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Le chat taliban

 

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MON CHAT M'A MORDU !


Le chat est domestiqué depuis moins de dix mille ans, ce qui est peu, comparé par exemple au chien. Il a, de plus, été peu modifié par la domestication, et n'a subi que très peu de sélection : pendant ces quelques millénaires de cohabitation, il a vécu à côté des Hommes plutôt qu'avec eux et sous leur influence. Par nature, il a besoin d'activité physique, de stimulations mentales, d'informations sensorielles, notamment olfactives, d'un territoire dans lequel il se sente en sécurité, et de respect. Or, nous faisons vivre nos chats, en particulier ceux qui ne sortent pas, dans un environnement peu stimulant, où nous leur imposons le lieu et la nature de la nourriture et de la litière, l'espace disponible, la présence d'humains ou d'autres animaux, la densité de population, et des contacts dont, parfois, ils se passeraient bien. Pas étonnant, dans ces conditions, qu'un animal aussi réactif que le chat développe parfois envers les humains des comportements agressifs.

 

Ceux-ci peuvent paraître bénins, voire amusants, quand un chaton joue avec les doigts, ou quand un chat se cache derrière une porte et envoie un petit coup de patte dans la cheville de la première personne qui passe. Si le chat saisit la cheville avec ses griffes et y plante vigoureusement ses crocs, la situation devient tout de suite moins amusante. Elle peut devenir franchement dangereuse lorsque le chat attaque régulièrement et sans contrôle, se cache sur un meuble pour griffer la tête de ceux qui passent en-dessous, ou monte la nuit sur le lit, se met à l'affût, et attaque tout ce qui bouge, pieds, mains ou visage notamment.

 

Nous décrivons dans cette fiche les principaux types d'agression des humains par les chats, chaque description étant suivie de quelques conseils de bon sens pour y remédier. Ces conseils ne seront suffisants que pour des problèmes débutants et des situations peu dangereuses. Si le chat a déjà blessé quelqu'un, ou que les agressions durent depuis plusieurs mois, quelques "trucs et astuces" ne suffiront pas : il faudra alors voir le chat en consultation de comportement, afin d'appréhender le problème dans son ensemble. Sous de "simples" agressions se cache souvent un état anxieux, dont il faudra déterminer les causes afin de pouvoir les traiter, le plus souvent avec l'aide de médicaments : ceux-ci ne sont en aucun cas une camisole chimique : ils diminuent l'impulsivité de l'animal, et permettent de commencer la prise en charge et les modifications du milieu de vie du chat, plus efficacement, et en toute sécurité.

 

 

LES DIFFÉRENTS TYPES D'AGRESSIONS


Les agressions par prédation :

 

L'anxiété des milieux clos :

Dans la nature, un chat chasse en moyenne trois heures par jour, particulièrement au
coucher du soleil, et il s'agit pour lui d'une activité très motivante. Il fait ainsi une
douzaine de petits repas par jour
, séparés par des périodes de repos (photo de gauche : l'affût devant l'entrée d'un terrier). Un chat qui vit le plus souvent enfermé, surtout s'il est né ou a vécu à l'extérieur, va donc "chasser" ce qu'il a sous la main, à savoir les chevilles des humains qui vivent dans la maison : comme pour attraper une souris, il se tapit, (par exemple derrière une porte), rampe, et bondit sur sa proie. Ces agressions ont lieu le plus souvent le soir… ou la nuit, quand le chat qui dort sur le lit voit bouger un pied… ou une oreille ! On peut prévenir ces attaques en laissant sortir le chat (c'est l'idéal), ou en enrichissant son milieu de vie en jouets qui lui permettent de courir, grimper et attraper (mobile qui tourne, fontaine à eau, tunnel, arbre à chats avec grattoir, souris en peluche…). On peut aussi cacher des croquettes sous les meubles ou dans des jouets (pipolino) pour que le chat occupe une partie de sa journée à les chercher. La nourriture doit être suffisamment riche en protéines (voir ci-dessous le syndrome du tigre), et distribuée en plusieurs prises dans la journée, pour reproduire la douzaine de petits repas pris par le chat dans la nature.

