peut pas nourrir (chiots orphelins ou surnuméraires, par exemple).

 

 

Dans ce cas, pourquoi s'en faire ?

 

D'abord, parce que certaines chiennes le vivent mal, et leurs propriétaires encore plus : il est tout de même perturbant de passer plusieurs semaines avec sa chienne qui ne mange pas, qui vous suit partout en gémissant, qui fait des trous partout dans le jardin, et qui vole des objets pour aller les couver dans son panier. D'autant que cela va se reproduire tous les six mois, car une chienne qui fait une grossesse nerveuse en refera généralement aux chaleurs suivantes. D'un point de vue physique, l'accumulation, dans les mamelles, d'un lait qu'aucun chiot n'est là pour têter, est parfois telle que cela provoque chez la chienne une gêne, de la douleur, et une inflammation (mammite), voire un abcès de la mamelle (qui peut se perforer), dans les cas les plus graves.

 

Esuite, et c'est plus embêtant, parce qu'on sait que les chiennes qui font des grossesses nerveuses auront un risque augmenté de présenter d'autres maladies de l'appareil reproducteur, infections de l'utérus et surtout tumeurs mammaires.

 

 

Alors, que faire ? (et ne pas faire ?)

 

D'abord, stériliser les chiennes que l'on ne pense pas faire reproduire. Il est faux de penser qu'une chienne doit absolument avoir des petits une fois dans sa vie, que c'est bon pour sa santé… au mieux, ça ne changera rien, au pire, elle risque d'avoir des problèmes pendant la gestation ou au moment de la mise-bas. En revanche, la stérilisation pratiquée avant les premières chaleurs supprime le risque des grossesses nerveuses, des infections de l'utérus, et des tumeurs mammaires (discussion plus complète sur le sujet ici).

 

Si la grossesse nerveuse n'est pas trop importante, et ne gêne ni la chienne ni ses propriétaires, il n'est pas indispensable de traiter (juste envisager la stérilisation pour éviter que cela se reproduise à chaque fois, et conduise à d'autres problèmes à la longue). En revanche, si les manifestations de grossesse nerveuse sont gênantes, il sera préférable de présenter la chienne à votre vétérinaire.

 

La première chose à faire sera de s'assurer qu'il s'agit bien d'une grossesse
nerveuse… et pas d'une vraie gestation ! un examen clinique (palpation de l'abdomen) suffira souvent à vérifier qu'aucun fœtus n'est présent, mais de l'imagerie (radiographie et surtout échographie) sera parfois nécessaire, en particulier sur les chiennes un peu grasses, ou tout au moins ayant un ventre large et difficile à palper (photos ci-dessous).

 

 

Echographie (photo de gauche) et radiographie (photo de droite), montrant la présence de fœtus chez une chienne : oups ! ce coup-ci, il s'agit d'une vraie gestation, pas question de traiter pour une grossesse nerveuse !

 

Le traitement consiste à administrer un inhibiteur de la sécrétion de la prolactine. Une semaine de traitement, parfois un peu plus, est souvent nécessaire pour faire disparaître la lactation. En parallèle, il est recommandé de ne pas renforcer les comportements de maternage de la chienne en lui retirant les objets qu'elle couve, ou en l'ignorant lorsqu'elle vous suit en gémissant. On la réorientera au contraire vers d'autres activités comme des jeux, des promenades…

 

Les choses à ne pas faire : tirer le lait, car cela ne fera que stimuler la lactation. Et traiter avec autre chose que des anti-prolactine (acétate de mégestrol notamment, ou hormones mâles), ce qui risque de favoriser le développement d'infections de l'utérus (pyomètre) ou de tumeurs mammaires…

 

 

                                      

 

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