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Les chenilles processionnaires du pin

 

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Je dors dans la soie le jour, je dévore les pins la nuit…

Qui suis-je ?

 

                                                     

 

 

 

Points forts :

 

. Les chenilles processionnaires du pin, du fait de leurs poils urticants, sont responsables de sévères lésions chez les chiens (essentiellement sur la langue), mais parfois aussi chez les chats… et chez les enfants.

 

. Les lésions sont rarement mortelles, mais elles sont extrèmement douloureuses, et peuvent conduire à la perte d'une partie de la langue.

 

. Un chien (surtout jeune) qui se met brusquement à baver, ou dont la langue gonfle ou change de couleur, entre janvier et mars, a probablement léché des chenilles, et devrait être rapidement présenté à un vétérinaire.

 

. Les nids de chenille présents dans les pins et dans les cèdres devraient être éliminés, en prévention.

 

 

 

                                        

 

 

 

Lorsque nous examinons un chien en consultation, il nous arrive de découvrir que l'extrémité de sa langue présente un aspect dentelé : quelques mois ou années plus tôt, cet animal a voulu aller voir d'un peu trop près des chenilles processionnaires du pin. Des lésions parfois sévères peuvent en résulter.

 

 

LA CHENILLE 

 

La chenille processionnaire du pin est la larve d'un papillon (Thaumetopoea pityocampa), bien connue pour ses déplacements en file indienne, parfois sous forme de très importantes colonies.

 

 

En France métropolitaine, ces chenilles sont surtout présentes sur la côte méditerranéenne, mais réchauffement climatique aidant, elles remontent progressivement vers le nord (à travers la forêt des Landes, par exemple). Pendant l'hiver, elles tissent un nid soyeux dans les pins (pin noir surtout, mais aussi pin d'Alep, pin maritime, pin sylvestre…) et les cèdres (photo de droite). Elles en sortent la nuit pour se nourrir des aiguilles du pin, entraînant parfois un affaiblissement important de l'arbre. La température reste toujours assez élevée à l'intérieur du nid, ce qui a permis aux chenilles processionnaires de franchir, par exemple, les sommets de la Sierra Nevada : pas de problème, donc, pour passer l'hiver au nid. Au printemps, la colonie quitte le nid en file indienne, et va s'enfouir dans le sol, où chaque chenille va tisser son propre cocon et se transformer lentement d'abord en chrysalide, puis en papillon.

 

Dans nos jardins et nos pinèdes, les nids sont visibles dans les arbres pendant l'hiver. Les premières chenilles en sortent (photos ci-dessous) et descendent se promener sur le sol au printemps, mais parfois dès les premiers mois de l'année (janvier-février).

 

  



Les mêmes en live : on les voit grouiller au pied du pin. La prochaine fois, j'essaierai de les filmer quand elles se déplacent à la queue leu leu, ce qui leur a valu leur nom de processionnaires. 


QU'EST-CE QU'IL A ENCORE FAIT, CE CHIEN ?

 

Pour un chien qui aime bien mettre son nez partout, aller explorer ce long ruban qui s'agite au ras du sol est tout de même bien tentant. Les chiens les plus exposés sont les très jeunes, qui ont tout à découvrir, et les très vieux, qui perdent un peu la tête. Entre les deux, les adultes se font moins souvent avoir. Les chiens souffrant d'un trouble du comportement diminuant leur capacité à se contrôler (syndrome hypersensibilité-hyperactivité, notamment), sont aussi des victimes toutes désignées. Le chat, beaucoup plus circonspect, observe tout cela de loin sans y mettre la langue, et se fait rarement avoir… mais il y a des exceptions ! (photos ci-dessous).

 

L'envenimation est due aux poils urticants de la chenille (photo de droite), qui contiennent une  toxine, la thaumatopoéine. Celle-ci provoque d'importantes réactions irritatives et/ou allergiques.

 

 

Les chiens sont avant tout atteints à la langue : juste après l'accident, ils vont voir leur
maître(sse) en bavant avec un air tout malheureux, et dans les minutes qui suivent, la langue commence à gonfler, parfois de façon très spectaculaire : elle peut devenir rouge, puis noire, et enfler au point de ne plus tenir à l'intérieur de la bouche. (Photos ci-dessous).

 

 

Kiki, 7 mois, 48 heures après avoir léché des chenilles processionnaires : la douleur est moins vive grâce aux anti-inflammatoires et le chien a recommencé à s'alimenter, mais il bave toujours, et l'extrémité de sa langue est épaisse et décolorée.

 

 

Jeune chienne de race Petit lévrier italien qui, à neuf mois, n'a pas encore appris à se méfier des chenilles : on observe un œdème de l'auge (photo de gauche), et une langue toute noire dont une partie pourrait bien tomber ultérieurement (photo de droite). Chez cette petite chienne, comme dans les autres cas présentés ici, la lutte contre la douleur est évidemment primordiale.

 

 

Les chats aussi ! Minoue, jeune chatte d'un an et demi, est allé regarder les chenilles de trop près. Photo de gauche : aspect de la chatte à l'arrivée à la clinique : facies anxieux, forte salivation, langue rouge et épaissie qui sort de la bouche. Photo de droite : quelques minutes après injections de morphine et d'un anti-inflammatoire, la douleur a diminué. Mais la salivation mettra plus longtemps pour disparaître, et la langue pour revenir à la normale.

