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La péritonite infectieuse féline (PIF)

 

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                 Groupe de Coronavirus. Photo : CDC, Dr Fred Murphy

 

Points forts :


. En ces temps d'infection humaine par le coronavirus du SRAS, il est important de rappeler que personne n'est jamais tombé malade à cause du coronavirus de son chat !


. Les chats peuvent être infectés par un virus qui vit et se multiplie dans l'intestin : le coronavirus félin. Ce virus n'est pas très méchant, et beaucoup de chats vivent très bien avec leur coronavirus intestinal.

 

. De temps en temps, l'un de ces coronavirus subit une mutation, et devient beaucoup plus agressif : il diffuse alors hors de l'intestin, et provoque une PIF. Les chats affaiblis, ou hébergeant un grand nombre de coronavirus en multiplication (ce qui est souvent le cas en collectivité, ou chez les chatons), présentent plus de risques que l'un de leurs virus mute et devienne méchant.

 

. Les principaux symptômes de la PIF sont des épanchements (liquide de couleur jaune qui s'accumule dans le ventre ou autour des poumons), de la fièvre, un amaigrissement et une forte dégradation de l'état général, parfois une atteinte des yeux ou du cerveau, et malheureusement la mort, dans quasiment tous les cas.

 

. Le diagnostic est difficile, car il n'est pas possible de distinguer le "gentil virus" (ou tout au moins celui qui ne fait pas (encore) de mal, dans l'intestin), du "méchant virus", responsable de la PIF. Détecter un coronavirus ne signifie pas que le chat ait la PIF. En revanche, trouver ce coronavirus en grande quantité hors de l'intestin (dans le sang, dans un épanchement…), chez un chat présentant des symptômes évocateurs, permet de diagnostiquer une PIF.

 

. Le traitement est très aléatoire ! quelques guérisons ont été obtenues en associant corticoïdes et interféron. La prévention est difficile, surtout en collectivité.

 

. L'article ci-dessous se veut assez complet, sur une maladie complexe. Certains passages sont donc un peu ardus, et il est permis de les zapper, pour se concentrer sur les symptômes, la prévention ou le traitement, par exemple.




                                

 

 

 

La PIF est une maladie généralement fatale, à médiation immune, due à l'infection par un coronavirus félin (FcoV : virus à ARN). Jusqu'à 90% des chats vivant en chatterie, et 50% des chats de maison, ont été en contact avec ce coronavirus, mais 5% seulement des chats de chatterie infectés par un FcoV développeront une PIF.

Le FCoV responsable de la PIF n'est pas une espèce ou une souche différente du FcoV entéritique (qui vit dans l'intestin de nombreux chats, sans provoquer de symptôme) : c'est une variante virulente du même virus : les chats sont infectés par le FcoV non virulent qui se replique uniquement dans les entérocytes, et parfois une mutation se produit chez le virus, lui permettant de se repliquer dans d'autres cellules (notamment les macrophages), évènement déclenchant une PIF.

 

LE CORONAVIRUS FÉLIN (FcoV) :

Le coronavirus félin est un virus à ARN, que l'on trouve dans les selles des chats infectés. En microscopie électronique, le virus a des projections en pétale (photo en tête de l'article) qui lui donnent une forme en couronne (coronavirus), et qui lui permettent de se lier spécifiquement aux cellules de l'intestin (entérocytes) : la replication du virus est donc limitée à ces cellules.

On croyait autrefois qu'il existait un coronavirus entéritique félin, vivant dans l'intestin, peu dangereux, et le virus de la PIF, beaucoup plus méchant : on sait aujourd'hui qu'il s'agit du même virus du point de vue antigénique et génétique, à l'exception d'une unique mutation.

Les coronavirus sont peu spécifiques d'espèces : le coronavirus canin (CCV) peut infecter les chats, provoquer une séroconversion avec des anticorps qui croisent avec le FCoV, déclencher de la diarrhée et même une PIF.

