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Les parasites internes du chat : vers et protozoaires.

 

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Points forts :

 

. L'intestin des chats peut être parasité par des vers (ascaris, Dipylidium…), et des protozoaires (unicellulaires : coccidies, Giardia…)

 

. Ces parasites sont parfois bien supportés, mais ils peuvent aussi entraîner des troubles digestifs (diarrhées, vomissements), une perte de poids, voire la mort (par occlusion ou perforation intestinale), dans les cas extrêmes.

 

. Certains de ces parasites peuvent infester l'Homme, et notamment les enfants. Ils provoquent rarement des symptômes, mais si c'est le cas, ceux-ci sont alors sévères.

 

. Les parasites sont essentiellement mis en évidence par examen des selles. Si vous nous présentez votre chat pour des troubles digestifs ou un amaigrissement, pensez à nous apporter - si possible - un échantillon de ses selles, datant de moins de douze heures.


. D'autres parasites, plus rares, s'installent dans l'appareil respiratoire, le cœur, ou à la surface de l'œil.

 

. Des protocoles de vermifugation "standards" sont présentés à la fin de cet article.

 

 

 

 

 

Il existe deux grands groupes de parasites internes chez le chat : les helminthes (ceux que l'on appelle couramment les vers : ascaris, ankylostomes, "ténias"…), et les protozoaires, essentiellement coccidies et Giardia.

 

 

LES HELMINTHES = LES VERS :

 

Les vers que l'on rencontre le plus souvent dans le tube digestif du chat sont les ascaris et le Dipylidium. Plus rarement, on trouve des ankylostomes et uncinaires, ainsi que d'autres vers solitaires, notamment les équinocoques. Hors du tube digestif, capillaires et aelurostrongylus se rencontrent dans le poumon. Nous ne ferons qu'évoquer ici le "ver du cœur", Dirofilaria immitis, déjà traité dans l'article sur la cardiologie. Les filaires sont rares chez le chien dans les environs de Calvisson et de Villevieille, et encore plus rares chez le chat (nous n'en avons trouvé qu'un cas en près de trente ans).

 

1 - Les vers digestifs :

 

- Les ascaris

 

Toxocara cati et Toxascaris leonina sont des vers ronds de quatre à dix centimètres de long, présents dans l'intestin grêle des chats (photo de droite : ascaris adultes (un peu desséchés), vomis par un chat infesté). Les chattes hébergent en outre des larves qui se réactivent en fin de gestation, passant dans le lait, ou se transformant en adultes qui vont s'empresser de pondre des œufs. Ces derniers sont éliminés et disséminés par les selles, en très grande quantité (photo ci-dessous). Ils résistent au froid, à la sécheresse et aux désinfectants, et peuvent encore contaminer un chat après trois ans passés dans le sol. L'infestation se fait donc de la mère au chaton par les larves contenues dans le lait, ou de chat à chat par l'ingestion des œufs présents dans le milieu extérieur, ou encore par l'ingestion de rongeurs porteurs ayant eux aussi consommé des œufs d'ascaris.

 

Photo ci-dessus : œufs de Toxocara canis en très grande quantité, dans une analyse de selles (concentration par flottaison). Ci-dessous : bouchon d'ascaris vomi par un jeune chiot, hospitalisé pour gastro-entérite.

 

 

Une fois dans l'intestin, les ascaris consomment les aliments destinés au chat : glucose, calcium, phosphore, oligo-éléments… ils peuvent aussi provoquer une irritation, voire une obstruction ou une perforation de l'intestin en cas d'infestation massive. Un ou deux ascaris peuvent être bien tolérés chez un chat adulte solide, mais une infestation massive chez un chaton entraînera au mieux un retard de croissance, un vilain poil et des troubles digestifs (vomissements, diarrhée), au pire une péritonite et la mort en cas d'obstruction ou de perforation intestinales.

 

Il est conseillé de vermifuger chatons et adultes de façon systématique (voir plus loin). En cas de maladie (amaigrissement, diarrhées…), les ascaris seront recherchés par analyse de selles (mise en évidence des œufs sous le microscope, après concentration par une technique de flottaison).