 

Le syndrome du tigre :

Agression par irritation, agression par prédation, agression liée à l'alimentation… le syndrome du tigre est une agressivité déclenchée par la faim, pour cause d'alimentation carencée, ou plus souvent d'une distribution inadaptée. Si le chat a faim, parce qu'on lui donne des aliments de mauvaise qualité, en particulier pauvres en protéines, ou parce qu'on ne lui donne qu'un ou deux gros repas par jour et qu'il se sent au régime le reste du temps… alors il se montrera impatient et excité, voire agressif, pendant la préparation des repas, ou bien développera des agressions prédatrices telles que décrites au paragraphe précédent dans l'anxiété des milieux clos (au crépuscule, avec affût…). Le problème se résoudra en général facilement, en changeant l'aliment de mauvaise qualité pour des croquettes ou des boîtes de type "premium", riches en protéines, distribuées en nombreux petits repas (si nécessaire à l'aide d'un distributeur) ou, mieux, en libre service. À moins que le problème ne soit trop ancien, et l'habitude d'agresser déjà bien ancrée ! (voir plus loin l'instrumentalisation).

 

… Et la mauvaise socialisation aux humains :

Certains chats, qui n'ont pas tout compris, s'imaginent que tel ou tel humain, auquel ils n'ont pas été habitués lorsqu'ils étaient jeunes… n'est pas un humain, mais une sorte de gros lapin ou de gros oiseau. Il est vrai que dans l'esprit d'un chat peu socialisé aux humains, un bébé qui rampe en gazouillant sur le tapis, cela peut prêter à confusion ! Ce genre de situation est évidemment très dangereux, mais pas de panique, ce n'est pas le cas de figure le plus fréquent. Profitons-en au passage pour tordre le cou à un certain nombre d'idées reçues, comme l'histoire totalement farfelue du chat qui monte dans le berceau du bébé, et s'assied sur son visage avec l'objectif plus ou moins conscient de l'étouffer ! Un peu de bon sens suffira à l'arrivée d'un bébé à la maison (ne pas laisser le chat et le bébé dans la même pièce sans surveillance, surtout au début…) : pas la peine d'aller abandonner le chat au fin fond de la forêt sous prétexte que sa maîtresse est enceinte !

 

 

Les agressions par jeu : 

 

Normalement, le jeu ne cause pas de blessure, et ne fait pas intervenir chez le chat des
émotions telles que peur ou agressivité. Si le jeu se termine par de véritables agressions, c'est que le chat ne sait pas se contrôler, (cas d'un syndrome hypersensibilité – hyperactivité (HSHA) auquel sont particulièrement exposés les chatons orphelins qui n'ont pas été régulés par leur mère - photo ci-contre), ou bien vit en milieu fermé, alors qu'il a passé ses premières semaines de vie en liberté à l'extérieur (voir plus haut), ou encore n'a pas appris à jouer convenablement. Il faut apprendre au chaton que le jeu s'arrête dès qu'il s'énerve ou agrippe les mains d'une façon un peu trop énergique. Au premier signe d'excitation, le jeu peut aussi être redirigé vers un objet plus acceptable (jouet, ficelle…)

Plus de conseils par ici.

 

 

Les agressions territoriales :

 

Ces agressions sont déclenchées par l'entrée d'un intrus, (par exemple un nouveau venu dans la maison), sur le territoire d'un chat, de préférence mâle et mal socialisé.

Cette intrusion déclenche une agression offensive assez typique, avec marche en crabe, queue ébouriffée et agitée, feulements… éventuellement suivie de l'attaque au sens strict, avec morsures et griffures. Une fois l'intrus mis en fuite, le chat le poursuit jusqu'à la limite de son territoire.

La réaction à l'entrée dans le territoire peut aussi être une agression défensive (paragraphe suivant).

 

Autre type d'agression territoriale, Les agressions entre chats de la même maison sont traitées à la fin de l'article sur le territoire chez le chat.

