Connexion
Mycoplasmose (ex-hémobartonellose) et autres maladies vectorielles chez le chat

 

Tous droits réservés pour tout support. Reproduction interdite.


Deux schizontes d'Hepatozoon felis, au milieu de fibres musculaires de chat.

 

 

Points forts :

 

. L'hémobartonellose (récemment rebaptisée mycoplasmose), est la plus fréquente des maladies vectorielles du chat. Les symptômes sont dûs à une anémie. Le diagnostic se fait généralement pendant la consultation sur un simple frottis sanguin, ou par prise de sang envoyée au laboratoire pour une recherche génétique (PCR), dans les cas plus compliqués. Le traitement est généralement efficace, au moins pour faire disparaître les symptômes.

 

. Nous avons diagnostiqué plus de vingt-cinq cas d'ehrlichiose féline dans la région. Les symptômes sont peu spécifiques (abattement, anorexie…) Le diagnostic se fait sur prise de sang, et le traitement est généralement efficace.

 

. L'hépatozoonose du chat est due à un parasite (Hepatozoon felis), distinct d'Hepatozoon canis qui infecte le chien. Cette parasitose est très rare, et les chats infectés ne présentent généralement pas de symptômes liés à l'hépatozoonose. L'intérêt de cette affection est de révéler un déficit de l'immunnité, dont il faudra déterminer la cause.

 

. La piroplasmose (babésiose) est exceptionnelle chez le chat, en France.

 

. Même si vous habitez en pleine zône de leishmaniose et que votre chien l'a attrapée, pas de souci pour votre chat : jusqu'en 2007, seulement trente-cinq cas de leishmaniose féline avaient été décrits dans le monde. Si votre chat l'attrapait… ce ne serait vraiment pas de chance !


. La dirofilariose est rare, mais pas exceptionnelle chez le chat, puisque celui-ci est 5 à 20 fois moins souvent touché que le chien, dans une région donnée (et dans certaines régions, beaucoup de chiens sont touchés !) Le parasite est plutôt bien supporté par le chat, mais autant éviter que ce dernier l'attrape, en mettant en place une prévention simple, lorsque l'on amène son chat dans une zône à risque (ce qui n'est pas le cas des environs proches de Calvisson ou de Sommières).






 

Contrairement au chien, chez qui piroplasmose, leishmaniose, ehrlichiose… sont des maladies répandues, le chat (tant mieux pour lui !), semble peu réceptif aux maladies vectorielles transmises par les tiques, puces, et autres "moustiques".

 

L'hémobartonellose, depuis peu rebaptisée mycoplasmose (le progrès fait rage), mérite d'être détaillée. L'ehrlichiose est plus rare, mais nous en avons tout de même rencontré plus de vingt-cinq cas. Hépatozoonose, anaplasmose, piroplasmose, leishmaniose, dirofilariose… sont beaucoup plus confidentielles, au moins dans notre région.

 

 

LA MYCOPLASMOSE (EX-HÉMOBARTONELLOSE)

 

L’agent infectieux anciennement appelé Haemobartonella felis est une bactérie gram-négatif polymorphe (de forme tantôt ronde, en anneau ou en batonnet), que l’on observe à la surface des globules rouges du chat. Sa classification a été récemment modifiée, au vu de sa séquence génétique. Les petites formes d’H. felis s’appellent maintenant Mycoplasma haemominutum, et les grandes formes, généralement plus pathogènes, ont pris le nom de Mycoplasma haemofelis.

 

Les chats mâles, vivant à l’extérieur, seraient plus souvent infectés. On pense que les mycoplasmes sont transmis de chat à chat lors de piqûres d’insectes, (puces, moustiques, tiques…), et par morsure ou griffure lors des bagarres, sans que ce cela soit formellement démontré. Une transmission de la chatte au chaton est probable, mais son mécanisme est inconnu. Expérimentalement, le sang infecté transmet le mycoplasme par voie intra-veineuse, (donc par transfusion sanguine), et par voie orale (d'où le rôle possible des bagarres). Un stress ou une maladie intercurrente, (infection par les virus FeLV ou FIV notamment), favorisent le développement de la maladie, mais ne sont pas indispensables : la mycoplasmose ne peut pas être considérée comme une simple infection opportuniste. Plusieurs auteurs rapportent cependant des pourcentages élevés, (supérieurs à 40 %), de chats infectés à la fois par un mycoplasme et par le FeLV et/ou le FIV. Dans notre expérience personnelle, les chats que nous avons trouvés infectés par des mycoplasmes dans les environs de Sommières et de Calvisson, étaient pratiquement toujours négatifs pour le FeLV et le FIV.

 

Le taux de mycoplasmes dans le sang évolue de façon cyclique, inversement à la quantité de globules rouges. Les micro-organismes peuvent parfois disparaître du sang en moins de deux heures. Lorsque les mycoplasmes adhèrent à la surface d’un globule rouge, ils provoquent des lésions de sa membrane, augmentant sa fragilité, et exposant des antigènes membranaires : ceci provoque une anémie, par destruction directe, par des mécanismes immunitaires, et par séquestration des globules rouges infectés.