Aux États-Unis, la PIF est maintenant plus fréquente que la leucose due au virus FeLV : cela serait lié à l'augmentation du nombre de chats vivant à l'intérieur avec des litières, donc exposés à de fortes doses de FcoV dans les litières, alors que les chats vivant dehors disséminent et enterrent leurs déjections à l'extérieur. La surpopulation provoque aussi un stress, et augmente l'exposition au virus.

 

ÉPIDÉMIOLOGIE

Prévalence :

Le virus est endémique (= bien installé) là où il y a beaucoup de chats dans un espace restreint, rare chez les chats d'extérieur vivant seuls : en Grande Bretagne, 82% des chats d'exposition, 53% des chats d'élevage et 15% des chats de maison vivant seuls sont séropositifs. Mais seuls 5% des chats vivant en groupe, et moins de 5% des chats vivant seuls feront une PIF. Le risque est supérieur chez les chats jeunes et immunodéprimés, car la replication du FcoV est moins contrôlée chez eux, et la mutation surviendra plus facilement. Plus de la moitié des chats faisant une PIF a moins d'un an.

 

Transmission :

Elle est oronasale.

Les chats sont infectés avec le FcoV entéritique non pathogène. Le FcoV mutant causant la PIF n'a pas été retrouvé dans les sécrétions ou excrétions des chats à PIF : la transmission directe du FcoV mutant est donc improbable dans les conditions naturelles.

Le FcoV est fragile : il est inactivé à la température ambiante en 24-48 heures, et détruit par la plupart des désinfectants et détergents. Cependant, il peut survivre jusqu'à 7 semaines en milieu sec (tapis), et donc être transmis par des vêtements, jouets ou brosses.

Les selles constituent le principal mode de contamination : les litières communes sont donc la principale source. Il y a aussi réinfection continue d'un chat déjà infecté, à partir de sa litière contaminée.

La transmission par la salive (léchage mutuel, gamelles communes) ou par les éternuements est rare. La transmission par les puces ou les poux est improbable.

La transmission de la chatte au chaton à travers le placenta est possible, mais inhabituelle : les chatons sont plutôt contaminés à 6-8 semaines, quand les anticorps maternels (protection héritée de la mère) disparaissent, par contact avec des selles contenant le FcoV.

 

Excrétion du virus :

Le virus est surtout présent dans les selles. En début d'infection, on le trouve aussi dans la salive, (replication dans les amygdales), dans les sécrétions respiratoires et dans les urines. Il est probable que tous les chats naïfs qui rencontrent le virus pour la première fois s'infectent, deviennent séropositifs, et excrètent le virus pendant des semaines ou des mois.

La plupart des chats infectés excrètent le virus de façon intermittente, ou permanente pendant des années (voire toute leur vie). Un tiers des séropositifs excrètent le virus. Le degré de séropositivité est directement corrélé avec la replication du virus et sa quantité dans l'intestin : les chats très séropositifs excrètent plus souvent et de plus grandes quantités de virus que les chats faiblement positifs. Les chats à PIF excrètent du FcoV non muté, et en faible quantité : ils ne sont donc pas directement contagieux pour la PIF.

 

PATHOGÉNIE

Pathogénie de l'infection intestinale :

Après infection par les selles (ou plus rarement la salive), il y a replication du virus dans les cellules de l'épithélium intestinal, ce qui peut causer leur destruction, et une diarrhée. Le plus souvent, le chat excrète du virus, sans exprimer de symptôme.

 

Pathogénie de la PIF :

Elle se développe quand survient une mutation spontanée… sachant que le gène muté est identique à 99,5% au gène d'origine. Cette mutation change la surface du virus, et lui permet d'être phagocyté par les macrophages, et de se repliquer à l'intérieur de ces derniers : au lieu de rester cantonné aux cellules de l'intestin, le virus muté va donc partir se promener partout dans l'organisme du chat, à l'intérieur des macrophages.

