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Puces et tiques chez le chien

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Points forts :

 

. La puce du chien est une puce de chat. 

 

. La puce adulte ne quitte quasiment jamais son chien, mais 95 % de la population de puces se trouve tout de même dans le milieu extérieur (= dans la maison), sous la forme d'œufs, de larves, et de nymphes dans leur cocon.

 

. Les puces provoquent des démangeaisons chez le chien, et parfois des lésions importantes de la peau, du fait d'une véritable allergie (Dermatite par Allergie aux Piqûres de Puces). Elles transmettent aussi Dipylidium caninum.

 

. Pour qu'un traitement anti-puces soit efficace, il faut impérativement traiter tous les animaux vivant ensemble, et les "points chauds" de la maison et du jardin (les endroits où chiens et chats se couchent le plus souvent). Les échecs du traitement devront faire l'objet d'une étude approfondie.

 

. La prévention contre les puces (sprays, spot-on, comprimés), se fait tout au long de l'année.

 

. La principale tique, dans notre région, est Rhipicephalus sanguineus, qui vit plutôt à l'intérieur des bâtiments.

 

. Les tiques transmettent au chien plusieurs maladies graves : piroplasmose, ehrlichioses, anaplasmose, hépatozoonose…

 

. La transmission se fait 24-48 heures après la morsure de la tique : il est donc essentiel de retirer aussi tôt que possible toutes les tiques que l'on trouve sur son chien.

 

. Il est important de mettre en place une bonne prévention contre les tiques (sprays, colliers, spot-on…) du printemps à l'automne. Certains de ces produits ont aussi un effet répulsif sur le phlébotome, qui transmet la leishmaniose.

 

 

 

 

 

 

 

Les principaux parasites externes du chien sont les puces et les tiques, et nous nous limiterons à leur étude dans cet article. La peau de votre chien peut être habitée par beaucoup d'autres créatures (aoûtats, demodex, sarcoptes, cheyletiellas…), heureusement plus rares, et qui sont évoquées dans la page consacrée à la dermatologie. Le phlébotome est décrit dans la page sur la leishmaniose.



LES PUCES


Qui est la puce du chien ?

 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la puce du chien est le plus souvent… une puce de chat. Plus de 95 % des puces que l'on trouve chez nos carnivores domestiques appartiennent en effet à l'espèce Ctenocephalides felis, la puce du chat (photo de droite).

Les moins de 5 % restants se répartissent entre "vraie" puce de chien (Cténocephalides canis), puce humaine (brrrrr !)(Pulex irritans), puce de lapin, puce de hérisson… nous n'avons que l'embarras du choix, puisqu'il existe plus de deux mille espèces de puces !



Le cycle de la puce :

 

Quelques points clefs à connaître pour savoir comment lutter :

 

Contrairement à ce que l'on affirmait il y a quelques années, la puce adulte est un parasite obligatoire du chien ou du chat, qui ne peut se passer de son hôte (photo de gauche : puce courant entre les poils d'un chat).

En revanche, il est vrai que 95 % des puces se trouvent dans la maison sous la forme d'œufs, de larves et de nymphes dans leur cocon, tandis que les adultes vivant sur le chien ne représentent que 5 % de la population globale de puces.

 

Le cycle, donc : Quelques minutes seulement après son arrivée sur le chien, la puce prend son premier repas sanguin, en perçant la peau du chien à l'aide de ses pièces buccales et en injectant un peu de salive anticoagulante, avant de commencer à aspirer le sang (qu'elle éliminera, partiellement digéré, sous forme de déjections  sur la peau du chien). Très casanière, elle aura peu tendance à changer de chien une fois installée. Dans les 24 à 48 heures suivant son arrivée sur le chien, elle va commencer à pondre, au rythme de quarante à cinquante œufs par jour. (schéma ci-contre : document Mérial).

Ces œufs, non fixés aux poils, vont tomber du chien, et atterrir… dans les endroits où l'animal passe le plus clair de son temps (les "points chauds", ou hot spots dans la littérature anglo-saxonne), à savoir son panier, le canapé du salon, le lit des propriétaires… Ces  petits œufs blancs, ovales, mesurant 0,5 mm de long, éclosent en trois à cinq jours, et il en sort une larve.

