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Les parasites internes du chien : vers et protozoaires

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Points forts :

 

. L'intestin des chiens peut être parasité par des vers (ascaris, ankylostomes, trichures, Dipylidium…), et des protozoaires (unicellulaires : coccidies, Giardia…)

 

. Ces parasites sont parfois bien supportés, mais ils sont souvent à l'origine de troubles digestifs (diarrhées parfois hémorragiques, vomissements), ou d'un amaigrissement. Dans les cas extrêmes, ils peuvent menacer la vie du chien, en provoquant des perforations ou des invaginations intestinales, ou encore des carences graves : nous décrivons un cas clinique, qui montre quelles peuvent être les conséquences d'une infestation parasitaire importante chez le chien.


. En revanche, "faire le traineau" n'est pas un signe de parasitisme !!

 

. Certains de ces parasites peuvent infester l'Homme, et notamment les enfants. Ils provoquent rarement des symptômes, mais si c'est le cas, ceux-ci sont alors sévères.

 

. Les parasites sont essentiellement mis en évidence par examen des selles. Si vous nous présentez votre chien pour des troubles digestifs ou un amaigrissement, pensez à nous apporter - si possible - un échantillon de ses selles, datant de moins de douze heures.

 

. Des protocoles de vermifugation "standard" sont présentés à la fin de cet article.

 

 

 

 

 

Il existe deux grands groupes de parasites internes chez le chien : les helminthes (ceux que l'on appelle couramment les vers : ascaris, ankylostomes, trichures, "ténias"…), et les protozoaires, essentiellement coccidies et Giardia.

 

 

LES HELMINTHES = LES VERS :

 

Les vers que l'on rencontre le plus souvent dans le tube digestif du chien sont les ascaris, les ankylostomes, les trichures, et plus rarement les Dipylidium. Hors du tube digestif, Angiostrongulus et Capillaria, (pour ne citer que les plus fréquents), se logent dans le poumon. Nous ne parlerons pas ici des "vers du cœur" (Dirofilaria immitis), traités dans l'article sur la cardiologie. Enfin, nous dirons un mot de Thelazia, qui se développe… sur l'œil !


1 - Les vers digestifs :


- Les ascaris


Toxocara canis est un ver rond mesurant de dix à vingt centimètres de long, présent dans l'intestin grêle des chiens (photo de droite : ascaris adultes (un peu desséchés), vomis par un chat infesté). Les chiens adultes hébergent en outre des larves, en sommeil dans différents organes. Ces larves se réactivent chez la chienne en fin de gestation, infectant le fœtus à travers le placenta, ou le chiot nouveau-né par l'intermédiaire du lait : des ascaris adultes peuvent donc être présents dans l'intestin des chiots, dès l'âge d'une semaine.


Les vers adultes, présents dans l'intestin des chiens, pondent des œufs qui sont éliminés et disséminés en très grand nombre (photo ci-dessous) avec les selles, dans le milieu extérieur. Ces œufs résistent au froid, à la sécheresse et aux désinfectants, et restent infestants pour les autres chiens, (ou pour les enfants jouant dans les bacs à sable !), après plusieurs années passées dans le sol. L'infestation du chien peut aussi passer par l'ingestion de rongeurs, ayant eux aussi consommé des œufs d'ascaris.


Toxascaris leonina est plus rare que Toxocara canis chez le chien.


Photo ci-dessus : œufs de Toxocara canis en très grande quantité, dans une analyse de selles (concentration par flottaison). Ci-dessous : bouchon d'ascaris vomi par un jeune chiot, hospitalisé pour gastro-entérite.


 

Une fois dans l'intestin, les ascaris consomment les aliments destinés au chien : glucose, calcium, phosphore, oligo-éléments… ils peuvent aussi provoquer une irritation, voire une obstruction ou une perforation de l'intestin en cas d'infestation massive. Un ou deux ascaris peuvent être bien tolérés chez un chien adulte solide, mais une infestation massive chez un chiot (voire chez un chien adulte - photos d'invagination, ci-dessous), entraînera au mieux un retard de croissance, un vilain poil et des troubles digestifs (vomissements, diarrhée), parfois de la toux, au pire une péritonite et la mort en cas d'obstruction ou de perforation intestinales.