 

 

Œufs d'ascaris, dans l'examen de selles d'un chat. À gauche, œuf de Toxocara cati, à droite, œuf de Toxascaris leonina.

 

Attention, les ascaris peuvent contaminer  l'Homme : lorsque nous ingérons un œuf d'ascaris, il en sort une larve qui ne pourra pas poursuivre son cycle jusqu'à se transformer en ascaris adulte (elle ne peut le faire que chez un chat… et nous ne sommes pas des chats), mais qui va partir se promener dans l'organisme. Le plus souvent, elle va s'égarer dans un muscle où elle va s'enkyster et mourir, et nous n'en saurons jamais rien. Mais elle peut aussi aller se promener dans le cerveau ou dans un œil, notamment chez l'enfant, et là, c'est beaucoup plus embêtant. 7 à 15 % d'entre nous (selon les études et le milieu de vie) sommes ou avons été porteurs de larves d'ascaris en migration. Dans la plupart des cas heureusement, cela n'a eu aucune conséquence !

 

- Les ankylostomes

 

Ce sont des vers beaucoup plus petits que les ascaris (1 cm), que l'on observe rarement à l'œil nu.

Ils prélèvent du sang dans l'intestin grêle des chats infestés, et peuvent donc être à l'origine de spoliations sévères, avec anémie et diarrhées.

Leur cycle est comparable à celui des ascaris (larves dans le lait, œufs dans les selles), sauf que les larves qui se promènent dans le milieu extérieur peuvent, en plus, traverser la peau des chats… ou des humains passant par là, pour les contaminer.

Photo de droite : œufs d'ankylostomes dans une analyse de selles.

 

 

 

- Les "vers solitaires" : Dipylidium caninum, et autres "ténias"

 

Parmi les Cestodes, ou vers plats, Dipylidium caninum est le plus fréquemment rencontré : on le remarque sous la forme de petits anneaux blancs qui se tortillent là où le chat était assis il y a encore quelques instants, ou sous la forme de "grains de riz", accrochés aux poils, autour de l'anus du chat. (Ces grains de riz sont les mêmes anneaux que précédemment, mais secs). Le ver entier, lui, composé de milliers de ces anneaux, se trouve dans l'intestin du chat, et peut mesurer un mètre de long. (Photo de droite : anneau de Dipylidium sorti activement de l'anus d'un Yorkshire terrier, qui se tortille maintenant sur la table d'examen : voir un peu plus bas son aspect, sous le microscope).

 

          

Photos ci-dessus : deux anneaux de Dipylidium qui viennent de sortir activement de l'anus d'un chat (en haut des photos). Les contractions de l'anneau au centre des photos, sont bien visibles.



 

Et maintenant, nous allons voir les contractions pour de vrai, avec ce Dipylidium tout juste sorti de l'estomac d'un chat ! (à vous d'imaginer comment). La première séquence de la vidéo est à vitesse normale, pour avoir un aperçu des véritables mouvements de ce ver solitaire. Les séquences suivantes sont passées en accéléré, pour mieux se rendre compte des contractions de la bête - et aussi pour que la vidéo ne dure pas trois heures ! Nous attirons votre attention sur le petit anneau qui se tortille sur la gauche de l'écran : c'est ce genre d'anneau qui peut sortir activement de l'anus du chien ou du chat, et que l'on retrouve occasionnellement sur les crottes, trahissant ainsi la présence de tous ses copains, restés bien au chaud à l'intérieur.

 

La larve du "ténia" est présente dans les puces. Lorsque le chat fait sa toilette et ingère une puce, il avale en même temps la larve du ténia, qui se transformera en ver adulte, dans l'intestin grêle du chat, trois semaines après l'ingestion de la puce (photo de gauche). Des anneaux de ce ténia se détachent au fil du temps, et sortent par l'anus, soit activement en se tortillant comme on l'a vu plus haut, soit avec les selles. Ils sont remplis de capsules ovigères (photos ci-dessous), contenant chacune plusieurs œufs… qui seront ingérés par les puces qui passent par là.