Une forte charge virale et une replication importante rendent la mutation plus probable : la PIF apparaîtra donc plus facilement chez un chat jeune, réinfecté en permanence (cas de plusieurs chats infectés utilisant la même litière), souffrant d'un déficit immunitaire, (FeLV, FIV, infestation parasitaire importante), à l'occasion d'un stress, d'un traitement corticoïde, ou d'une chirurgie...

Conséquence de ce mécanisme pour le diagnostic de la PIF : le "méchant" virus muté est quasiment identique au "gentil" virus intestinal. Il y a même souvent moins de différences entre un Coronavirus muté, responsable de la PIF, et un Coronavirus intestinal bénin chez les chats d'une même maison, qu'entre les Coronavirus intestinaux bénins de deux groupes de chats distants de quelques kilomètres. À partir de là, on conçoit qu'il soit difficile de mettre au point un test pour différencier les "méchants" virus des "gentils" virus, quand les "gentils" ont plus de différences entre eux qu'il n'en existe entre "gentils" et "méchants".

 

Développement de la maladie :

La PIF est une maladie à immuns complexes, faisant intervenir des antigènes viraux, des anticorps, et le complément. Dans les deux semaines qui suivent la mutation, des coronavirus mutants, transportés par macrophages, sont retrouvés dans le cæcum, le colon, la rate, le foie, le cerveau et la moelle épinière. Suit une réaction à complexes immuns qui entraîne la formation de lésions granulomateuses, de préférence dans les zônes de forte pression et de turbulence, comme le péritoine, le rein et l'uvée de l'œil.

Les macrophages qui meurent libèrent virus et substances chémotactiques, et provoquent le largage d'amines vasoactives, d'où une augmentation de la perméabilité vasculaire et l'exsudation de protéines plasmatiques (à l'origine des épanchements dans le thorax et l'abdomen). La vascularite à médiation immune peut provoquer une coagulation intra-vasculaire disséminée (CIVD).

La présence d'anticorps préexistants, (défenses de l'organisme existant déjà contre le coronavirus), ne protège pas les chats contre une infection expérimentale, mais semble au contraire provoquer une infection plus rapide et plus souvent mortelle ! ce qui est embêtant pour la mise au point d'un vaccin.

 

SYMPTOMES :

Ils sont la conséquence directe de la vascularite et des insuffisances organiques liées aux défauts de vascularisation.

La durée entre la mutation et l'apparition des signes cliniques varie entre quelques semaines et deux ans, selon le statut immunitaire du chat. La durée entre l'infection par l'inoffensif FcoV et le développement de la PIF est encore plus imprévisible. Le risque maximum de développer une PIF est dans les 6-18 mois après infection par le FcoV, et le risque tombe à 4%, 36 mois après l'infection.

Il existe trois formes de PIF : la forme humide, exsudative, avec péritonite fibreuse, pleurésie et péricardite, la forme non exsudative, sèche, granulomateuse, et la forme mixte. Mais en fait, il y a toujours plus ou moins des épanchements et plus ou moins des lésions granulomateuses, selon le chat, à un moment donné ! (Photo ci-dessus à gauche : jeune chaton de deux mois négatif pour le FeLV et le FIV, mais malheureusement atteint de PIF : abattement, maigreur, très mauvais état général).

 

Épanchements :

Ce sont des ascites (liquide dans l'abdomen) dans 62% des cas, des épanchements pleuraux (autour du poumon) dans 17% des cas, et les deux dans 21%. (Photo de droite : même chaton que ci-dessus, avec un ventre distendu par une importante ascite).

Inversement, parmi les chats qui présentent un épanchement quelle qu'en soit l'origine, 60% des chats à ascite, 30% des chats à épanchement pleural et 30% des chats à épanchement mixte ont une PIF. En ce qui concerne les épanchements péricardiques chez le chat (accumulation de liquide autour du cœur, à l'intérieur du péricarde), 24% sont dûs à une insuffisance cardiaque, et 14% à la PIF.

