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Le chien qui aboie

 

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L'aboiement est un comportement normal chez le chien, même si la communication passe plutôt par d'autres voies, (postures, odeurs...), dans cette espèce. Il arrive parfois que ces aboiements deviennent gênants :  en cas de contraintes de l'environnement, (vie en immeuble, plaintes des voisins), ou bien si le chien "exagère". Avant de pouvoir régler le problème, il faut d'abord bien préciser la nature des vocalises, (aboiements, gémissements, hurlements...), et leurs circonstances d'apparition, (ancienneté du problème, absence ou présence des propriétaires, facteurs déclenchants...), la première étape étant de savoir si l'on a affaire à un aboyeur "normal" qui doit "seulement" être éduqué, ou à un chien qui aboie de manière pathologique.

 

L'ABOYEUR "NORMAL" :

Dans la plupart des cas, le chien aboyeur est parfaitement normal : il aboie sans hurler ni gémir, il a généralement une bonne raison pour aboyer, et il n'y a rien d'anormal dans le reste de son comportement : la solution passera donc par l'éducation.

 

Pourquoi donc mon chien aboie-t-il ?

Un chien aboie pour alerter, accueillir, jouer, prendre contact, menacer, ou réclamer l'attention. Beaucoup d'aboiements sont liés à la notion de territoire ; (passants qui
s'approchent d'une propriété). Quand l'aboiement permet au chien d'obtenir un résultat favorable, (ouverture de porte, départ d'un intrus), l'animal se sent récompensé, et les aboiements suivants n'en seront que plus intenses. Souvent, le propriétaire lui-même a, volontairement ou non, joué ce rôle de renforcement, par exemple en s'amusant avec un chiot qui aboie et que l'on trouve amusant. Ou encore en n'ouvrant pas la porte au chien qui aboie pour rentrer, en se disant qu'il finira par comprendre que ça ne lui sert à rien d'aboyer, avant de "craquer" et de lui ouvrir quand même au bout d'un quart d'heure : ce que le chien retient, c'est qu'il faut vraiment aboyer fort et longtemps pour qu'on lui ouvre enfin la porte !

 

Et pourquoi il aboie après le facteur ?

Si l'on se place du point de vue du chien, le facteur est quelqu'un qui n'est pas habillé comme tout le monde, avec quelque chose sur la tête, et qui, tous les jours, s'approche du territoire du chien et vient farfouiller contre le portail. Le chien fait son devoir de gardien en aboyant, et dans les secondes qui suivent, "l'intrus" est parti. La "fuite" du facteur est une récompense pour le travail du chien : le lendemain, celui-ci aboiera encore plus, et le facteur s'enfuira à nouveau. C'est donc un véritable conditionnement, renforcé quotidiennement pendant des années, qui conduit le chien à aboyer férocement après le facteur.

 

Alors, que faire ?

- On peut faire exécuter au chien des exercices d'éducation qui mettent bien en place la hiérarchie, (assis, couché, rappel, etc) ; ceci pour deux raisons : d'abord, un chien qui a bien conscience que ce n'est pas lui qui dirige la "meute" familiale ne se sent pas investi de la mission de contrôler le territoire : il sait que cette tâche incombe à son maître, et se montre donc moins agressif envers les passants. Ensuite, il est plus facile d'interrompre les aboiements d'un chien si l'on peut le rappeler avec un ordre qu'il connaît bien.

- On peut essayer d'ignorer totalement le chien quand il aboie : c'est l'extinction. Par exemple, si les aboiements ont lieu surtout au retour des maîtres, on fait comme si le chien n'existait pas, jusqu'à ce qu'il se soit calmé, et l'on commence à le regarder et à le caresser seulement à ce moment-là. Ce procédé est efficace, à condition de ne surtout pas "craquer", comme expliqué plus haut : un chien "récompensé" par une marque d'attention après cinq minutes d'aboiements retient qu'il faut aboyer fort et longtemps pour obtenir cette récompense !

- On peut aussi mettre en place un contre-conditionnement : lorsque le chien commence à aboyer, on déclenche une activité incompatible avec l'aboiement. Par exemple, on demande au chien de s'asseoir, en tournant le dos à ce qui a déclenché l'aboiement, puis on le récompense, et ce à raison de deux à trois séances de 5-10 mn par jour. Il faut commencer avec des stimuli pas trop excitants pour le chien. Les moments où l'animal est calme en présence de ce qui déclenche habituellement les aboiements sont aussi renforcés par des récompenses.