 

Les symptômes sont généralement absents ou modérés : poils ternes, diarrhée, démangeaisons anales au passage des anneaux. Les symptômes sévères (ventre douloureux, invagination intestinale), sont rares. Le principal inconvénient du Dipylidium est son aspect répugnant lorsque l'on voit sortir les anneaux à travers l'anus, ou pire, lorsque le chat vient vomir ce ver d'un mètre de long au pied du lit, à deux heures du matin !

 

 

Photo de gauche : extrémité d'un anneau de Dipylidium vu au microscope, libérant des dizaines de capsules ovigères. Photo de droite : l'une de ces capsules ovigères, contenant quatre œufs.

 

Sauf cas tout à fait exceptionnel, Dipylidium caninum ne se transmet pas à l'Homme. Ce n'est pas le cas d'autres Cestodes, comme Echinococcus multilocularis, responsable chez l'humain de lésions du foie très envahissantes, et souvent mortelles. Heureusement, ce ver n'est pas présent dans notre région.

 

 

2 - Les vers cardio-respiratoires :

 

Plus rares que les précédents, les Aelurostrongylus vivent dans le poumon des chats,  les Capillaires, dans les bronches, et Dirofilaria immitis dans le cœur.

 

- Aelurostrongylus abstrusus :

 

Il s'agit un petit ver (1 cm de long maximum), qui vit dans le tissu pulmonaire. Les vers adultes pondent des œufs, qui donnent naissance à des larves. Celles-ci remontent jusqu'à la gorge à l'occasion d'une toux ; elles sont alors avalées, transitent dans l'intestin, et sont expulsées avec les selles. Arrivées sur le sol, certaines d'entre elles sont mangées par un escargot ou une limace, eux-même mangés par une grenouille, un lézard, un oiseau ou un rongeur… à leur tour mangés par un chat, qui récupère par la même occasion les larves d'Aelurostrongylus. Celles-ci entament leur migration dans le corps du chat, et atteignent le poumon en 24 heures. Les premières larves se retrouveront dans les selles du chat un mois plus tard, environ.

 

Les symptômes chez les chats infectés sont variables, depuis des infections inapparentes jusqu'à de la toux, des difficultés respiratoires, un amaigrissement chronique… Des nodules, ou une densification généralisée, sont visibles dans les poumons, à la radio. Le diagnostic est difficile (il faut trouver les larves dans une analyse de selles ou dans un lavage broncho-alvéolaire). Un protocole de vermifugation un peu particulier est généralement efficace pour guérir le chat, à condition que les lésions ne soient pas trop avancées.

 

  

Photo de gauche : nombreuses larves d'Aelurostrongylus, dans l'analyse de selles d'un chat. Photo de droite : œuf de Capillaire. 

 

- Capillaria aerophila :

 

Il vit dans les sinus, la trachée et les bronches des renards, des chiens, mais aussi des chats. Ce sont des vers de 2,5-3,5 cm de long. Les femelles pondent des œufs qui sont éliminées dans les selles de la même façon que les larves d'Aelurostrongylus, et qui contaminent directement un autre carnivore. Les chats infectés toussent et reniflent, et le diagnostic se fait, là aussi, par examen microscopique des selles ou par lavage broncho-alévolaire. Le traitement fait également appel à différents vermifuges, avec des protocoles un peu particuliers.

Signalons l'existence d'un autre capillaire, Capillaria plica, qui vit dans la vessie, (parfois dans les uretères ou les reins), et qui peut provoquer très occasionnellement une gêne urinaire.

 

- Dirofilaria immitis :

 

Il s'agit d'un ver inoculé par piqûre de moustique, et qui vit dans les artères pulmonaires et le cœur droit des animaux infectés. Un article sur D. immitis se trouve dans la page de ce site consacrée à la cardiologie.