 

Dans les cas les plus graves, l'extrémité, voire une bonne moitié de la langue nécrose et tombe ! ce qui nous donne, quelques semaines plus tard, des chiens avec le bout de la langue dentelé (photos ci-dessous), ou dans les cas plus graves, avec un moignon de langue qui s'arrête au milieu de la bouche. Notons que même dans ce dernier cas, les chiens arrivent à boire et à manger : ils en mettent un peu partout, mais ils se débrouillent, et c'est bien là l'essentiel.

 

 

Photos ci-dessus : Nénette a joué avec les chenilles : un an plus tard, la langue est guérie depuis longtemps, mais a perdu des petits morceaux à son extrémité. La chienne mange malgré tout sans problème, et ne souffre pas de cette "amputation".


   

Autres exemples avec ces deux jeunes Yorkshire terriers : celui de gauche est âgé de neuf mois, et sa langue noire et enflammée témoigne d'une rencontre récente avec une procession de chenilles. Celui de droite a un peu plus de trois ans, et a connu la même mésaventure il y a plusieurs années. Sa langue est guérie depuis longtemps, mais il en manque tout de même un bon morceau, au bout à gauche !

 

Au-delà de la langue, la suite du tube digestif peut être affectée, si le chien est allé jusqu'à avaler des chenilles : l'œsophage et l'estomac peuvent se retrouver dans le même état que la langue, et là, c'est évidemment beaucoup plus embêtant. Les autres organes de la face (babines, nez, yeux…), peuvent aussi être atteints, s'ils ont été en contact avec les chenilles (photos ci-contre et ci-dessous). Des symptômes généraux (choc allergique avec insuffisance rénale et coagulation intra-vasculaire disséminée) sont possibles, mais très rarement observés. (Photo de droite : inflammation de l'œil gauche (uvéite), chez une jeune chienne petit lévrier italien qui s'est approchée un peu trop près des chenilles processionaires).

 

     

Dwigy, peu de temps après avoir mis son nez au milieu des chenilles processionnaires : le museau est tout enflé, et la petite chienne bave à cause de sa langue irritée.

 

Globalement, en trente ans, à raison d'une cinquantaine de cas annuels d'envenimation par les chenilles, nous avons observé un décès (probablement dû à l'ingestion de chenilles, avec des lésions de l'œsophage et de l'estomac), et quelques cas de nécrose entraînant la perte de plus de la moitié de la langue, à laquelle les chiens ont survécu. Il s'agit donc d'accidents spectaculaires, extrémement désagréables et douloureux pour le chien, mais heureusement rarement mortels.

 

Un petit mot sur l'envenimation humaine : le bébé humain, affligé de la même frénésie exploratrice que le jeune chiot, risque de subir les mêmes conséquences s'il tripote des chenilles, puis les porte à sa bouche ou se frotte les yeux : une raison de plus de se méfier des nids de chenille dans le jardin, ou des processions de chenilles, en promenade. Si vous-même avez manipulé votre chien juste après l'accident, l'avez pris dans vos bras pour le réconforter, avez commencé à laver les parties du corps irritées… il peut arriver que vous vous retrouviez avec des plaques rouges qui grattent violemment sur les mains, les avant-bras, ou même le visage si vous vous êtes frotté les yeux après (un peu comme des piqûres d'orties). Dans tous ces cas d'envenimation humaine, il sera bien sûr préférable de consulter votre médecin.

 

 

LE TRAITEMENT

 

Si votre chien vient de mettre son nez dans une procession de chenilles et revient avec la langue gonflée, ou que vous le voyez tout simplement baver d'un air malheureux en rentrant du jardin, entre janvier et mars, il faut le présenter rapidement à votre vétérinaire. La première chose à faire sera de lutter contre l'inflammation et le choc avec des corticoïdes d'action rapide, et contre la douleur avec des antalgiques. Une couverture antibiotique limitera les risques d'infection. Une alimentation par sonde et une mise sous perfusion peuvent être nécessaires dans les cas les plus difficiles.

 

Les avis divergent concernant les soins locaux : on conseille généralement de rincer abondamment les parties touchées, afin d'éliminer sans les casser un maximum de poils urticants… ce qui demande au moins une forte sédation. D'autres protocoles plus agressifs (injection sous pression d'héparine à l'intérieur de la langue, sous anesthésie générale, par exemple), sont plus discutés. Il nous semble malheureusement qu'une fois le processus en route, il n'y a pas grand chose à faire pour l'arrêter, et que la nécrose ira à son terme. L'important est de faire en sorte que le chien souffre le moins possible, et d'éviter les complications dues à l'inflammation, à l'état de choc, et aux surinfections.

 

 

LA PRÉVENTION

 

La lutte contre les chenilles par des moyens chimiques (insecticides) ou biologiques (pulvérisation de bactéries) n'est pas du ressort des particuliers.

 

Il est conseillé, à la fois pour les arbres et pour les chiens (et les jeunes enfants !) de couper et d'éliminer les branches sur lesquelles se développent les nids. Il faut évidemment prendre des précautions pour ces manipulations : idéalement, gants et lunettes de protection. Les nids hors d'atteinte seront signalés à la mairie.

 

 

 

Après, on peut guetter les chenilles au fur et à mesure de leur arrivée sur le sol, et essayer d'empêcher les jeunes chiens d'aller se promener autour des pins en début d'année (photos ci-dessus)… mais ce n'est pas gagné !

                                         

© Copyright texte, logo et photos : SCP Vétérinaires Beaufils, Jumelle, Jannot, Lorant

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