 

Il est conseillé de vermifuger chiots et adultes de façon systématique (voir plus loin). En cas de maladie s'exprimant par un amaigrissement ou une diarrhées, les ascaris seront recherchés par analyse de selles (mise en évidence des œufs sous le microscope, après concentration par une technique de flottaison). (Photo de gauche : œufs de Toxocara canis, encadrant deux œufs d'ankylostomes, chez un chien leishmanien, également infecté par Capillaria aerophila).

 


Attention, les ascaris peuvent contaminer l'Homme : lorsque nous ingérons un œuf d'ascaris, il en sort une larve qui ne pourra pas poursuivre son cycle jusqu'à se transformer en ascaris adulte (elle ne peut le faire que chez un chien… et nous ne sommes pas des chiens), mais qui va partir se promener dans l'organisme. Le plus souvent, elle va s'égarer dans un muscle où elle va s'enkyster et mourir, et nous n'en saurons jamais rien. Mais elle peut aussi aller se promener dans le cerveau ou dans un œil, et là, c'est beaucoup plus embêtant. Premières victimes potentielles : les jeunes enfants qui mettent leurs doigts à la bouche après avoir papouillé leur chien, ou après avoir joué dans les bacs à sable que les chiens adorent utiliser comme toilettes. 7 à 15 % d'entre nous (selon les études et le milieu de vie) sommes ou avons été porteurs de larves d'ascaris en migration. Dans la plupart des cas heureusement, cela n'a eu aucune conséquence !

 

- Les ankylostomes


Ankylostoma caninum et Uncinaria stenocephala sont des vers beaucoup plus petits que les ascaris (1 cm). On les observe rarement à l'œil nu.

Les vers adultes présents dans l'intestin pondent des œufs, qui vont être disséminés avec les selles dans le milieu extérieur, 15-20 jours seulement après l'infestation du chien. La contamination de nouveaux chiens se fera en ingérant des larves nées de ces œufs, ou par la pénétration de ces larves à travers la peau. (L'Homme peut être contaminé de la même façon). Des larves peuvent également passer de la chienne à son chiot, par l'intermédiaire du lait. 

 

Les ankylostomes prélèvent du sang dans l'intestin grêle des chiens infestés, et peuvent donc être à l'origine de spoliations sévères, avec anémie et diarrhées hémorragiques, fatigue, amaigrissement… et mort dans les cas les plus sévères, notamment chez les chiots… mais pas que ! (voir photos ci-dessous). Des lésions de la peau ou des poumons peuvent résulter du passage des larves.

 

 

Un exemple de ce que peut produire une forte infestation par les ankylostomes : Isis, jeune chienne présentée pour un abattement important (photo de gauche). La chienne est très maigre. La palpation révèle une masse en forme de "boudin" au milieu de l'abdomen. L'échographie montre qu'il s'agit d'une invagination intestinale (photo de droite, aspect de l'invagination à l'échographie) : sous l'action, le plus souvent, de contractions importantes, comme lors de fortes diarrhées, une portion d'intestin pénètre dans la portion qui suit, comme un doigt de gant qui se retourne. Il s'agit d'un phénomène extrèmement grave, qui entraîne le décès du chien à très court terme, si l'animal n'est pas opéré.

 

 

L'analyse des selles de la chienne (concentration par flottaison : voir plus loin), montre la présence d'une quantité impressionnante d'œufs d'ankylostomes. (Photo de gauche, vue au faible grossissement : un œuf d'ascaris est également présent tout en haut de l'image. Photo de droite : les œufs d'ankylostomes à un plus fort grossissement). Ce très fort parasitisme était responsable du mauvais état général de la chienne (amaigrissement, anémie), et de la violente diarrhée à l'origine de l'invagination.

 

    

Aspect de l'intervention chirurgicale : l'intestin de taille normale est visible en haut de la photo. En haut à droite, on le voit "rentrer en lui-même", pour former l'énorme "boudin" tenu entre les deux mains du chirurgien. Toute cette portion d'intestin a été retirée (entérectomie), l'intestin restant a été plicaturé (sutures placées entre les différentes anses intestinales) pour éviter les récidives… et la chienne a été vermifugée ! Photo de droite : le lendemain de l'intervention, Isis est toujours aussi maigre, mais beaucoup plus bondissante. La chienne s'est bien remise de toutes ces péripéties.