- Notons qu'une étude présentée en 2013 a montré l'inefficacité de la castration, que celle-ci soit chirurgicale, ou chimique (implant de desloréline).

 

Et les colliers anti-aboiements ?

Les colliers anti-aboiements envoyant des décharges électriques sont à proscrire absolument : dans le meilleur des cas (pas toujours), ils règlent le problème des aboiements, mais ils peuvent déclencher chez les chiens des troubles anxieux, voire dépressifs, pouvant se traduire par de l'inhibition, de l'agressivité, etc.

 

Les colliers envoyant des giclées de gaz parfumé à la citronnelle, (ou même de gaz inodore), sont, en revanche, tout à fait acceptables. Ces colliers envoient automatiquement une giclée de gaz à chaque vocalise, ce qui surprend le chien, et arrête l'aboiement. Les résultats sont bons chez de nombreux chiens. D'autres colliers sont télécommandés : on les utilise pour surprendre le chien et le réorienter vers une autre activité, comme dans le contre-conditionnement exposé ci-dessus. Leur utilisation est plus délicate, et demande de la présence et de la constance.

 

 

Dandy, qui aboie beaucoup moins depuis qu'il est équipé d'un collier anti-aboiements

 

D'une manière générale, on place le collier autour du cou du chien, le réservoir de gaz sous le nez de l'animal, et en position "marche". Si tout se passe bien, le chien va recevoir ses giclées de gaz aux premiers aboiements, et cessera rapidement d'aboyer. Une fois l'habitude bien acquise, on pourra mettre le collier en position "off" ou "arrêt", ou retirer la pile, dans le but d'économiser pile et gaz : le chien continuera à ne pas aboyer, par le simple fait qu'il sent le collier anti-aboiements autour de son cou. Mais attention, il s'agit d'un conditionnement, et comme tout conditionnement, cela s'entretient ! Après quelques jours ou quelques semaines, l'animal aboiera une ou deux fois par inadvertance, réalisera qu'il ne reçoit plus sa giclée de gaz, et reprendra ses mauvaises habitudes. Il sera alors temps de remettre le collier en position "on" pour quelques jours !

 

Et qu'est-ce qu'il ne faut surtout pas faire ?

- Ne pas inciter un chiot à aboyer, à moins de vouloir en faire un chien de garde dans un lieu où ses aboiements ne gêneront personne. Ou alors, lui apprendre à aboyer quelques secondes seulement avant de se taire.

- Ne pas élever un chiot dans un lieu isolé, où il atteindra l'âge de quatre mois sans avoir vu des vélos, des mobylettes, des gens, des chiens… qui provoqueront forcément de l'excitation et des aboiements lorsque l'animal les découvrira à l'âge adulte. Le sortir, lui faire écouter des bruits divers, dans des conditions de jeu, dès le plus jeune âge.

- Ne pas essayer de crier plus fort que le chien qui aboie !

- Ne pas utiliser les punitions, si l'on n'intervient pas rapidement et systématiquement, à chaque fois que le chien aboie. D'autant qu'être puni peut faire plaisir au chien, si celui-ci a pris l'habitude d'aboyer pour obtenir de l'attention de la part de son maître. La punition l'incitera alors à aboyer encore plus fort la fois suivante !

- Ne pas essayer de calmer le chien en le caressant ou en lui parlant doucement pendant qu'il aboie : il prendra cela pour une récompense !

- Ne pas ignorer les aboiements dix minutes, avant d'intervenir finalement.

 

L'ABOYEUR "PATHOLOGIQUE" :

Dans certains cas, les aboiements apparaissent franchement anormaux, surtout s'ils s'accompagnent de comportements inhabituels : par exemple, un chien qui hurle pendant des heures, fait ses besoins dans la maison, et détruit tout ce qu'il peut trouver lorsqu'il est laissé seul. Ou bien un chien qui aboie furieusement et détruit l'encadrement des portes lorsque ses propriétaires s'absentent. Ou encore un vieux chien qui se plante au milieu du jardin, et aboie pendant des heures, les yeux dans le vide : tous ces animaux ne sont pas des chiens mal éduqués, qui demandent à être dressés : ils souffrent d'un véritable trouble du comportement qui devra être diagnostiqué au cours d'une consultation comportementale, et traité médicalement.

                                              

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