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Le chien qui détruit

 

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MAIS POURQUOI IL DÉTRUIT, CE CHIEN ?

 

De multiples raisons peuvent pousser un chien à détruire, mais on peut les regrouper en deux grandes catégories, qui nous conduiront à considérer certaines destructions comme "normales", et d'autres comme pathologiques. Cette distinction n'a pas qu'un intérêt théorique, puisqu'elle va conditionner le pronostic et le traitement.

 

 

Les destructions "normales" :

 

C'est toujours un peu difficile à admettre lorsqu'on trouve sa maison dévastée, mais certaines destructions sont normales. Un jeune chien qui déterre les rosiers, (et allez savoir pourquoi, mais ce sont toujours les plus chers qui sont les plus amusants à déterrer), ou encore qui détruit le système d'arrosage, cela fait partie des comportements exploratoires normaux du chiot (plus ou moins attardé). Si ce même chien déchiquette avec une belle constance les tapis moelleux successifs que l'on met à sa disposition devant le radiateur, il s'agit là encore d'un comportement de jeu tout à fait normal (cette mousse qui vole dans toute la cuisine, c'est décidément très amusant - photo ci-dessous).

 

 

Qu'un jeune chiot passe ses premières nuits à hurler et à faire quelques destructions dans la pièce où on l'a enfermé tout seul, parce qu'on a décidé que c'est là qu'il devait dormir… cela est normal également. Idem pour un chien qui s'ennuie, enfermé tout seul dans une pièce obscure pendant plusieurs heures, tout les jours, et qui va ronger un pied de table ou un coin de tapis "pour s'occuper". Ce qui différencie le normal du pathologique, c'est que dans ces différents exemples, il s'agit d'un problème isolé, "logique", et qui va (le plus souvent) passer avec le temps, et un minimum de constance, de bon sens et/ou d'éducation.

 

Les destructions pathologiques :

 

La distinction n'est pas toujours facile à faire, mais en cas de destructions pathologiques, plusieurs nuisances sont généralement présentes simultanément, (les destructions ne sont pas un problème isolé), et leur ampleur dépasse le simple comportement de jeu. Citons quelques exemples parmi les plus fréquents :

 

Le syndrome hypersensibilité-hyperactivité (HSHA) : 

Le chien n'a pas acquis les auto-contrôles pendant ses premières semaines de vie : il en fait donc trop, dans tous les domaines : il engloutit sa nourriture, boit comme un trou, vole tout ce qui est à sa portée, fait ses besoins dans la maison, détruit tout, passe des heures à courir sans jamais se fatiguer, mordille tout le monde jusqu'à écorcher les mains… C'est un chien ingérable, qui n'apprend rien, très gentil (du moins au début), mais qui épuise tout le monde et dont on a l'impression qu'on ne pourra jamais rien faire.

 

L'anxiété (de séparation en particulier) : 

Le chien ne détruit pas seulement par jeu ou par ennui, mais parce qu'il est paniqué de se retrouver seul, en particulier séparé de son "être d'attachement". Dans ce cas, les "destructions" sont plutôt des dérangements, le chien ayant mis l'appartement ou la maison sens dessus dessous pour s'emparer d'objets portant l'odeur de son/sa maître(sse). D'autres marques d'anxiété sont visibles : urines ou selles molles dispersées au gré des déambulations du chien, auto-mutilations, comportement craintif en général…

 

Les troubles hiérarchiques : 

Dans ce cas, le chien (de préférence un jeune adulte mâle), trouve intolérable que l'on s'en aille en le laissant seul derrière une porte fermée, lui qui se considère, (parfois à juste titre !), comme le chef de la meute familiale. Il manifestera alors son mécontentement par des destructions centrées sur les issues (en particulier la porte d'entrée) qui l'empêchent de rejoindre sa meute, qui a eu le toupet de partir en le laissant planté là. On retrouve souvent aussi du marquage urinaire ou fécal, également autour des issues, et le chien dispose de prérogatives dans les domaines de l'accès à la nourriture, de la répartition de l'espace, et des contacts.