 

- Les trichures


Trichuris vulpis est un petit ver de 4-7 mm de long, rarement observé à l'œil nu dans les selles des chiens. Il réside généralement dans le cæcum et le gros intestin des chiens, fermement accroché à la paroi intestinale pendant une durée pouvant atteindre seize mois ! On en observe parfois des centaines, tout le long des parois, lors de coloscopies. Les trichures pondent des œufs à coque épaisse et de forme caractéristique (photo de droite), qui peuvent rester infestants jusqu'à cinq ans (!) dans le milieu extérieur. Les chiens se contaminent lorsqu'ils avalent ces œufs.

 

Les trichures provoquent généralement des symptômes sévères, notamment une perte de poids, une diarrhée hémorragique avec du sang frais, responsable d'une anémie et d'un abattement.


 

- Les "vers solitaires" : Dipylidium caninum, et autres "ténias"

 

Parmi les Cestodes, ou vers plats, Dipylidium caninum est le plus fréquemment rencontré : on le remarque sous la forme de petits anneaux blancs qui se tortillent là où le chien était assis il y a encore quelques instants, ou sous la forme de "grains de riz", accrochés aux poils, autour de l'anus du chien. (Ces grains de riz sont les mêmes anneaux que précédemment, mais secs). Le ver entier, lui, composé de milliers de ces anneaux, se trouve dans l'intestin du chien, et peut mesurer un mètre de long. (Photo de gauche : anneau de Dipylidium sorti activement de l'anus d'un Yorkshire terrier, qui se tortille maintenant sur la table d'examen : voir un peu plus bas son aspect, sous le microscope).

 

    

 Photos ci-dessus : deux anneaux de Dipylidium qui viennent de sortir activement de l'anus d'un chat (en haut des photos). Les contractions de l'anneau au centre des photos, sont bien visibles.

 

La larve du ténia est présente dans les puces. Lorsque le chien se lèche ou se mord (parce que les piqures de puces le démangent), et qu'il ingère une puce, il avale en même temps la larve du ténia, qui se transformera en ver adulte, dans son intestin grêle, trois semaines après l'ingestion de la puce (photo de gauche). Des anneaux de ce ténia se détachent au fil du temps, et sortent par l'anus, soit activement en se tortillant comme on l'a vu plus haut, soit avec les selles. Ils sont remplis de capsules ovigères (photos ci-dessous), contenant chacune plusieurs œufs… qui seront ingérés par les puces qui passent par là.

 

 Les symptômes sont généralement absents ou modérés : poils ternes, diarrhée, démangeaisons anales au passage des anneaux. Les symptômes sévères (ventre douloureux, invagination intestinale), sont rarissimes chez le chien. Le principal inconvénient du Dipylidium est son aspect répugnant lorsque l'on voit sortir les anneaux à travers l'anus, ou pire, lorsque le chien vient vomir ce ver d'un mètre de long devant la table de la cuisine !

 

 

Photo de gauche : extrémité d'un anneau de Dipylidium vu au microscope, libérant des dizaines de capsules ovigères. Photo de droite : l'une de ces capsules ovigères, contenant une quinzaine d'œufs.

 

Sauf cas tout à fait exceptionnel, Dipylidium caninum ne se transmet pas à l'Homme. Ce n'est pas le cas d'autres Cestodes, comme Echinococcus granulosus ou Echinococcus multilocularis, responsables chez l'humain de lésions très envahissantes, et souvent mortelles. Heureusement, ce ver n'est pas présent dans notre région.


- Les strongyloidés :


Ce ne sont pas les vers les plus fréquents du chien, et ils sont souvent considérés comme inoffensifs - d'où leur place en fin de liste. Méfiance tout de même, ils peuvent faire mal, surtout s'ils sont nombreux.


Strongyloides stercoralis est un ver tout petit (2 mm) et transparent, donc quasiment invisible à l'œil nu. Il (ou plutôt elle, car c'est la femelle qui parasite) apprécie particulièrement les chenils surpeuplés, à l'atmosphère chaude et humide. Les adultes vivent au fond des cryptes de la paroi de l'intestin, et pondent des larves qui deviennent très rapidement infestantes. Une fois arrivées à l'extérieur, ces larves pénètrent dans un nouveau chien par voie orale, ou à travers la peau. Elles passent aussi de la mère au chiot par le lait… sans oublier les auto-infestations, surtout chez les chiens ayant une mauvaise immunité : le parasite se multiplie à l'intérieur de leur intestin, provoquant une infestation prolongée, voire permanente.