 

 

Les agressions défensives :

 

Le chat se défend contre ce qui lui semble désagréable, douloureux, ou menaçant. Il a besoin de maintenir une "distance de sécurité" entre lui-même, et ce qu'il perçoit comme une menace. Lorsqu'une "distance critique" est franchie, le chat ne fuit plus, mais se bat pour défendre sa vie : dans un premier temps, il se recroqueville en crachant, pupilles dilatées, oreilles couchées et poils hérissés. Si la menace se précise, le chat bascule sur le côté, dents et griffes sorties. Un conditionnement s'installe très facilement : si un humain réalise tous les jours une manipulation douloureuse sur un chat, (nettoyage d'une plaie, injection ou administration d'un comprimé, par exemple), l'animal apprendra rapidement à devenir agressif à la vue de cette personne, et l'agressivité pourra persister une fois le traitement terminé. Le fait que la personne renonce si le chat crache, renforce encore cette agressivité. Autre évolution possible : l'instrumentalisation. Il s'agit d'un mécanisme par lequel un comportement, du fait de sa répétition, perd sa séquence normale phase appétitive / phase consommatoire / phase d'apaisement. Dans le cas d'une agression instrumentalisée, le chat ne prévient plus qu'il va attaquer par des feulements ou un hérissement des poils, (disparition de la phase appétitive), mais attaque directement (arrivéd d'emblée de la phase consommatoire). Des agressions instrumentalisées sont plus dangereuses, et plus difficiles et à faire disparaître. Les agressions défensives se généralisent aussi en agressions redirigées (voir plus loin). Les agressions défensives se corrigent en éliminant les sources de peur, de préférence en prenant en compte l'anxiété du chat dans son ensemble. Il faut évidemment éviter de réagir en punissant le chat, ce qui l'effraierait encore plus

 

 

Le chat caressé-mordeur : 

 

Certains chats viennent se frotter contre leur propriétaire, montent sur les genoux, réclament des caresses, mais après quelques minutes ils commencent à émettre de discrets signaux d'irritation (battements de la queue, aplatissement des oreilles…), avant de brusquement se raidir, griffer ou mordre, et s'enfuir tout ébouriffés. Ce type d'agression est extrèmement traumatisant pour le propriétaire, qui ne comprend pas l'attitude contradictoire de son chat. Plusieurs explications sont proposées : il semble que certains chats apprécient la proximité des humains, mais ne souhaitent pas être touchés (en cas de mauvaise socialisation, notamment). D'autres peuvent apprécier certaines caresses, (sur la tête et les joues), mais ne pas supporter un contact sur le dos ou les flancs : question de caractère, de douleurs chroniques, d'irritation, d'électricité statique… La solution la plus simple consiste à rompre le contact (par exemple en se levant), dès le premier signe précurseur, et à identifier et respecter les désirs de son chat : ne pas le caresser plus longtemps qu'il n'en a envie (on apprend avec le temps qu'il ne faut pas dépasser 30 secondes, 45 secondes…), ni sur les parties du corps qu'il ne veut pas qu'on touche. Si le problème est gênant, les agressions sévères, ou que d'autres troubles du comportement sont présents, l'association de médicaments et de techniques de désensibilisation ou de contre-conditionnement peut donner de bons résultats.

 

 

Les agressions redirigées :

 

Voilà encore d'une particularité, pour ne pas dire une bizarrerie, typiquement féline. Il s'agit d'une attaque sur un individu qui n'est pas celui qui a provoqué l'agressivité, au prétexte que ce dernier est inaccessible ! Exemple type : votre matou voit passer, derrière la baie vitrée du salon, l'affreux chat du voisin qui le nargue régulièrement. Ne pouvant pas l'atteindre, puisque la vitre est fermée, c'est vous qu'il attaque, puisqu'il vous a sous la main ! Autre exemple : votre chat est effrayé par un bruit violent (une casserole qui tombe par terre tout près de lui, dans la cuisine). Au lieu de s'enfuir, il peut vous mordre sévèrement le mollet, si vous avez le malheur de vous trouver dans les parages. Fait étonnant : il peut exister un délai important entre le stimulus (le chat derrière la vitre), et l'attaque sur le propriétaire : parfois plusieurs heures ! Plus étonnant encore, il peut arriver que par la suite, le même évènement déclenchant, (bruit ou vue d'un chat extérieur), conduise l'animal à vous rechercher pour vous agresser ; voire même que votre simple présence sur le lieu de la première agression (près de la baie vitrée ou dans la cuisine - mais en l'absence du stimulus : chat du voisin ou chûte de la casserole), suffise à provoquer une nouvelle attaque !