 

   

Œufs (photo de gauche) et larve (photo de droite) de puce, collectés sur un chien.

 

Celle-ci constitue le point faible du cycle de la puce : elle craint la lumière, et a besoin des déjections de puces adultes pour se nourrir, d'une température comprise entre 7 et 32°C, et d'une humidité relative comprise entre 50 et 85 % : le plupart des larves ne deviendront jamais adultes. Celles qui survivent vont muer plusieurs fois, jusqu'à se transformer en nymphe, à l'intérieur d'un cocon très résistant, dans lequel la puce va mener une vie très ralentie, en attendant son futur hôte, parfois pendant près d'un an.

Des vibrations sur le sol, l'émission de gaz carbonique… vont favoriser l'éclosion du cocon, et la sortie de la puce adulte, qui va s'empresser de sauter sur le premier chien, chat… ou homme, passant à sa portée. Les puces tout juste écloses s'orientent vers la lumière, et il a été démontré que si quelque chose bouge devant cette source lumineuse, la puce va immédiatement, par réflexe, sauter sur cette personne ou cet animal.

 

Le cycle dépend de la température : il faut sept à douze semaines pour passer de l'œuf à la puce adulte dans une maison à 18°C, mais moins de trois semaines lorsque l'on frôle les 30°C. L'essentiel du cycle se déroule dans les points chauds, puisque les larves doivent régulièrement voir tomber autour d'elles des déjections de puces adultes pour pouvoir se nourrir. Enfin, les chiens errants, chats sauvages, hérissons, renards… qui viennent tourner autour des maisons pendant la nuit, laissent dans leurs abris une grande quantité d'œufs et de déjections de puces.

 

 

Conséquences pour le chien :

 

Comme nous l'avons vu plus haut, lorsque la puce pique le chien pour prendre son repas sanguin, elle injecte une petite quantité de salive anticoagulante, mais aussi très irritante, à l'origine de démangeaisons et de grattage chez le chien (pulicose). Attention cependant, les chiens peuvent être plus ou moins sensibles à la piqûre de puce : ce n'est pas parce qu'un chien ne se gratte pas qu'il n'a pas de puces !


La salive de puce est aussi un puissant allergène, responsable de véritables allergies (Dermatite par Allergie aux Piqûres de Puces, ou DAPP), pouvant provoquer des lésions cutanées importantes, notamment le long du dos et sur les lombes. (Photo de gauche : coloration du poil due au léchage et aux modillements sur les lombes, chez un berger blanc infesté par les puces. Voir aussi photos ci-dessous).

 

Les puces peuvent transmettre un certain nombre de bactéries et de virus (ce qui n'est tout de même pas très fréquent chez le chien), et surtout le "ver solitaire" Dipylidium caninum (photo de droite), lorsque le chien avale, en se toilettant, une de ses puces, elle-même porteuse de la larve de Dipylidium.

 

Enfin, en cas d'infestation massive par les puces, on observe de véritables spoliations, surtout chez des chiens pas très solides (chiots ou chiens de petite taille), également infestés par des parasites intestinaux : on voit alors arriver des chiens couverts d'un épais tapis de crottes de puces, et aux muqueuses blanches. S'ils ne sont pas transfusés rapidement avec du sang de chien (voir plus bas, la spoliation par les tiques), ces animaux ne survivent généralement pas.

 

 

Très fortes démangeaisons et dépilations étendues, sur le bas du dos et la face arrière des cuisses, chez un berger de quatorze ans présentant une infestation par les puces.


La lutte contre les puces :

 

Cela peut ressembler à une lapalissade, mais pour lutter efficacement contre les 
puces, il faut d'abord reconnaître leur présence, en les regardant courir sous le ventre du chien, ou en mettant en évidence leurs déjections, petits grains noirs et brillants, entre les poils du bas du dos de l'animal (photos ci-dessous). À défaut de voir les puces ou leurs déjections, on peut tout au moins avoir conscience que que son chien risque d'en attraper. En effet, tant que l'on n'est pas convaincu de la nécessité de traiter son animal ("mais mon chien n'a pas de puces !")… il sera compliqué de mettre en place une prévention et un traitement efficaces.