Il peut y avoir en plus fièvre, amaigrissement, insuffisance de différents organes (ictère lors d'insuffisance hépatique).

 

Atteinte des organes abdominaux ou thoraciques :

S'il n'y a pas d'épanchement, les symptômes sont peu spécifiques : fièvre, amigrissement, anorexie. On peut trouver un ictère, une adénomégalie mésentérique (= augmentation de taille des ganglions au milieu de l'intestin), des organes bosselés (reins, par exemple), des difficultés respiratoires, une inflammation avec nécrose des testicules. Les troubles de la reproduction (néonatalité…) sont inhabituels. L'intestin, et notamment la jonction iléocœcocolique, est fréquemment atteint.

 

 

Ganglions de taille très augmentée chez deux jeunes chats atteints de PIF : deux ganglions sous lombaires (photo de gauche), et un très gros ganglion mésentérique (4 x 2 cm)(photo de droite). En dessous de ce dernier, par comparaison, on peut voir un ganglion (NL = nœud lymphatique) de taille normale.

 

 

Autre exemple avec ce jeune chat adulte atteint par la PIF : au milieu d'une importante ascite (en noir sur les photos), se détachent un rein gauche de très grande taille (5,8 x 3,8 cm ! valeurs usuelles : 3,5-4,5 x 2,0-2,5 cm), à la corticale épaisse et très échogène (photo de gauche), et un ganglion iliaque bien visible, dorsalement à la vessie (photo de droite).

 

Symptômes oculaires :

Les anomalies du fond d'œil sont les plus fréquentes, (manchon autour des vaisseaux, lésions granulomateuses de la rétine, hémorragie ou décollement de la rétine), mais ne sont pas pathognomoniques : la toxoplasmose, le FeLV, le FIV, peuvent provoquer des lésions semblables. L'uvéite est également fréquente.

 

Signes neurologiques :

13% des chats à PIF ont des signes neurologiques, et plus de la moitié des chats présentant des signes neurologiques d'origine inflammatoire ont la PIF. Les lésions sont généralement multifocales. On observe surtout une ataxie, un nystagmus (= mouvements anormaux des yeux), et des convulsions. Une hydrocéphalie, détectée au scanner ou  à l'IRM, est très évocatrice d'une PIF.

 

 

DIAGNOSTIC :

 

Les signes cliniques ne sont pas spécifiques, les anomalies hématologiques et biochimiques ne sont pas pathognomoniques, et les tests utilisables ont une sensibilité et une spécificité basses ! le diagnostic de la PIF n'est pas toujours simple, mais la PCR a tout de même bien amélioré les choses.

 

Hématologie :

Les globules blancs peuvent être augmentés… ou diminués. (Photo de droite : augmentation des globules blancs, avec des polynucléaires neutrophiles à noyau polylobé, et des lymphocytes activés, chez un chat atteint de PIF). Il y a anémie dans 65% des cas : elle peut être régénérative (hémolyse à médiation immune), ou non régénérative (due à l'inflammation chronique). Il y a thrombopénie en cas de coagulation intra-vasculaire disséminée.

 

Biochimie :

Parmi les chats atteints de PIF, 50% des chats à épanchement et 70% des chats sans épanchement ont un taux de protéines augmenté, qui peut atteindre des valeurs aussi élevées que 120 g/l. Les taux d'anticorps au FcoV et les gamma globulines augmentent simultanément. Avec une protidémie à 120 g/l, la probabilité d'une PIF est de 90% : les 10% restants peuvent avoir une stomatite chronique sévère, une infection respiratoire chronique, une dirofilariose ou un myélome.

Les protéines sanguines se composent d'albumine et de globulines. Dans la PIF, l'albumine est souvent diminuée alors que les globulines sont augmentées : la valeur prédictive positive d'un rapport Alb/Glob inférieur à 0,8 est de 92%, alors que la valeur prédictive négative d'un rapport Alb/Glob supérieur à 0,8 est de 61%.