Nombreuses larves de Strongyloides stercoralis, dans l'examen au microscope des selles d'un chien infesté.


Les symptômes sont souvent peu marqués : nous avons longtemps considéré la présence de quelques larves de Strongyloides dans une analyse de selles, comme une découverte sans importance. Ces vers peuvent malgré tout provoquer des troubles lorsqu'ils sont nombreux, notamment chez les jeunes chiens : diarrhées mucoïdes avec du sang, perte de poids ou retard de croissance, et au fur et à mesure de l'évolution, fièvre et troubles respiratoires dus à l'installation d'une pneumonie vermineuse. Le diagnostic se fait au microscope, à la clinique, lorsque l'on découvre des larves de Strongyloides dans une analyse de selles (photo ci-dessus), ou au laboratoire, par la mise en évidence de vers adultes dans les replis de l'intestin, après biopsies digestives (ci-dessous). Le traitement fait appel à des vermifuges courants, mais il est surtout important de prévenir l'infestation - ou les récidives - en évitant la surpopulation et les mauvaises conditions d'hygiène. Signalons que le parasite peut infecter les chats et surtout les humains, et qu'il peut provoquer des symptômes sévères, notamment chez les personnes immunodéprimées.

 

 

Duodenum enflammé chez un chien infesté par Strongyloides stercoralis : aspect de l'intestin en endoscopie (photo de gauche), et analyse histologique d'une biopsie réalisée dans la muqueuse de cet intestin (photo de droite - laboratoire LAPVSO) : un fragment de parasite adulte est visible (flèche).

 

2 - les parasites cardio-respiratoires :


Plus rares que les précédents, les Angiostrongylus vivent dans le cœur et le poumon des chiens, et  les Capillaires, dans les bronches. Comme indiqué plus haut, les "vers du cœur" (Dirofilaria immitis), sont traités dans l'article sur la cardiologie. D'autres vers peuvent aller se loger dans les poumons, (Filaroides (aussi appelé Oslerus) et Crenosoma), mais ils sont encore plus rarement rencontrés.

 

- Angiostrongylus vasorum :


Les américains l'appellent le "ver du cœur français"! il a été découvert à Toulouse en 1853. C'est un petit ver (1,5-2 cm de long), qui vit dans l'artère pulmonaire, et parfois dans le ventricule droit du cœur des chiens et des renards. Les vers adultes pondent des œufs, qui vont se loger dans les petits vaisseaux des poumons. Des larves éclosent, traversent la  paroi des vaisseaux, et se retrouvent dans le poumon. Lorsque le chien tousse, il fait remonter les larves jusque dans sa bouche, et les avale aussitôt. Les larves transitent alors dans l'intestin, et sont éliminées avec les selles. Arrivées sur le sol, elles sont consommées par une limace, un escargot, une grenouille… qui seront mangés à leur tour par un chien ou par un renard, qui se contaminera par la même occasion. La durée de vie du ver dans le cœur, est à peu près la même que celle du chien ! C'est dire que quand on l'a, on l'a…

 

Le passage des  larves à travers le poumon est responsable d'hémorragies, de
granulomes et de fibrose pulmonaires. La présence des vers adultes dans l'artère pulmonaire provoque une prolifération de ses parois et la formation de caillots (thrombus), responsables d'hypertension pulmonaire et d'insuffisance cardiaque droite. Une anémie et des troubles de la coagulation (y compris une sévère coagulation intravasculaire disséminée - CIVD), peuvent venir compliquer les choses. Enfin, des larves peuvent se perdre en route, et se retrouver égarées dans l'œil ou dans le cerveau de l'animal.


Les chiens infectés présentent donc une toux chronique, une intolérance à l'exercice, des saignements (dans 35 % des cas), une baisse d'appétit, une perte de poids, une ascite (= de l'eau dans le ventre), pus rarement des syncopes, convulsions et paralysies, une inflammation de l'œil (uvéite)… et parfois des morts subites. Des nodules pulmonaires et une dilatation du cœur droit sont généralement visibles à la radio.