Comme dans ces deux exemples, les agressions territoriales et les agressions par peur sont les plus susceptibles d'être redirigées, le plus souvent de la part de chats adultes mâles.

Dieu merci, tous les chats ne pratiquent pas l'agression redirigée. Pour ceux qui sont coutumiers du fait, il conviendra de se méfier lorsqu'on les voit agités, à l'affût, la queue hérissée ou battante… Dans ce cas, il sera prudent de se tenir à distance ! En revanche, si le chat est visiblement passé à autre chose (toilettage ou jeu…), on pourra alors l'approcher sans risque. Mais de toute façon, une consultation comportementale sera à envisager, pour prendre en charge son trouble anxieux !

 

 

Les agressions pathologiques :

 

Votre chat attaque sans raison, sauvagement et sans retenue : il faut obligatoirement le présenter en consultation : d'abord parce que cela peut être dangereux, ensuite parce qu'il ne s'agit plus alors de comportements certes inadaptés, mais quelque part "normaux", comme la plupart de ceux que nous venons de décrire, pour peu que l'on fasse l'effort de se mettre cinq minutes dans la peau (ou dans la tête) d'un chat :  votre animal souffre probablement d'un véritable trouble du comportement, (syndrome HSHA, mauvaise socialisation aux humains, trouble anxieux important…), peut-être même d'une maladie psychiatrique (dysthymie, par exemple), qu'il convient d'identifier et si possible, de traiter.

 

 

MIEUX VAUT PRÉVENIR QUE GUÉRIR !

 

En choisissant un chaton bien socialisé aux humains (photos ci-dessous : évaluation du réflexe de portage) ; en le manipulant souvent, et de façon douce et agréable, notamment avant l'âge de deux mois (période sensible, période de l'empreinte, pendant laquelle un chaton  non socialisé peut encore le devenir). En lui apprenant à jouer avec des balles ou des ficelles, mais en arrêtant le jeu dès que le chaton commence à s'exciter et à mordre ou à griffer les mains ou toute autre partie du corps d'un humain. En faisant vivre le chat dans un milieu riche en stimuli, avec si possible un accès à l'extérieur, notamment s'il a passé ses deux premiers mois de vie dehors, et en le nourrissant plusieurs fois par jour. Plus généralement, en apprenant à respecter son chat, et particulièrement ses désirs en matière de caresses et d'isolement.

 

 

Réflexe de portage pour évaluer la socialisation d'un chaton. Photo de gauche : ce chaton, suspendu par la  peau du cou, se recroqueville, la queue entre les pattes et les yeux un peu vitreux ; il ne se débat pas. Bien qu'il s'agisse, en l'occurrence, d'un chaton orphelin, sa socialisation est bonne. Photo de droite : réponse bien différente, chez ce chaton de cinq semaines, ayant vécu jusque là à l'état sauvage. La suspension par la peau du cou transforme le chaton en un vrai tourbillon, qui se tortille toutes griffes dehors. La vie en maison, avec des humains, risque a priori d'être compliquée…

 

 

…sauf que la socialisation peut encore se produire chez un tel chaton, surtout avant la fin de la période sensible (deux premiers mois de vie chez le chat). Les photos ci-dessus montrent l'évolution du réflexe de portage entre le lendemain de l'admission (photo de gauche), et après cinq jours de soins, gavage et maternage (photo de droite) : le chaton adopte alors la position décrite plus haut : recroquevillé, queue entre les pattes et œil vitreux.

                                             

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