Sur une électrophorèse des protéines, l'augmentation des globulines peut apparaître
massive (polyclonale), comme dans beaucoup de maladies chroniques, ou sous la forme d'une bande étroite (monoclonale), comme dans un myélome.

 

Caractéristiques des épanchements :

L'épanchement de la PIF se présente classiquement sous la forme d'un liquide "jaune paille", épais et filant (photo de droite : noter l'aspect filant du liquide). Il s'agit d'un transsudat modifié avec un taux de protéines supérieur à 35 g/l et une cellularité de moins de 1000 GB/ml. S'il est hémorragique, purulent, nauséabond ou chyleux (= graisseux et lactescent), la PIF est peu probable (bien que des chyles purs aient été décrits chez des chats à PIF).

La cytologie du liquide d'épanchement montre des macrophages et des polynucléaires neutrophiles, sans bactérie ni cellule tumorale (photos ci-dessous).

Les tests sur épanchement (PCR…) ont plus de valeur diagnostique que les tests sur plasma… avec cette limite que seuls 50% des chats atteints de PIF ont un épanchement.

 

Photo de gauche : échographie abdominale sur une jeune chatte Chartreux, âgée de six mois, négative pour le FeLV et le FIV, et malheureusement atteinte par la PIF : la rate est grosse, avec un aspect "mité", et une importante quantité d'un liquide "épais" est visible dans l'abdomen. (Aspect de ce liquide, une fois prélevé par ponction, sur la photo, plus haut à droite). Photo de droite : cytologie réalisée sur le liquide d'ascite, après centrifugation : polynucléaires neutrophiles et macrophages, en grand nombre. On n'observe ni bactérie, ni cellule tumorale. La PCR Coronavirus sur le liquide d'ascite était fortement positive.

 

Sérologie :

Levons tout de suite une confusion : on nous présente régulièrement des chats "positifs pour la PIF", ou ayant "une sérologie PIF positive" : ce n'est pas de PIF qu'il est question chez ces chats, mais de Coronavirus, sachant que le test est positif aussi bien pour le "méchant" Coronavirus de la PIF, que pour le "gentil" Coronavirus intestinal. Comme nous l'avons vu plus haut, 90% des chats de chatterie et 50% des chats de maison ont eu un jour un "banal" Coronavirus dans l'intestin : tous ces chats sont positifs pour le Coronavirus, (et pas pour la PIF !), ils peuvent avoir des taux d'anticorps élevés ou en augmentation, mais la plupart de ces chats sont en parfaite santé, et ne développeront jamais la PIF.

Un test positif ne signe donc pas une PIF, un test négatif n'exclut pas non plus une PIF ! 10% des chats avec une PIF clinique (notamment en phase terminale), sont séronégatifs. Les chats à épanchement ont souvent peu ou pas d'anticorps car ceux-ci sont dilués dans l'épanchement, avec la plus grande partie des protéines.

Des titres très élevés rendent tout de même la PIF probable : si le plus haut titre du laboratoire est atteint, la probabilité de la PIF est 94%. Cette probabilité est encore plus forte s'il s'agit d'un chat de maison, plutôt que d'un chat de chatterie, où les taux élevés sont courants et n'ont pas une forte valeur prédictive.

Un mot sur les tests rapides réalisables en clinique, qui ne donnent pas un taux, mais seulement un résultat positif ou négatif : ils sont inutiles, (nous venons de mentionner l'intérêt de savoir si le titre est élevé), et ils donnent en outre de nombreux faux positifs et faux négatifs.

 

Alors, la sérologie Coronavirus est-elle totalement inutiles ? allez, pas tout à fait :

- Un chat sain et séronégatif est indemne de Coronavirus : il ne le transmet pas, ce qui est toujours bon à savoir dans une collectivité ; et comme il n'héberge pas de Coronavirus, il ne peut pas faire une PIF.