Le diagnostic était jusqu'à présent difficile : il fallait trouver les larves dans un lavage broncho-alvéolaire, ou à défaut dans un crachat - si le chien avait le bon goût de cracher devant nous. Une autre option était de mettre en évidence les larves dans une analyse de selles, à condition là aussi que le chien ait toussé pour faire remonter les larves dans sa bouche, les ait avalées, et qu'on collecte pile les selles contenant ces larves, pour les analyser (ci-dessus : très nombreuses larves d'A. vasorum dans l'examen de selles d'un chien). Depuis peu, nous disposons de tests rapides à réaliser à la clinique, en quelques minutes "au chevet du malade", à partir d'une simple prise de sang, ce qui facilite tout de même bien les choses - même si la mise en évidence des larves reste toujours très satisfaisante.


Un protocole de vermifugation un peu particulier est généralement efficace pour guérir le chien, à condition que les lésions pulmonaires et cardiaques ne soient pas trop avancées.

       

- Capillaria aerophila :


Les capillaires vivent dans les sinus, la trachée et les bronches des renards, des

chiens, et plus rarement des chats. Ce sont des vers de 2,5-3,5 cm de long. Les femelles pondent des œufs qui sont éliminées dans les selles de la même façon que les larves d'Angiostrongylus, et qui contaminent directement un autre carnivore.


Les chiens infectés toussent et reniflent, et le diagnostic se fait, là aussi, par examen microscopique des selles ou par lavage broncho-alévolaire. (Photo de gauche : un œuf de capillaire, collé contre un œuf d'ankylostome, dans l'examen de selles d'un chien).


Le traitement fait également appel à différents vermifuges, avec des protocoles un peu particuliers.


Signalons l'existence d'un autre capillaire, Capillaria plica, qui vit dans la vessie, (parfois dans les uretères ou les reins), et qui peut provoquer très occasionnellement une gêne urinaire.


3 - Un parasite de l'œil : Thelazia callipaeda :

 

Peut-être plus parasite externe que parasite interne, finalement, Thelazia callipaeda est un petit ver d’un peu plus d’1 cm de long, qui se loge  dans la conjonctive de l’œil (sous la membrane nictitante notamment), et dans l’appareil lacrymal du chien, du chat, du renard, du loup, du lapin… et accessoirement de l’Homme. Ce petit ver peut y vivre jusqu’à un an !


Plusieurs Thelazia capilladea s'ébattant à la surface de l'œil droit d'une chienne beauceronne de dix ans : tout un groupe grouille dans l'angle interne de l'œil, sous la membrane nictitante que l'on voit ici soulevée par une pince, (à droite de la phhoto), tandis qu'un individu isolé rampe à leur rencontre (à gauche de la photo).

 

Sa transmission d’un animal à l’autre est assurée, du printemps jusquà l’automne, par une mouche drosophile, (ça nous rappelle les cours de sciences nat), qui se nourrit de larmes, et aspire en même temps des larves de Thelazia avec sa trompe. Deux à trois semaines plus tard, le temps que les larves aient subi quelques mues, la mouche va les déposer dans l’œil d’un autre animal, lors d’un repas ultérieur. À noter que seules les mouches mâles se nourrissent dans l'œil, (peut-être parce que leurs besoins en protéines sont plus importants), et peuvent donc transmettre la maladie. Les femelles, elles, ne se nourrissent que de fruits et de légumes, ce qui nous rappelle également quelque chose.

 

En France, le parasite est surtout présent dans le sud-ouest, 104 des 117 cas recensés lors d’une enquête réalisée en 2008, ayant été trouvés dans le département de la Dordogne. Aussi étrange que cela puisse paraître, il semblerait qu’il existe un lien entre la présence de Thelazia dans l’œil des chiens, et la culture des fraises du Périgord, en Dordogne justement. Notons que lors de cette enquête de 2008, aucun cas de thélaziose n’avait été rapporté dans le Gard, ce qui rend original un cas que nous avons observé à Calvisson, en juin 2015 (photo ci-dessus).  Notons aussi que sur les 117 cas recensés en France jusqu’en 2008, 115 concernaient des chiens, et 2 seulement des chats.

 

Les symptômes chez le chien sont la conséquence de l’irritation mécanique de la conjonctive oculaire et de la cornée, par les striations de la cuticule des Thelazia. Certains chiens présentent pas ou peu de symptômes (un œil un peu rouge et un léger écoulement), d’autres des signes beaucoup plus sévères : forte inflammation ou ulcère de la cornée, avec un œil douloureux, un spasme des paupières, un jetage purulent… (Photo de droite : extrémité antérieure d'une Thelazia adulte mâle : on conçoit qu'une petite dizaine de ces bestioles, grouillant à la surface de l'œil, puisse être irritante !)