 

Les chats sont moins sensibles que les chiens à la dirofilariose : 6% seulement des larves inoculées au chat se transforment en vers adultes, contre plus de 55% chez le chien. Les
chats hébergent rarement plus de un à trois de ces vers adultes, dont la durée de vie ne dépasse pas deux à trois ans, contre des charges parasitaires pouvant dépasser une centaine de vers adultes, avec une durée de vie de trois à cinq ans, chez le chien. La gravité des symptômes n'est donc pas la même dans les deux espèces : la plupart des chats infectés ne présentent pas de symptômes, ou bien seulement de façon intermittente (toux et difficultés respiratoires, abattement, vomissements…). Un état de choc ou une détresse respiratoire aiguë pouvant provoquer un décès, surviennent malgré tout parfois chez le chat, notamment à la suite de la mort d'une des filaires adultes.


Que tout le monde se rassure, aux alentours de Sommières et de Calvisson : les filaires ont une répartition géographique très localisée, (au plus près de chez nous, Camargue et étang de Berre), et nous n'en avons trouvé qu'un seul cas en plus de trente ans (qui plus est, par hasard, chez un chat présenté à la clinique vétérinaire de Villevieille pour une simple cystite).(Photo ci-dessus à droite : partie antérieure d'une microfilaire de Dirofilaria immitis, "pondue" par une filaire adulte, et trouvée dans les urines d'un chat atteint de cystite. Autour de la microfilaire, on observe de nombreuses bactéries… et un spermatozoïde. Le chat n'a jamais développé de maladie cardiaque ou pulmonaire, liée à la présence de ses filaires).

Pour les matous infectés (eh oui, les mâles sont plus exposés que les femelles), il n'existe pas de traitement efficace. On se contente donc de lutter contre les symptômes éventuels, en attendant patiemment que les horribles vers meurent de leur belle mort… après un maximum de deux ou trois ans. Il est, en revanche, important d'éviter la contamination des chats vivant en zône de dirofilariose (voir plus loin).

 

 

3 - Un parasite de l'œil : Thelazia callipaeda :

 

Peut-être plus parasite externe que parasite interne, finalement, Thelazia callipaeda est un petit ver d’un peu plus d’1 cm de long, qui se loge  dans la conjonctive de l’œil (sous la membrane nictitante notamment), et dans l’appareil lacrymal du chien, du chat, du renard, du loup, du lapin… et accessoirement de l’Homme. Ce petit ver peut y vivre jusqu’à un an !


 

  

Une Thelazia capilladea s'ébattant à la surface de l'œil gauche de Babs, chatte de treize ans présentée pour toilettage. La chatte ne présentait aucune gêne oculaire, et n'avait jamais quitté la région de Sommières (Gard) - mais il y a des fraisiers à la maison.

 

Sa transmission d’un animal à l’autre est assurée, du printemps jusquà l’automne, par une mouche drosophile, (ça nous rappelle les cours de sciences nat), qui se nourrit de larmes, et aspire en même temps des larves de Thelazia avec sa trompe. Deux à trois semaines plus tard, le temps que les larves aient subi quelques mues, la mouche va les déposer dans l’œil d’un autre animal, lors d’un repas ultérieur. À noter que seules les mouches mâles se nourrissent dans l'œil, (peut-être parce que leurs besoins en protéines sont plus importants), et peuvent donc transmettre la maladie. Les femelles, elles, ne se nourrissent que de fruits et de légumes, ce qui nous rappelle également quelque chose.

 

En France, le parasite est surtout présent dans le sud-ouest, 104 des 117 cas recensés lors d’une enquête réalisée en 2008, ayant été trouvés dans le département de la Dordogne. Aussi étrange que cela puisse paraître, il semblerait qu’il existe un lien entre la présence de Thelazia dans l’œil des chiens, et la culture des fraises du Périgord, en Dordogne justement. Notons que lors de cette enquête de 2008, aucun cas de thélaziose n’avait été rapporté dans le Gard, ce qui rend originaux trois cas que nous avons observés à Calvisson, depuis juin 2015 : deux sur des chiens, et un sur une chatte, qui n'avait jamais quitté la région (vidéo ci-dessus).  Notons aussi que sur les 117 cas recensés en France jusqu’en 2008, 115 concernaient des chiens, et 2 seulement des chats. (Et nous, nous en avons trouvé un cas, de thelaziose du chat !)