 

 

Photo de gauche : nombreuses crottes de puces, entre les poils du dos d'une chatte fortement infestée. Photo de droite : un peigne à puces et sa moisson de crottes de puces, récoltées sur la ligne du dos d'un chien infesté. Quelques puces adultes ont été collectées par la même occasion, mais elles ne sont pas restées pour poser pour la photo !

 

Une fois que l'on est convaincu de la nécessité de traiter, la lutte contre les puces va comporter deux volets :


1 - Le traitement des puces sur le chien (en préventif, ou en curatif) :

 

- À l'aide de sprays : le nombre de pulvérisations à déposer sur le chien ou le chat dépend de son poids, et doit être respecté pour être efficace : il faut compter le nombre de pressions, et ne pas se contenter de trois petits pchitts le long de la ligne du dos. Il faut pulvériser le produit à rebrousse-poil, et bien frictionner ensuite pour le "faire pénétrer".


- À l'aide de pipettes : le contenu est déposé directement sur la peau, à la base du cou, en écartant bien les poils. Certains produits insecticides vont ensuite se répartir sur l'ensemble du corps de l'animal en 24-48h en diffusant dans le sébum de la peau, d'autres vont diffuser dans tout l'organisme (action systémique). Quoi qu'il en soit, il est plus prudent d'éviter de shampouiner son chien 48 heures avant ou après l'application d'une pipette (ou d'un spray insecticide, d'ailleurs).

 

- À l'aide de comprimés : des comprimés anti-puces existaient déjà depuis plusieurs années. Ils tuaient les puces en quelques minutes après avoir été avalés par le chien, mais n'avaient pas d'effet rémanent : après quelques heures, les puces remontaient sur l'animal. Un médicament plus récent possède une rémanence d'un mois, et tue la plupart des puces en moins de quatre heures, ce qui ne laisse pas le temps suffisant aux insectes pour se multiplier. D'autres comprimés, disponibles depuis le printemps 2014, tuent à la fois les puces et les tiques présentes sur le chien, avec un effet persistant un mois ou davantage.

 

Ces différents produits doivent être renouvelés tous les mois, pendant toute l'année ! En effet, même si le cycle de la puce est plus lent à 18°C qu'à 30°C, comme nous l'avons vu plus haut, il n'est pas stoppé pour autant : il faut se dire que même en plein hiver, les puces adultes vivent à 37°C au contact de la peau du chien, bien à l'abri sous les poils, et les larves à 18°C, dans le tapis du salon : hiver comme été, tout va donc très bien pour elles !

 

Tous les animaux présents dans l'environnement doivent, bien sûr, être traités. Si l'on traite les deux caniches qui vivent dans la maison, et pas le berger allemand qui vit dans le jardin, au prétexte qu'ils ne se rencontrent jamais… ça ne marchera pas ! (voir un peu plus loin, les causes d'échecs du traitement).

 

Et pour régler leur compte à quelques idées reçues :

- Quelques colliers sont efficaces contre les tiques, aucun n'est efficace contre les puces.

- Les poudres ne sont pas du tout efficaces : quand le chien se sera secoué trois fois, la poudre sera partie, et les puces pourront continuer à venir.

- Les shampooings insecticides ont un effet immédiat permettant de tuer les puces présentes sur l'animal, mais ils s'en vont avec l'eau du rinçage, et doivent donc être complétés par une pipette ou un spray.

 

 

2 - Le traitement des puces dans l'environnement (uniquement en cas d'infestation) :

 

- On se concentrera sur les "hot spots", les "points chauds" où l'on pense qu'un maximum d'œufs de puces ont pu être déposés : le canapé, sur lequel votre vieux chat passe ses journées ; la niche où votre chien est souvent couché, et que l'on n'a pas nettoyée depuis longtemps (ci-dessous à gauche) ; le petit nid bien sablonneux, à l'ombre sous la haie, tout près du labrador du voisin, où votre chien passe toutes ses journées quand il fait chaud (ci-dessous à droite)…

 

 

- Il faut commencer par éliminer mécaniquement un maximum d'œufs, de larves et de cocons de puces : soulever les coussins du canapé, retirer et laver leurs housses avant de les étendre au soleil (l'ennemi des larves !), et passer l'aspirateur sous les coussins. Faire de même avec les couvertures qui se trouvent dans le panier du chien, et passer l'aspirateur dans et sous le panier, en particulier entre les lattes de plancher, le long des plinthes… Brûler la vieille couverture qui traînait depuis un an dans la niche, et laver l'intérieur au jet, ou y passer l'aspirateur, si c'est possible. Retourner le sable à l'endroit où le chien se couche dans le jardin, et si possible l'exposer à la lumière…