 

Les troubles confusionnels du vieux chien : 

Il y a quelques siècles, nous mourions tous jeunes, de la peste bubonique ou en guerroyant contre la tribu voisine, et nous ne vivions pas assez vieux pour développer des cancers ou une maladie d'Alzheimer. Il en est de même pour nos chiens qui, pour la plupart, vivent aujourd'hui suffisamment vieux pour développer des troubles confusionnels se traduisant par de la désorientation (déambulations et des vocalises pendant la nuit), et une perte des apprentissages (réapparition de la malpropreté… et des destructions).

 

Dans les exemples cités ci-dessus, un simple travail d'éducation ne suffira évidemment pas, et une "bonne correction" ne fera qu'aggraver les choses : une consultation comportementale sera nécessaire afin d'identifier et de bien définir l'origine du problème, et de mettre en place un traitement.

 

 

IL SAIT TRÈS BIEN QU'IL A MAL FAIT !

 

Quelques idées reçues auxquelles il convient de tordre le cou :

 

"Il sait très bien qu'il a mal fait, il prend son air coupable" :

Réflexion souvent entendue, de la part de ceux qui rentrent dans la maison où tout est en petits morceaux, avec couché au milieu, le chien qui baisse la tête et vous regarde par en-dessous, en remuant faiblement la queue - cette réflexion étant généralement le prélude à une bonne rouste.

 

Le chien ne sait pas qu'il a mal fait. Tout ce qu'il sait, c'est que quand son maître arrive et jette un coup d'œil courroucé sur la pièce, ça va mal se passer pour lui. (D'ailleurs, il est facile de faire le test : vous ouvrez la porte et vous regardez la pièce sans rien dire, d'un air courroucé, même s'il n'y a rien de détruit, et vous verrez le chien prendre son "air coupable"). Ou encore il comprend que quand son maître arrive et que le sol est jonché de débris de coussin (ou d'urines, ou de selles, ou de cages aux oiseaux éventrées…), là aussi, ça va mal se passer. Mais il ne comprend pas que c'est parce qu'il a joué avec tous les coussins du salon entre une heure et deux heures du matin, qu'il va recevoir une correction à sept heures et demie. Et cela ne l'empêchera donc pas de recommencer le lendemain. La meilleure preuve en étant que jamais une punition administrée à posteriori, plusieurs heures après les faits, n'a résolu ce genre de problème. 

Donc, la rouste pour la bêtise faite six heures (ou même cinq minutes) plus tôt, certes ça soulage, mais ça n'a jamais réglé le problème.

 

"On ne l'a pas emmené, alors il se venge" :

La vengeance est un sentiment humain, que les chiens ne connaissent pas : si l'on veut comprendre ce qui se passe dans la tête du chien, il faut raisonner comme un chien, avec un minimum de connaissances du comportement canin. Et relire les paragraphes ci-dessus : si le chien a tout détruit pendant votre absence, ce n'était pas pour se venger, mais pour s'amuser, ou parce qu'il s'ennuyait, ou parce qu'il avait peur, ou parce qu'il est incapable de se contrôler, ou parce qu'être ainsi laissé ne correspond pas à la manière dont doit fonctionner une meute dans sa logique à lui, ou parce qu'il est confus dans sa tête, etc.

Quel que soit le cas de figure, là non plus, ce n'est pas "une bonne rouste pour lui apprendre à ne pas se venger" qui va résoudre le problème !

 

 

ALORS, QU'EST-CE QU'ON PEUT FAIRE ?