 

 

Les symptômes chez le chien, (ce sont probablement les mêmes chez le chat), sont la conséquence de l’irritation mécanique de la conjonctive oculaire et de la cornée, par les striations de la cuticule des Thelazia. Certains chats présentent pas ou peu de symptômes (un œil un peu rouge, un léger écoulement). En l'occurrence, notre chatte ne présentait aucun symptôme, et ne venait pas en consultation pour des symptômes oculaires. D’autres chiens ou chats présentent des signes beaucoup plus sévères : forte inflammation ou ulcère de la cornée, avec un œil douloureux, un spasme des paupières, un jetage purulent… (Photo de droite : extrémité antérieure d'une Thelazia adulte mâle : on conçoit qu'une petite dizaine de ces bestioles, grouillant à la surface de l'œil, puisse être irritante !)

 

Une partie des parasites peut être retirée de l’œil mécaniquement, à la pince, puis à l’aide de rinçages abondants. Pour terminer le travail, (ou en première intention), un certain nombres d’antiparasitaires en comprimés (milbémycine) ou en spot-on (moxidectine-imidacloprid), sont très efficaces pour éliminer les Thelezia. La milbémycine administrée tous les mois, a également montré un bon effet préventif.

 

 

 

 

LES PROTOZOAIRES

 

Ce sont des parasites constitués d'une seule cellule. Nous nous limiterons ici aux plus fréquents : les coccidies, et un flagellé : Giardia officinalis.

 

- Les coccidies

 

De nombreuses espèces de coccidies infestent l'intestin du chat, les plus fréquentes appartenant au genre Isospora (les toxoplasmes seront traités dans une autre fiche).

Les chats s'infectent lorsqu'ils avalent les kystes de coccidies, présents sur le sol.

Une fois dans l'intestin, les coccidies provoquent une diarrhée aiguë, parfois hémorragique, une perte de poids et une déshydratation, notamment chez les chatons de moins de six mois. D'autres chats hébergent le parasite, sans exprimer de symptôme.

Il peut être difficile de se débarrasser des coccidies, notamment dans les chatteries et autres collectivités, où les chats se recontaminent en permanence.

 

 

Photos ci-dessus : différentes espèces de coccidies, dans des examens de selles de chats : en bas à droite : infestation par des ankylostomes et des coccidies, chez le même chat.

 

- Les Giardia

 

Les Giardia sont des protozoaires flagellés qui infectent l'intestin de nombreuses espèces, des oiseaux aux humains. Ils s'attachent à la bordure en brosse des cellules de l'intestin, s'y multiplient, et s'y nourrissent des nutriments destinés à l'animal. Ils finissent par s'enkyster, et les kystes sont éliminés avec les selles. Les kystes peuvent survivre plusieurs semaines dans le milieu extérieur. L'humidité et la surpopulation favorisent la transmission des Giardia.

 

   File:Giardia-spp.--infected--gerbil-intestine.jpg

Photo de gauche : surface de l'intestin d'une gerbille, entièrement recouverte de Giardia. Microscopie électronique, CDC, S. Erlandsen. Photo de droite : une Giardia que nous avons observée, après coloration au lugol (x 400).

 

 

Et les mêmes en live ! sur la première partie de la vidéo, ça grouille de tous les côtés. Par la suite, on voit en un peu plus gros plan de petites Giardia isolées, qui luttent pour traverser le champ du microscope. (A la recherche de leur paradis intestinal perdu ?)

 

Les toxines émises par les Giardia, et la réaction immunitaire de l'hôte, abîment la bordure en brosse des cellules intestinales, et diminue leur production d'enzymes (lipase notamment), nuisant ainsi à la digestion. Il en résulte une diarrhée (souvent graisseuse (stéatorrhée) ou mucooïde, rarement hémorragique), et une perte de poids, notamment chez les chatons. L'infestation par les Giardia peut aussi passer inaperçue.

 

Différents vermifuges ou antibiotiques éliminent efficacement les Giardia chez le chat, mais il est difficile de s'en débarrasser en collectivité, où les chats atteints se recontaminent entre eux en permanence. Il est conseillé d'éliminer rapidement les selles. Les kystes sont inactivés par les ammoniums quaternaires (eau de javel, à laisser agir 5-20 minutes avant de rincer), la vapeur et l'eau bouillante. Les zônes impossibles à désinfecter (jardin, courette…) devraient être considérées comme contaminées, et il est conseillé d'attendre un mois avant de laisser un chat ou un chien y venir à nouveau.