 

Une partie des parasites peut être retirée de l’œil mécaniquement, à la pince, puis à l’aide de rinçages abondants. Pour terminer le travail, (ou en première intention), un certain nombres d’antiparasitaires en comprimés (milbémycine) ou en spot-on (moxidectine-imidacloprid), sont très efficaces pour éliminer les Thelezia. La milbémycine administrée tous les mois, a également montré un bon effet préventif.

 


LES PROTOZOAIRES

 

Ce sont des parasites constitués d'une seule cellule. Nous nous limiterons ici aux plus fréquents : les coccidies, et un flagellé : Giardia officinalis.

 

1 - Les coccidies :


Plusieurs espèces de coccidies infestent l'intestin du chien, les plus fréquentes appartenant au genre Isospora.


Les chiens s'infectent lorsqu'ils avalent les kystes de coccidies, présents sur le sol. Une fois dans l'intestin, les coccidies provoquent une diarrhée aiguë, parfois hémorragique, une perte de poids et une déshydratation, surtout chez les chiots de moins de six mois. D'autres chiens hébergent le parasite, sans exprimer de symptôme. Le diagnostic se fait sur analyse de selles (photo de droite : kyste de coccidie (haut), et œuf de capillaire (bas)).


Il peut être difficile de se débarrasser des coccidies, notamment dans les chenils et autres collectivités, où les chiens se recontaminent en permanence.

 

2 - Les Giardia :


Les Giardia sont des protozoaires flagellés qui infectent l'intestin de nombreuses espèces, des oiseaux aux humains. Ils s'attachent à la bordure en brosse des cellules de l'intestin, s'y multiplient, et s'y nourrissent des nutriments destinés à l'animal. Ils finissent par s'enkyster, et les kystes sont éliminés avec les selles. Les kystes peuvent survivre plusieurs semaines dans le milieu extérieur. L'humidité et la surpopulation favorisent la transmission des Giardia.

 

File:Giardia-spp.--infected--gerbil-intestine.jpg

Photo de gauche : surface de l'intestin d'une gerbille, entièrement recouverte de Giardia. Microscopie électronique, CDC, S. Erlandsen. Photo de droite : une Giardia que nous avons observée, après coloration au lugol (x 400).

 

Les toxines émises par les Giardia, et la réaction immunitaire de l'hôte, abîment la bordure en brosse des cellules intestinales, et diminue leur production d'enzymes (lipase notamment), nuisant ainsi à la digestion. Il en résulte une diarrhée (souvent graisseuse (stéatorrhée) ou mucooïde, rarement hémorragique), et une perte de poids, notamment chez les chiots. L'infestation par les Giardia peut aussi passer inaperçue.

 

Différents vermifuges ou antibiotiques éliminent efficacement les Giardia chez le chien, mais il est difficile de s'en débarrasser en collectivité, où les animaux atteints se recontaminent entre eux en permanence. Il est conseillé d'éliminer rapidement les déjections des chiens. Les kystes sont inactivés par les ammoniums quaternaires (eau de javel, à laisser agir 5-20 minutes avant de rincer), la vapeur et l'eau bouillante. Les zônes impossibles à désinfecter (jardin, chenil sur terre battue…) devraient être considérées comme contaminées, et il est conseillé d'attendre un mois avant de laisser un chat ou un chien y venir à nouveau.

 

 

CE CHIEN EST-IL PARASITÉ ? LE DIAGNOSTIC


1 - Mon chien fait le traineau !


Halte aux idées reçues : un chien qui "fait le traineau" (c'est à dire qui avance sur ses pattes de devant en frottant son derrière par terre), n'est pas un chien parasité ! Enfin, il peut l'être, comme tout le monde, mais ce n'est pas à cause de ça qu'il fait le traineau. Cette idée reçue vient du fait que quand un enfant se gratte les fesses, on en conclut, à tort ou à raison, "qu'il a les vers", en l'occurrence des oxyures dont les femelles viennent pondre aux marges de l'anus, provoquant alors d'intenses démangeaisons. Rien de tel chez le chien, qui n'héberge pas d'oxyures ; comme nous l'avons vu plus haut, les anneaux de Dipylidium sortent à travers l'anus, mais sans provoquer un tel prurit. Si le chien fait le traineau, c'est qu'il a quelque chose qui lui démange les fesses, (un engorgement ou un abcès des sacs anaux, une puce qui se promène, une irritation ou une allergie de contact… à explorer si cela se produit trop souvent), mais pas des parasites. Ceux-ci peuvent provoquer (entre autres) un amaigrissement, des troubles digestifs, un vilain poil, une toux ou des hémorragies pour les vers cardio-pulmonaires… mais pas le traineau !