 

Si les destructions sont "normales" :

 

Le chien n'est pas "malade", il est juste excité, ou bien il s'ennuie, ou bien il n'a pas compris toutes les règles de la maison. Il ne sera donc pas question de traitement, mais d'éducation… et de patience. On optera, au choix, selon le temps et l'énergie dont on dispose, et selon ses capacités de philosophie et d'endurance, pour : 

 

- De l'éducation :

Destructions ou pas, l'éducation est tout de même la base de tout. Il est toujours bon qu'un chien soit bien cadré, sans violence, bien sûr, mais qu'il sache très précisément ce à quoi il a droit, et ce qu'il n'a pas le droit de faire - et que toutes les personnes qui entourent le chien soient cohérentes à ce sujet !

Pour le cas particulier des destructions, la difficulté vient du fait que celles-ci se produisent rarement en présence des maîtres : on trouve le tapis de la cuisine en petits morceaux le matin quand on se lève, et les plates-bandes du jardin dévastées quand on rentre le soir. Or, on sait qu'une punition n'est efficace que si elle est administrée de façon constante, et au moment où la bêtise est commise. Punir le chien une fois sur deux, et cinq heures après le moment où il a détruit n'aura donc aucune utilité (y compris si on lui met "le nez dedans", et cela est valable aussi pour la malpropreté).

 

Alors, que faire ? pour tout dire, il n'y a pas de solution simple. On peut d'abord essayer de prendre le chien sur le fait, le plus souvent possible. Mais cela demande beaucoup de temps, et de patience. On se cache, on attend que le chien s'approche de l'objet qu'il a l'habitude de détruire, et au moment où il le prend dans sa gueule, on intervient : on peut, au choix, taper dans ses mains en criant "NON !", ou bien surprendre l'animal avec un pistolet à eau, ou encore utiliser un collier télécommandé envoyant une giclée de gaz (le plus souvent parfumé à la citronelle) ; en aucun cas, un collier à chocs électriques ! Si par hasard le chien s'approche de l'objet habituellement détruit, le renifle, et ne s'en empare pas, on peut le féliciter. Mais attention, en éducation canine, on ne récompense pas un non-acte ! La distinction est subtile : si le chien est tenté de prendre l'objet, et finalement y renonce, on peut le récompenser. Mais si l'on arrive le matin dans la cuisine et que pour une fois, rien n'a été détruit pendant la nuit, récompenser le chien n'a aucun sens et ne sera d'aucune efficacité. Les destructions sont donc, par nature, une nuisance sur laquelle récompenses et punitions auront peu de prises.

 

À défaut, donc, d'agir sur un comportement qui se produit en l'absence des maîtres, on pourra toujours miser sur l'éducation "générale", toujours souhaitable, de toute façon. N'oublions pas que le chien est un animal social, un animal de meute, "programmé" par des siècles de sélection pour évoluer au sein d'une hiérarchie, canine ou humaine. Un chien bien cadré, qui sait où est sa place, qui obéit bien aux ordres de base ("assis", "va coucher", rappel…), se contrôlera mieux et aura moins tendance à tout détruire qu'un chien ent!èrement livré à lui-même. En résumé, apprendre l'ordre "assis" ne fera pas cesser les destructions en quelques jours, mais contribuera indirectement à les faire cesser au fil des semaines ou des mois - à défaut d'agir directement sur la nuisance, comme on l'a vu au paragraphe précédent.

 

- De la patience :

Si les destructions ne sont pas trop importantes ni trop gênantes, et que le chien ne pose pas de problème par ailleurs… eh bien il peut suffire de patienter, et d'attendre que les choses se tassent. Votre chiot de quatre mois déterre tous les rosiers ? S'il ne vous cause pas d'autre souci, et que vous pouvez vous passer de rosiers cette année, eh bien on évite de se prendre la tête, on laisse le jardin en friche, et on replantera des fleurs l'année prochaine. À un an et demie, il y a des chances pour que Youki se soit trouvé d'autres centres d'intérêt, et que vous puissiez replanter de nouveaux rosiers, qui pourront pousser tranquillement, cette fois. On économise beaucoup d'énergie, et peut-être quelques années de vie, en évitant de se stresser pour des choses qui n'ont finalement pas beaucoup d'importance…