- Le taux d'anticorps est directement corrélé à la quantité de Coronavirus présent dans les intestins et excrété dans les selles, et également corrélé à la replication du virus.

Le test est donc intéressant pour créer une chatterie indemne de FcoV, ou avant l'introduction d'un nouveau chat dans une telle chatterie.

Notons que l'intérêt du dosage des anticorps sur épanchement ou sur liquide céphalo-rachidien, par rapport au plasma, est contesté et ne semble pas beaucoup plus intéressant.

 

PCR :

La PCR (Polymerase Chain Reaction) détecte le matériel génétique du virus dans le prélèvement étudié, et le quantifie. Comme pour la sérologie, il sera impossible de distinguer par PCR le méchant virus de la PIF du (presque) innocent virus intestinal. C'est donc la localisation du virus qui va nous guider : la place normale du Coronavirus est l'intestin. Si l'on en trouve en grande quantité dans le sang ou dans un liquide d'épanchement, abdominal ou thoracique, ou bien dans l'œil ou le liquide céphalo-rachidien quelle qu'en soit la quantité, chez un chat présentant des symptômes évocateurs, alors le diagnostic de PIF sera confirmé.

Notons malgré tout que le sang de certains chats atteints de PIF peut être négatif en PCR, surtout en début d'évolution et en dehors des pics de fièvre (sensibilité du test : 94 %). Au contraire, certains chats parfaitement sains (surtout des chatons), peuvent être positifs en PCR, après une infection récente par des Coronavirus intestinaux. (Dans ce cas, la PCR sur les selles est très fortement positive, alors que les chats atteints de PIF n'excrètent plus de virus, et ont donc au contraire une PCR sur selles négative).

Des PCR peuvent aussi être réalisées sur un écouvillon rectal, afin de savoir si un chat est porteur chronique de Coronavirus, et doit être isolé, notamment dans un élevage ou dans toute autre collectivité.

 

Cytologie et histologie :

L'examen cytologique présente l'avantage de la simplicité (une ponction à l'aiguille, et un examen direct au microscope après étalement et coloration), mais ne permet pas un diagnostic de certitude. Il permet malgré tout d'éliminer d'autres maladies (par exemple, un lymphome dans le cas d'un gros ganglion), et de voir si les cellules collectées sont compatibles avec l'hypothèse de PIF.

 

Photo de gauche : ponction du très gros ganglion mésentérique présenté plus haut : l'aiguille, en place dans le ganglion pour le prélèvement, est bien visible. Photo de droite : examen microscopique, après étalement et coloration : la population cellulaire est variée, ce qui exlut un envahissement tumoral (en particulier un lymphome). Au milieu des cellules ganglionnaires, on observe des polynucléaires neutrophiles et des macrophages, indiqant une infection, et compatibles en particulier avec une PIF. Une PCR réalisée sur la même ponction a confirmé le diagnostic de PIF, avec une très forte charge en coronavirus.

 

Le diagnostic histologique n'est pas le plus commode à réaliser, puisqu'il s'agit de l'analyse d'un fragment d'organe (foie, reins…), prélevé à l'occasion d'une chirurgie, ou hélas plus souvent dans la PIF, d'une autopsie. À défaut d'être d'accès facile, l'histologie est parfois considérée comme le meilleur outil de diagnostic pour la PIF : Les inflammations localisées autour des vaisseaux, avec macrophages, polynucléaires neutrophiles, lymphocytes, et plasmocytes, ainsi que les pyogranulomes, sont en effet typiques de la maladie. En cas de doute, la PCR ou l'immunofluorescence réalisées sur les tissus prélevés, confirment la PIF.

 

 

TRAITEMENT :


Traitement des chats sains, séropositifs pour le FcoV :

Rien ne prouve que le traitement d'un chat sain séropositif empêcherait le développement d'une PIF. Les corticoïdes peuvent retarder l'apparition des symptômes après la mutation, mais peuvent favoriser la mutation si elle ne s'est pas encore produite. L'effet de l'interféron n'est pas documenté.