- Ensuite, on peut terminer le travail à l'aide d'insecticides sous forme d'aérosols, à pulvériser sur l'ensemble des hot spots, et si nécessaire dans le jardin, avec un produit autorisé pour l'environnement. En cas d'infestation sévère, on pourra utiliser des diffuseurs (ou foggers), qui "gazeront" une ou plusieurs pièces, voire l'ensemble de la maison, en diffusant un gaz insecticide pendant votre absence.

 

- Notons que les produits contenus dans les spot-on ont généralement une action sur la population de larves présentes dans l'environnement : inhibiteur de croissance, toxicité pour les larves des déjections des puces adultes…

 

Avec tous ces produits, on arrive généralement à se débarrasser des puces. Et puis parfois… ça ne marche pas !

 

 

Et pourquoi ça ne marche pas ??

 

Parce que les choses sont parfois plus compliquées, et il faut alors se creuser un peu la tête pour trouver les causes de la persistance des puces.

 

Il arrive souvent que la quantité de puces dans la maison augmente dans le mois qui suit le traitement avec un produit a priori efficace : le propriétaire verra alors davantage de puces sur son chien (et parfois sur lui-même) après traitement qu'avant, et en conclura naturellement que le produit utilisé ne marche pas. Les puces observées proviennent en fait des œufs déposés dans la maison, plusieurs semaines avant le traitement insecticide. Ces œufs vont continuer à donner naissance à des larves, des nymphes et des adultes, et le propriétaire verra surgir de nouvelles puces, jusqu'à ce que tous les œufs présents dans la maison aient éclos - ce qui peut prendre, on l'a vu, entre trois semaines et près d'un an ! Dans ce premier cas de figure, il ne s'agit donc pas d'un échec du traitement, mais de l'évolution normale de la population de puces, avant sa disparition.

 

Une autre cause d'échec apparent des insecticides est la contamination des chiens de la maison par des puces de l'extérieur : visite de la petite sœur qui vient avec son chat, week-end chez la grand-mère en emmenant le chien, promenade du soir avec le labrador du voisin, visites nocturnes de hérissons ou de chats couverts de puces dans le jardin…

 

Si le chien et l'intérieur de la maison sont bien traités contre les puces, qu'aucun visiteur ne peut a priori en apporter, et que le chien en attrape quand même régulièrement, il faut chercher un "hot spot" à l'extérieur : en particulier une structure couverte (niche, haie, porche), de préférence ombragée et à sol sablonneux, où des animaux errants (chats, hérissons…), peuvent venir déposer des œufs de puces pendant la nuit. Il peut être intéressant d'aller se promener dans ces endroits suspects, et de voir si des puces nous sautent le long des jambes !

 

La contamination par les puces de l'extérieur peut même concerner des animaux… qui ne sortent jamais ! dans ce cas, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui jouent le rôle de transporteurs de puces, par exemple lorsqu'ils travaillent dans le jardin à proximité d'un "hot spot". Les puces sautent donc sur les propriétaires et se laissent transporter à l'intérieur de l'habitation où, une fois arrivées, elles descendent pour aller infester le chat ou le chien de la maison, hôtes qui leur conviennent mieux que les humains. Ensuite, le cycle s'installe de façon durable à l'intérieur de l'habitation. Si un chat se toilette moins efficacement que les autres, parce qu'il est plus vieux ou qu'un problème de bouche l'empêche de se lécher, il hébergera plus de puces, qui produiront davantage d'œufs, et de déjections indispensables au développement des larves.

 

Des puces peuvent infester un chien, un chat ou un humain, "en un éclair", en moins de dix secondes montre en main, à l'occasion d'une promenade le long d'une haie, ou d'une incursion dans un débarras ou abri de jardin un peu négligé, par exemple (photo de droite). Des œufs de puces ont pu être déposés dans ces endroits par l'animal de la maison lui-même, avant son traitement insecticide, ou par des chats errants ou d'autres visiteurs. L'éclosion des cocons est déclenchée par une vibration du sol, et comme nous l'avons vu plus haut, le saut de la puce à peine éclose sur un animal ou un humain sera un réflexe devant tout changement de luminosité. Il a été démontré qu'en quelques secondes, un chien peut ainsi attraper quatre ou cinq puces.