2 - L'examen de selles (enrichissement par flottaison fécale)


Il s'agit d'un examen tout bête à réaliser, mais fondamental, devant un chien qui présente des symptômes digestifs (vomissements, diarrhées), ou un amaigrissement. Une petite quantité de selles peut être observée directement au microscope, entre lame et lamelle. Cet examen direct a l'avantage d'être rapide, de pouvoir être réalisé lorsqu'on ne dispose que d'une très petite quantité de selles (ce qui reste sur le thermomètre après la prise de température), et de garder les parasites vivants, donc de pouvoir les observer en mouvement. (Cas des Giardia, que l'on détecte difficilement autrement : voir le film ci-dessous).

 

 

L'inconvénient de cet examen direct est que l'on a peu de chances de trouver un œuf de parasite dans une aussi petite quantité de selles. On améliorera la sensibilité de l'examen en réalisant une concentration par flottaison :

Une quantité assez importante de selles est mélangée à un liquide très dense (du sulfate de magnésium). Le mélange est filtré, et versé dans un petit pot, sur lequel on pose une lamelle de verre. Les œufs des parasites, plus légers que le sulfate de magnésium, remontent à la surface, et se collent sous la lamelle. Après dix minutes au moins, celle-ci est retirée, placée sur une lame, et observée au microscope. On augmente ainsi considérablement les chances de trouver des œufs de parasites, chez les chiens infestés.

 

Si vous nous présentez votre chien pour des troubles digestifs ou un amaigrissement, pensez à nous apporter - si possible - un échantillon de ses selles, datant de moins de douze heures. (Un échantillon du volume d'une noix, dans un pot en verre ou en plastique non stérile, fera parfaitement l'affaire).

 

3 - Les tests immunologiques et génétiques


Des tests plus riches en technologie permettent de détecter certains parasites avec une meilleure sensibilité. 

C'est le cas par exemple du snap Giardia (photo de droite), test ELISA réalisable à la clinique, qui détecte les Giardia présentes dans les selles avec une sensibilité de 90 % (sachant que l'excrétion des Giardia par le chien est intermittente).

L'Angio detect permet de diagnostiquer, et surtout d'exclure, une infestation par Angiostrongylus vasorum chez un chien qui tousse ou qui saigne.


Une recherche génétique par Polymerase Chain Reaction (PCR) peut aussi être réalisée sur les selles du chien par un laboratoire extérieur, pour différents parasites (Giardia, Tritrichomonas…).


4 - L'endoscopie


Sortir l'endoscope pour trouver un parasite digestif ou respiratoire, on pourrait se dire que ça revient à prendre un marteau pour écraser une mouche. Evidemment, on ne va pas aller chercher l'endoscope pour traquer l'ascaris chez un chiot parasité : une simple analyse de selles suffira à le diagnostiquer, et les vermifugations de routine à l'éliminer.


Malgré tout, l'endoscopie reste le meilleur, et parfois le seul moyen de diagnostiquer un certains nombre de parasites digestifs (Spirocerca dans l'œsophage, dont nous n'avons pas parlé ici), ou respiratoires (Filaroides dans la trachée). Et puis parfois, à l'occasion d'un examen endoscopique où l'on recherche tout à fait autre chose, il nous arrive de "tomber" sur des parasites : certains sont directement visibles à travers l'endoscope (trichures plantés dans la muqueuse du colon), d'autres sont trouvés lors de l'examen histologique des fragments de muqueuse prélevés pendant l'endoscopie.

 

 

QUAND DOIS-JE VERMIFUGER MON CHIEN ?