Si une diarrhée est due au FcoV, il n'y a pas de traitement spécifique : on la traite comme n'importe quelle diarrhée.

 

Traitement des chats présentant des symptômes de PIF :

Un chat avec une PIF clinique en mourra, malheureusement, dans quasiment tous les cas. Si les signes cliniques sont modérés, le chat pourra parfois survivre quelques mois avec une qualité de vie acceptable, mais le propriétaire doit être préparé à l'idée que son chat va très très probablement mourir.

La PIF est une maladie à médiation immune : des immunosuppresseurs (prednisone à forte dose, ou cyclophosphamide quatre jours consécutifs par semaine - mais cette molécule tombe sous le coup de la sévère législation sur les chimiothérapies,) peuvent ralentir sa progression, mais pas la guérir.

L'aspiration de l'épanchement abdominal ou pleural et l'injection dans la cavité de dexamethasone, chaque jour, jusqu'à disparition de l'épanchement, a produit une amélioration chez certains chats.

Parmi les antiviraux, la ribavirine n'est pas efficace. L'interféron alpha humain à haute dose, par voie parentérale, entraîne la production d'anticorps qui le rendent inefficace après trois à sept semaines : la mortalité due à la PIF n'est pas diminuée par ce traitement. L'interféron alpha à faible dose par voie orale a une activité immunomodulatrice qui peut favoriser la progression de la maladie.

Douze chats suspects de PIF ont été traités par l'interféron oméga félin : une injection chaque 48 heures jusqu'à amélioration, puis une fois par semaine, en association avec des corticoïdes. La plupart des chats sont morts, mais quatre ont vécu deux ans après la mise en route de ce traitement, dont le seul inconvénient est le coût élevé.

 

 

PRÉVENTION

La seule prévention consiste à empêcher l'infection par le FcoV. La vaccination (non disponible en France), ne prévient ni la PIF, ni l'infection par le FcoV.

 

Cas d'un chat après un contact :

Le FcoV peut rester infectieux 7 semaines dans un environnement sec ; après la mort d'un unique chat à PIF, un propriétaire devrait donc attendre trois mois avant de prendre un nouveau chat. S'il y a d'autres chats dans la maison, ils sont probablement infectés et excréteurs.

Si un chat a été en contact avec un chat infecté par le FcoV, ou a vécu longtemps en compagnie d'un chat mort de PIF, il est probable qu'il deviendra séropositif, car 95-100% des chats en contact avec le FcoV deviennent infectés et se séropositivent 2-3 semaines après le contact. Cela ne veut pas dire que ce chat contaminé, y compris s'il est fortement séropositif, développera une PIF : dans une étude, 50 chats ont présenté des taux élevés lors de 3 dosages successifs, et seulement 4 sont morts de PIF.

Cependant, un faible nombre de chats semble résistant à l'infection et reste séronégatif, même dans une maison où tous les chats sont porteurs. Ces chats ne développeront pas la PIF. Dans les maisons à 1 ou 2 chats, beaucoup éliminent l'infection et se négativent après quelques mois ou années. Idéalement, il faudrait attendre que tous les chats se soient négativés avant d'introduire un nouveau chat.

 

Cas d'une maison avec beaucoup de chats et un FcoV endémique :

S'il y a moins de 5 chats, il peut y avoir négativation spontanée. Avec plus de 10 chats, le virus passe de l'un à l'autre et la négativation est impossible.

Si un chat de la maison développe la PIF, cela veut dire que tous les autres chats ont déjà été exposés au même FcoV : le risque qu'ils fassent aussi une PIF est de 5 à 10% et il n'y a aucune prévention possible. Le risque est plus important pour les chatons issus de la même portée qu'un chaton PIF, que pour les autres chats qui vivent dans le même environnement, ce qui est en faveur une composante génétique.