 

Enfin, parmi les causes d'échec d'un traitement anti-puces, ne négligeons pas la possibilité que, le rythme de la vie quotidienne étant ce qu'il est, le produit insecticide n'ait pas été appliqué avec toute la régularité nécessaire, ou que l'un des animaux de la maison ait été oublié !

 

Comprendre pourquoi un traitement insecticide bien conduit ne fonctionne pas demande parfois une véritable enquête policière, évidemment impossible à réaliser en routine, faisant appel à un interrogatoire poussé des différents membres de la famille, au comptage répété des puces sur tous les animaux impliqués, à la pose de pièges à puces dans l'environnement, et à l'identification des puces capturées : sachant que les premières puces qui éclosent sont des femelles, et les dernières des mâles, capturer essentiellement des puces mâles indiquera que l'on a réussi à stopper la reproduction et/ou le développement des œufs, et que les puces capturées sont les dernières à éclore des œufs présents dans la maison depuis longtemps (avant le traitement). En revanche, lorsque les puces sont majoritairement des femelles, a fortiori si elles sont gavées de sang, cela indique l'éclosion de nouveaux œufs et l'arrivée de nouveaux adultes, donc l'échec du traitement… ou plus probablement une contamination par des animaux extérieurs (MW Dryden : the deep dive : c'est en anglais, mais c'est très instructif ! la plupart des infos ci-dessus sont tirées de ses articles).

 

À défaut d'enquêtes aussi élaborées avec une "flea team" posant des pièges à puces dans la maison et dans le jardin, n'hésitez pas à nous contacter en cas d'échec d'un traitement anti-puces, afin de rechercher les meilleures mesures à prendre pour vous débarrasser de ces désobligeantes petites bêtes.



LES TIQUES

 

Qui sont les tiques du chien ? 

 

La tique est un acarien de grande taille présent dans l'environnement, en 
particulier dans les zônes forestières et broussailleuses, essentiellement au printemps et à l'automne, même si l'on peut en rencontrer toute l'année. Dans notre région, on trouve essentiellement la "tique brune du chien" Rhipicephalus sanguineus, bien adaptée aux climats chauds et secs, également appelée "tique des chenils" du fait de sa capacité à coloniser les habitations (tique endophile) (photo de droite). Ixodes ricinus et Dermacentor reticulatus, tiques exophiles qui recherchent respectivement le froid et l'humidité, sont peu présentes sur le pourtour méditerranéen, et se rencontrent plus au nord (forêts de feuillus et sous-bois pour Ixodes ricinus, prairies, terrains vagues, haies et berges de rivières pour Dermacentor reticulatus).

 

Le cycle des tiques


Au cours de sa vie, une tique passe par trois stades : larve, nymphe, et adulte. Elle est obligatoirement parasite au cours de ces trois stades. Certaines tiques ne sont pas spécifiques d'espèce, et peuvent parasiter des rongeurs aussi bien que des oiseaux, des ongulés ou des chiens (cas d'îxodes ricinus). Rhipicephalus sanguineus, "notre" tique régionale, se plante essentiellement sur le chien, et à l'occasion sur le chat ou sur l'Homme.

 

La tique guette le passage d'un hôte convenable, (un chien, dans le cas de Rh. sanguineus), du haut d'une branche ou d'une brindille. Lorsqu'un chien passe en dessous d'elle, la tique le repère à sa chaleur et à son odeur (émission de CO2 notamment), et se laisse tomber sur lui. Elle se déplace ensuite à la recherche d'une région à peau fine, où elle pourra manger tranquillement : oreille et notamment pli de l'oreillon (photo de droite), aisselle ou région inguinale, scrotum, mamelle ou espace inter-digité. La tique perce alors la peau grâce à ses pièces buccales élaborées, qui vont lui permettre de se fixer au chien, de secréter en moins d'une demi-heure un cément qui va renforcer cette fixation, d'injecter une salive anticoagulante qui provoque également la dilatation des vaisseaux sanguins du chien et un début de digestion,  et - c'est tout de même le but - d'aspirer le sang. Il semble que certaines races de chiens (par exemple les cockers), et certains individus, attirent les tiques plus que d'autres.