 

 

CE CHAT EST-IL PARASITÉ ? LE DIAGNOSTIC

 

- L'examen de selles (enrichissement par flottaison)

 

Il s'agit d'un examen fondamental, devant tout chat qui présente des symptômes digestifs (vomissements, diarrhées), ou un amaigrissement. Une petite quantité de selles peut être observée directement au microscope, entre lame et lamelle. Cet examen direct a l'avantage d'être rapide, de pouvoir être réalisé lorsqu'on ne dispose que d'une très petite quantité de selles (ce qui reste sur le thermomètre après la prise de température), et de garder les parasites vivants, donc de pouvoir les observer en mouvement (notamment les Giardia : voir la vidéo ci-dessus).

 

L'inconvénient de cet examen direct est que l'on a peu de chances de trouver un œuf de parasite dans une aussi petite quantité de selles. On améliorera la sensibilité de l'examen en réalisant une concentration par flottaison : une quantité assez importante de selles est mélangée à un liquide très dense (du sulfate de magnésium). Le mélange est filtré, et versé dans un petit pot, sur lequel on pose une lamelle de verre. Les œufs des parasites, plus légers que le sulfate de magnésium, remontent à la surface, et se collent sous la lamelle. Après dix minutes au moins, celle-ci est retirée, placée sur une lame, et observée au microscope. On augmente ainsi considérablement les chances de trouver des œufs de parasites, chez les chats infestés.

 

Si vous nous présentez votre chat pour des troubles digestifs ou un amaigrissement, pensez à nous apporter - si possible - un échantillon de ses selles, datant de moins de douze heures. (Un échantillon du volume d'une noix, dans un pot en verre ou en plastique non stérile, fera parfaitement l'affaire).

 

- Les tests immunologiques et génétiques

 

Des tests plus riches en technologie permettent de détecter certains parasites avec une meilleure sensibilité. 

C'est le cas par exemple du snap Giardia (photo de droite), test ELISA réalisable à la clinique, qui détecte les Giardia présentes dans les selles avec une sensibilité de 90 % (sachant que l'excrétion des Giardia par le chat est intermittente).

Une recherche génétique par Polymerase Chain Reaction (PCR) peut aussi être réalisée sur les selles du chat par un laboratoire extérieur, pour différents parasites (Giardia, Tritrichomonas, Cryptosporidium, et Toxoplasma).

 

Dans le cas particulier de la dirofilariose, le diagnostic se fait par prise de sang (recherche d'antigènes et d'anticorps), mais les tests peuvent manquer de sensibilité (c'est à dire ne pas détecter tous les chats infestés), à cause du faible nombre de filaires présentes. Les microfilaires sont moins nombreuses que chez le chien, et sauf exception (voir photo plus haut), ne sont donc pas détectées sur les frottis sanguin. C'est donc souvent par échographie que les filaires adultes sont finalement repérées à l'intérieur du cœur droit du chat !

 

 

QUAND DOIS-JE VERMIFUGER MON CHAT ?

 

Ce paragraphe est surtout consacré aux vermifugations "de routine" : en cas d'infestation démontrée par un parasite, il y aura bien sûr un traitement ponctuel, qui sera fonction de l'importance de l'infestation et des symptômes qui en résultent. L'efficacité de la vermifugation sera contrôlée par des analyses de selles, comme nous l'avons vu plus haut.

 

Question souvent posée : je viens de vermifuger mon chat, c'est bon pour combien de temps ? il est important de comprendre que la vermifugation n'a pas d'effet préventif pour les prochaines semaines ou les prochains mois : le vermifuge administré aujourd'hui va tuer les vers qui étaient installés chez le chat… depuis la dernière vermifugation. Mais si le chat se réinfeste demain avec un nouveau parasite, il restera infesté jusqu'à la vermifugation suivante, et celle qui a eu lieu aujourd'hui n'y changera rien.