La réduction du nombre de chats (surtout pour les chats de moins d'un an) et le nettoyage des surfaces souillées par les selles, diminue la charge en FcoV.

Dans de grands effectifs, 40-60% des chats excrètent du FcoV à un moment donné. 1/3 des séropositifs excrètent. 20% excrètent en permanence, alors que 20% sont immuns et n'excrètent pas. Il est donc conseillé de faire vivre à l'écart les chats séropositifs, (à retester chaque 3-6 mois), ou les chats dont les selles sont positives en PCR pendant plus de 6 semaines (avec un test chaque semaine pendant 2 mois ou plus, pour repérer les porteurs).

 

Sevrage précoce et isolement :

C'est chez les chatons que la prévention peut être la plus efficace : les chatons nés de chattes excrétant le FcoV sont protégés par les anticorps maternels jusqu'à 5-6 semaines. Par ailleurs, certaines chattes arrêtent d'excréter le virus après quelques semaines si elles ne sont pas ré-exposées. Dans une maison avec plusieurs chats excréteurs de FcoV , il est donc proposé d'isoler les chattes 2-3 semaines avant la mise-bas, de réaliser une quarantaine stricte pendant la lactation, et de sevrer à les chatons à 4-6 semaines. Ces derniers sont alors emmenés dans une autre maison, sans chat. (Ce qui règle peut-être le problème de la PIF, mais constitue une catastrophe pour le développement comportemental et la socialisation des chatons !)

 

Recommandations pour les élevages :

La prédisposition génétique à la PIF n'est pas complètement élucidée, mais il est recommandé de retirer de la reproduction les chats (femelles ou mâles !) pour lesquels des chatons issus de plus de deux portées ont développé une PIF.

Dans des groupes de moins de 10 chats, ou si les chats sont isolés en groupes de 3, l'infection par le FcoV finit généralement par disparaître. Une fois que la chatterie est séronégative, il faut tester les nouveaux arrivants (par sérologie et/ou PCR sur écouvillon rectal), et ne pas introduire de chat porteur de FcoV, ni en utiliser pour des saillies.

 

Recommandation pour les refuges :

La prévention est impossible car même en isolant les chats dans des cages individuelles, le FcoV est facilement transporté par les vêtements, les chaussures, ou la poussière. Une comparaison entre différents refuges a montré une corrélation entre le nombre de manipulations en dehors des cages et le pourcentage de chats séropositifs. Les chats sauvages introduits dans les refuges sont majoritairement négatifs, mais tous se positivent en quelques semaines : pratiquement 100% des chats de refuge sont infectés par le FcoV.

Le FcoV est inévitable dans un environnement multi-chats, et la PIF est une conséquence inévitable de l'endémie de FcoV.

 

Vaccination :

Le vaccin se fait par voie nasale, et provoque une immunité locale au point d'entrée du FcoV (oropharynx). On utilise un mutant du FcoV qui se multiplie à faible température (celle de l'appareil respiratoire supérieur), mais pas à la température du reste du corps.

Le vaccin est sûr : il ne provoque ni PIF, ni aggravation des symptômes par l'intermédiaire d'une augmentation du taux d'anticorps.

Son efficacité est contestée : il est inefficace sur des chats déjà séropositifs. Dans l'une des études en double-aveugle réalisée sur une population de chats séronégatifs, il y a eu une faible, mais significative, diminution du nombre de chats développant une PIF parmi les animaux vaccinés. L'inconvénient est que la plupart des chats vaccinés deviennent séropositifs, ce qui empêche tout contrôle ultérieur du FcoV. Le vaccin n'est pas disponible en France, de toute façon.

 

 

ZOONOSES

Bien que le coronavirus du SRAS (lui-même dérivant d'un virus animal) soit très proche des CCV, TGEV et FcoV, rien ne laisse penser que le FcoV puisse infecter l'Homme.

                                               

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