 

La larve de Rh. sanguineus se nourrit sur un chien pendant deux jours, puis se
laisse tomber sur le sol, et y cherche une cachette. Elle y reste de quelques jours à plusieurs semaines (selon la température et l'humidité), avant de muer en nymphe et de repartir à la recherche d'un chien. Le même processus se
répète pour la nymphe (photo ci-dessous à gauche), avec des périodes de nutrition sur le chien et de vie sur le sol plus longues que pour la larve, jusqu'à la mue en tique adulte. L'adulte femelle (photo ci-dessous à gauche) peut se nourrir sur un chien pendant plusieurs semaines, tandis que le mâle prend de multiples repas sanguins, parfois sur différents chiens de la même maison. Notons que la tique est capable de concentrer le sang qu'elle aspire, et que son volume final ne correspond en rien à la quantité de sang qu'elle a ingéré. Après l'accouplement, la femelle finit de se gorger, puis se laisse tomber sur le sol où, après un délai de quelques jours à quelques semaines, elle va pondre de façon initerrompue 1500 à 4000 œufs, sur une durée de plusieurs semaines. Il faudra de six jours à plusieurs semaines avant l'éclosion des œufs, et la sortie de fragiles larves à six pattes (dessin ci-dessus : cycle de la tique - document Mérial).

 

Photo de gauche : tique femelle adulte gorgée, de l'espèce Rhipicephalus sanguineus, retirée d'une chienne atteinte de piroplasmose, au printemps. Photo de droite : minuscules "plombs", ou nymphes de Rh. sanguineus, reconnaissables à leurs quatre paires de pattes. Ces plombs étaient présents en très grand nombre sur un chien affaibli, en milieu d'été.

 

Concrètement, les grosses tiques brunes que vous trouvez sur votre chien au printemps sont les femelles adultes, (les mâles étant les petites tiques noires qui gravitent autour), tandis que les minuscules "plombs" grisâtres qui les remplacent sur le chien à partir du milieu de l'été et en automne, souvent en grappes abondantes, sont les nymphes issues des tiques adultes du printemps (photos ci-dessus).

 

 

Conséquences pour le chien :

 

Première conséquence qui vient à l'esprit : les tiques transmettent un certain nombre de maladies, essentiellement par morsure. La piroplasmose est la plus connue, mais on pourra aussi citer les ehrlichioses, les anaplasmoses, l'hépatozoonose qui se transmet non pas par morsure, mais lorsque le chien avale une tique contaminée… Toutes ces maladies sont traitées dans un autre chapître, et ne seront donc pas développées ici.

 

 

   

Photos ci-dessus : Babesia canis, responsable de la piroplasmose, en haut à droite. Puis de gauche à droite : quatre morulas d'Ehrlichia canis dans un monocyte, plusieurs morulas d'Anaplasma platys dans une plaquette sanguine, et deux gamétocytes d'Hepatozoon canis.

 

Rappelons que la tique véhiculée par votre chien ne dédaignera pas forcément de grimper sur vous et de se  planter à un endroit où elle mettra peut-être quelques jours à être découverte (dans les cheveux…), et qu'à cette occasion, elle pourra transmettre un certain nombre de maladies (fièvre boutonneuse méditerranéenne, maladie de Lyme, ehrlichiose…). Ceci venant en plus du caractère un peu répugnant de la découverte de cette tique, quelque part sur soi !

 

Enfin, et on n'y pense pas forcément : un chien peut être littéralement saigné à blanc par les tiques… et peut-être plus encore par les "plombs", en automne : au moins une ou deux fois par an, nous voyons arriver des chiens plus du tout roses, mais BLANCS (ci-dessous à gauche), et couverts par des milliers de tiques ou de plombs. Il s'agit d'une urgence, et faute d'une transfusion très rapide avec du sang de chien, la plupart de ces animaux décèderont en quelques heures (ci-dessous à droite : transfusion chez un chien).