Autre question fréquente : dois-je vermifuger au printemps et à l'automne ? pas forcément. Printemps-automne, c'était pour les animaux de ferme (sortie au pâturage, rentrée à l'étable). Nos carnivores ne vivant pas au rythme de ces entrées-sorties, et n'étant pas dépendants de la pousse de l'herbe, on peut les vermifuger quand on veut.

 

On ne traite pas en routine pour les coccidies et les Giardia. Peut-être à tort ? Toujours est-il que l'on traite ces deux parasites uniquement lorsqu'on les diagnostique.


En ce qui concerne les vers, l'administration d'anti-parasitaires est aujourd'hui facile, avec des formes en comprimés appétents, en pâte ou en pipettes (spot-on, vidéo ci-dessous). Une vermifugation régulière est très recommandée, à la fois pour la bonne santé et le bon développement du chat, mais aussi pour la protection de son entourage : comme nous l'avons vu, certains vers sont en effet transmissibles à l'Homme et en particulier aux enfants, avec des conséquences qui peuvent être graves pour leur santé - même si les maladies graves provoquées par les vers du chat sont, Dieu merci, assez rares.

 

On nous demande souvent comment appliquer une pipette (= spot-on), anti-puces ou vermifuge, chez un chat : ici, un exemple en vidéo chez Cindy, qui vient de vomir un anneau de ver solitaire. On perfore généralement la pipette en se servant du bouchon, puis on écarte les poils du chat sur la nuque ou l'encolure, à un endroit où l'animal ne pourra pas se lécher. Attention, les chats sont très forts pour se contorsionner ! on dépose ensuite le contenu de la pipette sur la peau, en un ou plusieurs points séparés de quelques centimètres, de telle sorte que le produit ne coule pas trop sur les poils, et reste autant que possible sur la peau. Le mode d'application est le même pour les produits anti-puces/anti-tiques, et pour les vermifuges en pipettes. (Ici Profender, pour tuer le ver solitaire).

 

De nombreux protocoles de vermifugation sont décrits. Le protocole utilisé dépendra évidemment du mode de vie du chat : on ne vermifugera pas aussi souvent le chat de douze ans qui vit sur son canapé au cinquième étage sans jamais sortir, et le matou de deux ans qui passe sa vie dehors, à manger des souris et à se bagarrer avec ses congénères.


En pratique, et à titre indicatif :

 

Les chats adultes sont classiquement vermifugés deux fois par an, mais jusqu'à quatre fois pour les chats qui sortent beaucoup, ou vivent au contact de jeunes enfants.

 

Les chattes gestantes sont vermifugées dans les quinze jours précédant la mise-bas, ainsi que dans le mois suivant.

 

Les chatons sont généralement vermifugés une fois par mois, entre un et six mois, mais en cas de risque élevé (mère un peu sauvage, non vermifugée), on peut leur administrer un antiparasitaire :

- tous les quinze jours, de quinze jours à deux mois

- puis tous les mois, de deux à six mois.

 

Pour les chats qui risquent d'être parasités, (chats d'extérieur, chats vivant en groupe…), une vermifugation quinze jours avant la vaccination permet au minou d'être en pleine possession de ses moyens, et dans le meilleur état immunitaire possible, au moment de la vaccination.

 

Les chats vivant en zône de dirofilariose (Camargue, étang de Berre… mais aussi Réunion et Antilles), doivent recevoir un traitement préventif, en comprimé ou en pipette, une fois par mois. Il est prudent de faire une prise de sang pour s'assurer que le chat ne soit pas déjà infesté, avant de commencer le traitement préventif.

 

Et n'oublions pas un strict contrôle des puces, pour la prévention du Dipylidium !

Penser aussi à l'hygiène des locaux (élimination régulière des déjections, désinfection des surfaces lorsqu'un chat a été parasité…)

 

Enfin, tant pour la vermifugation que pour la lutte contre les puces, il est bien évident qu'il faut traiter au même moment tous les chiens et chats vivant ensemble, si l'on veut éviter qu'ils se repassent leurs parasites de l'un à l'autre !

 

 

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