 

- De l'évitement :

Comme on l'a déjà vu au paragraphe précédent, il  y a des fois où il est plus sage de ne pas s'entêter. Vous avez essayé les récompenses, les punitions, le collier télécommandé, les heures d'affût caché derrière la haie de rosiers… et rien n'y fait ? Inutile de s'énerver davantage, si l'on a exclu des destructions pathologiques et un trouble du comportement sous-jacent, il est temps de régler le problème simplement par de l'évitement.

Qu'est-ce que l'évitement ? on en a déjà eu un aperçu au paragraphe précédent : plutôt que de s'acharner (en vain) à faire rentrer dans la tête de ce chien qu'il doit arrêter ses destructions, on fait juste en sorte qu'il n'ait plus rien à détruire autour de lui. Donc, s'il déchiquette les rideaux du salon toutes les nuits, on l'enferme dans la cuisine ou dans le garage, où il y a moins de bêtises à faire. S'il met la maison sens dessus-dessous pendant que vous êtes au travail dans la journée, on le laisse dans le jardin (à condition évidemment qu'il n'aboie pas six heures d'affilée jusqu'à rendre fous les voisins), ou bien on le confie quelques heures à la belle-mère si celle-ci habite trois maisons plus loin. Et si tout cela ne suffit pas, il reste la solution de l'enclos (dans le jardin), du parc à bébés (pour un petit chien), ou du varikennel (pour un chien moyen ou grand - photo de droite). Concrètement, on installe le varikennel dans un endroit où il ne défigure pas trop la maison (arrière-cuisine, garage…), et le soir, on y enferme le chien avec une couverture (s'il ne la déchiquette pas), quelques croquettes, et son eau. Il ne s'agit en aucun cas d'une solution inhumaine : les chiens s'habituent généralement très bien, et après quelques jours où quelques semaines, rentrent spontanément dans leur kennel le soir, lorsqu'il est l'heure d'aller se coucher. Et c'est une solution efficace, le chien ne pouvant rien détruire dans son kennel. (Soit dit en passant, cette technique est aussi efficace en cas de malpropreté, un chien faisant rarement ses besoins sur son lieu de couchage lorsqu'il ne dispose que d'une surface restreinte).

Une fois l'habitude bien acquise, on a le choix entre conserver définitivement ce lieu de couchage dans le kennel si Youki s'y est bien habitué, ou bien, après quelques mois d'accalmie, laisser la porte de la cage ouverte le soir. Dans la plupart des cas, le chien ayant pris quelques mois d'âge supplémentaires, et ayant eu le temps de perdre l'habitude de détruire, les destructions ne reprennent pas lorsqu'on laisse la porte du kennel ouverte. Sinon… retour dans la cage !

 

 

Si les destructions sont pathologiques :

 

Là, l'éducation ne suffira pas à résoudre le problème (même si elle reste toujours utile, par ailleurs) : le chien souffre d'un véritable trouble du comportement, et il faut d'abord diagnostiquer celui-ci (au cours d'une consultation comportementale, qui dure deux heures dans les cliniques vétérinaires de Calvisson ou de Villevieille), puis le traiter. Pour cela, on utilise une thérapie adaptée (régression sociale dirigée pour un trouble hiérarchique, exercices visant à renforcer les auto-contrôles chez un chien HSHA, détachement et élimination des rituels de départ et de retour chez un chien souffrant d'anxiété de séparation…), et l'on s'aide, si nécessaire, de médicaments. Le but de ces derniers n'est pas de transformer le chien en zombie (ce qui serait contre-productif, puisque l'animal ne pourrait plus rien apprendre), mais de diminuer son seuil d'excitation, d'agressivité, ou son niveau d'anxiété, afin de le rendre réceptif à la thérapie.

 

                                              

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