 

    



La lutte contre les tiques

 

Il est illusoire de vouloir détruire les tiques dans le milieu extérieur… à l'exception des maisons (garages, remises…) envahis par Rh. sanguineus : dans ce cas de figure, on pourra utiliser les sprays et diffuseurs déjà décrits pour lutter contre les puces dans l'environnement.

 

Au printemps et en automne, il est également possible d'éviter pour quelques semaines les promenades dans telle prairie ou telle pinède, d'où son chien, ou le chien du voisin, sont revenus couverts de tiques. 

 

En prévention : 

 

Plusieurs produits existent, comme pour les puces. Il est important de les mettre en place du printemps à l'automne, pour prévenir les mauvaises surprises.

 

- Les colliers à l'amitraz ou à la deltaméthrine sont certainement les dispositifs les plus faciles d'emploi, dans la mesure où ils agissent pendant plusieurs mois. Ces colliers sont efficaces, et les colliers à la deltaméthrine repoussent en outre le phlébotome, responsable de la transmission de la leishmaniose.

 

- Divers produits en pipette (spot-on), contenant notamment une perméthrine, ou l'association fipronil-amitraz. La perméthrine repousse également le phlébotome, mais attention, elle est formellement contre-indiquée chez le chat !

 

- Des comprimés, disponibles depuis le printemps 2014, tuent à la fois les puces et les tiques présentes sur le chien, avec un effet persistant un mois ou davantage.

 

- L'amitraz en lotion est un excellent produit, (très économique qui plus est), à condition de bien respecter la dilution, et d'en imbiber complètement le chien (bien passer à rebrousse-poils). Son principal inconvénient est son manque de commodité, surtout comparé aux produits précédents, colliers, spot-on ou comprimés : il faut l'appliquer au moins tous les dix jours, en portant des gants de protection, et son odeur est très forte. Les sprays de fipronil sont également efficaces, à condition de bien respecter la dose.

NB : Attention aux chiens potentiellement atteints par une mutation sur le gène MDR1, qui provoque une sensibilité médicamenteuse (en France : colley,

berger australien, shetland, berger blanc suisse et whippet, sans oublier les chiens d'autres races à robe arlequin ou merle : beaucerons…). Ces chiens peuvent présenter des signes d'intoxication (grosse fatigue, hypothermie, bradycardie…) lors d'utilisation normale d'amitraz, et d'un certain nombre d'autres antiparasitaires (avermectines), utilisés à forte dose.

 

Attention, aucun produit, aussi puissant soit-il, n'empêchera 100 % des tiques de monter sur un chien, voire de se planter pour quelques instants, surtout en période de fortes infestations.

 

 

En traitement :

 

Lorsque l'on découvre plusieurs dizaines de tiques galopant sur son chien (ou déjà plantées), au retour de la promenade (photo de droite), la première chose à faire est d'en retirer un maximum, sans perdre une minute. En effet, les parasites ou bactéries transmis par les tiques ne sont généralement inoculés au chien que 24 à 48 heures après la morsure de la tique. Pour les retirer, le mieux est d'utiliser un crochet à tiques (photo de gauche), qui permet d'extraire la bestiole sans risquer de laisser sa tête dans la peau du chien, et surtout, de ne pas être en contact direct avec les sécrétions de la tique, surtout si on l'écrase malencontreusement entre deux doigts, en la retirant (risque de transmission de maladies). À défaut, une pince à épiler fera tout à fait l'affaire. Et puis si l'on n'a ni crochet à tiques ni pince à épiler sous la main, à la guerre comme à la guerre, on arrache les tiques avec les doigts, et il est tout de même bien rare de laisser la tête à l'intérieur ! pensez juste à protéger vos doigts autant que possible, pour éviter le contact avec les secrétions de la tique.

 

Si le chien en est "claffit" et qu'on est sûr d'en oublier quelques-unes avec notre petit crochet à tiques, il faut compléter l'épluchage manuel par l'un des produits décrits plus haut pour la prévention : un bon bain d'amitraz, en n'oubliant pas de frictionner partout, du bout du nez au bout de la queue en passant bien entre chaque doigt, ou bien un spot-on, un collier, ou les comprimés adaptés.

© Copyright texte, logo et photos (excepté la carte postale des puces savantes et les deux cycles Mérial) : SCP Vétérinaires Beaufils, Jumelle, Jannot, Lorant.

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