 

Ce paragraphe est surtout consacré aux vermifugations "de routine" : en cas d'infestation démontrée par un parasite, il y aura bien sûr un traitement ponctuel, qui sera fonction de l'importance de l'infestation et des symptômes qui en résultent. L'efficacité de la vermifugation sera contrôlée par des analyses de selles, comme nous l'avons vu plus haut.

 

Question souvent posée : je viens de vermifuger mon chien, c'est bon pour combien de temps ? il est important de comprendre que la vermifugation n'a pas d'effet préventif pour les prochaines semaines ou les prochains mois : le vermifuge administré aujourd'hui va tuer les vers qui étaient installés chez le chien… depuis la dernière vermifugation. Mais si le chien se réinfeste demain avec un nouveau parasite, il restera infesté jusqu'à la vermifugation suivante, et celle qui a eu lieu aujourd'hui n'y changera rien.

Autre question fréquente : dois-je vermifuger au printemps et à l'automne ? pas forcément. Printemps-automne, c'était pour les animaux de ferme (sortie au pâturage, rentrée à l'étable). Nos carnivores ne vivant pas au rythme de ces entrées-sorties, et n'étant pas dépendants de la pousse de l'herbe, on peut les vermifuger quand on veut.

 

On ne traite pas en routine pour les coccidies et les Giardia. Peut-être à tort ? Toujours est-il que l'on traite ces deux parasites uniquement lorsqu'on les diagnostique.


En ce qui concerne les vers, une vermifugation régulière est très recommandée, à la fois pour la bonne santé et le bon développement du chien, mais aussi pour la protection de son entourage : comme nous l'avons vu, certains vers sont en effet transmissibles à l'Homme et en particulier aux enfants, avec des conséquences qui peuvent être graves pour leur santé - même si les maladies graves provoquées par les vers du chien sont, Dieu merci, assez rares.

 

De nombreux protocoles de vermifugation sont décrits. Le protocole utilisé dépendra évidemment du mode de vie du chien : on ne vermifugera pas aussi souvent le caniche de douze ans qui passe sa journée sur son canapé, et sort dans le jardin trois fois par jour pour faire ses besoins, et le chien de meute d'un an, qui vit en chenil, sur de la terre battue, avec une demi-douzaine d'autres chiens, et qui se mélange chaque week-end avec les chiens de deux ou trois autres meutes. Dans cet exemple un peu extrême, le caniche pourrait presque n'être jamais vermifugé, alors que le chien de meute pourrait être vermifugé une ou deux fois par mois, en permanence. Entre ces deux extrêmes, il y a de la place pour tous les protocoles !


En pratique, et à titre indicatif :

 

Les chiens adultes sont vermifugés deux fois par an, mais jusqu'à quatre fois pour ceux qui sortent beaucoup, ont des contacts avec de nombreux chiens, ou encore vivent au contact de jeunes enfants.

 

Les chiennes gestantes sont vermifugées dans les quinze jours précédant la mise-bas, ainsi que dans le mois suivant.

 

Les chiots sont généralement vermifugés une fois par mois, entre un et six mois, mais en cas de risque élevé (mère et chiot vivant en chenil, ou parmi de nombreux autres chiens), on peut leur administrer un antiparasitaire :

- tous les quinze jours, de quinze jours à deux mois

- puis tous les mois, de deux à six mois.

 

Pour les chiens qui risquent d'être parasités, (chiens vivant en groupe…), une vermifugation quinze jours avant la vaccination permet à l'animal d'être en pleine possession de ses moyens, et dans le meilleur état immunitaire possible, au moment de la vaccination.

 

Et n'oublions pas un strict contrôle des puces, pour la prévention du Dipylidium !

Penser aussi à l'hygiène des locaux (élimination régulière des déjections, désinfection des surfaces lorsqu'un chat a été parasité…)

 

Enfin, tant pour la vermifugation que pour la lutte contre les puces, il est bien évident qu'il faut traiter au même moment tous les chiens et chats vivant ensemble, si l'on veut éviter qu'ils se repassent leurs parasites de l'un à l'autre !



Références :


- Gastrointestinal parasites in small animals. Merck Veterinary Manual, 2014-2015

- P. Ruytoor & Coll : Thelaziose oculaire du chien et du chat. Pratique Vét 2009, 64 pp 24-29

- J. Hernandez : Diagnostic des affections respiratoires d'origine parasitaire chez le chien et le chat. Prat Méd Chir Anim Comp 2011, 46 pp 17-22




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