 

L’incubation (période entre l'infection et l'apparition des bactéries dans le sang) dure de 2 à 21 jours dans les conditions expérimentales. Les signes cliniques, peu spécifiques, sont l’abattement, l’anorexie, l’amaigrissement, des muqueuses pâles et parfois ictériques (jaunisse), des vomissements, de la fièvre, et une augmentation de taille de la rate.

 

     

Pâleur des muqueuses (conjonctives oculaires et corps clignotant) et de la peau (ici au niveau de l'oreille) (photos ci-dessus) et ictère (jaunisse), visible au niveau des muqueuses oculaires et buccales (photos ci-dessous), chez deux chats infectés par Mycoplasma haemofelis. Les deux chats ont bien répondu au traitement.

   

 

Parmi les signes biologiques observés, on note une anémie souvent régénérative (mais pas toujours, notamment dans les tout premiers jours de l’anémie, et en cas de co-infection par le FeLV). On peut observer des macrophages "mangeant" des globules rouges, et le test de Coombs (qui marque une destruction des globules rouges d'origine immunitaire), est souvent positif. Les mycoplasmes sont visibles à la surface des globules rouges sous la forme de coques, de bâtonnets ou d’anneaux mesurant 0,5 à 1 µm en moyenne, mais la bactérie n’est présente dans le sang que de façon cyclique, moins de 50 % du temps.

 

   

Photo de gauche : nombreux mycoplasmes, en forme de coques ou de bâtonnets, à la surface de la plupart des hématies. Photo de droite : globules rouges de formes, tailles et couleurs variées, (certains couverts de mycoplasmes), témoignant de la destruction et de la régénération des globules rouges. Phagocytose d’un globule rouge infesté (à droite).  

 

Le diagnostic se fait par simple examen d’un frottis sanguin, ou par identification génétique (PCR). La reconnaissance des mycoplasmes sur frottis sanguin est rendue difficile par le caractère cyclique de la bactériémie, et par la difficulté de distinguer les mycoplasmes d’un certain nombre d'autres granulations qui peuvent être présentes à la surface des globules rouges : débris de noyau, grain d'hémoglobine, résidu de colorant…

La PCR (Polymérase Chain Reaction) est une technique de diagnostic génétique très sensible : des mycoplasmes sont trouvés chez 14,5 % des chats témoins, sans aucun symptôme. La PCR permet aussi de distinguer Mycoplasma haemominutum (moins méchante) de Mycoplasma haemofelis (plus méchante), et de les quantifier : on peut ainsi déterminer si les symptômes du chat sont probablement dûs à la présence des mycoplasmes (M. haemofelis en grande quantité), ou s'il faut chercher autre chose (M. haemominutum en faible nombre). La PCR permet enfin de vérifier la disparition des bactéries après traitement. 

 

        

Photo de gauche : nombreux mycoplasmes en forme de coques ou d’anneaux, sur des globules rouges de chat. Photo de droite : nombreux granules d’hémoglobine, pouvant ressembler à des mycoplasmes, dans les globules rouges d’un chat infecté par le FeLV. L'aspect régénératif des globules rouges évoque aussi une mycoplasmose féline.

 

Le traitement, justement, fait appel à la doxycycline , éventuellement à l’enrofloxacine. Les chats traités par l’une de ces deux molécules guérissent plus rapidement que les témoins non traités, et dans notre expérience, la guérison clinique est habituellement définitive. Les mycoplasmes disparaissent généralement du frottis sanguin dès le début du traitement. La PCR peut rester positive pendant le traitement, et si elle se négative, elle redevient généralement positive 3 à 35 jours après la fin des antibiotiques. Le pronostic clinique est donc bon en l’absence de maladie intercurrente, (infection par le FeLV ou le FIV, notamment). En revanche, le pronostic bactériologique est réservé, avec persistance fréquente de l’agent infectieux en dépit du traitement, et risque théorique de rechute (encore une fois, nous l'avons rarement - voire jamais - observé). En dehors du traitement antibiotique, transfusion, corticoïdes (pour l’anémie hémolytique à médiation immune), et différents médicaments adjuvants, peuvent être utilisés selon les symptômes.

 

 

L'EHRLICHIOSE ET L'ANAPLASMOSE

 

L’infection du chat par des Ehrlichia ou Anaplasma a été reconnue récemment, puisque le premier cas suspecté a été décrit par Charpentier et Groulade en 1986. Les études sérologiques, puis génétiques, ont montré que trois "Ehrlichiae" peuvent infecter le chat dans les conditions naturelles : Ehrlichia canis qui infecte les lymphocytes et les monocytes, et que l'on rencontre dans notre région (transmission probable par la tique Rhipicephalus sanguineus), Anaplasma phagocytophilum, qui infecte les granulocytes et que l'on rencontre un peu plus au nord, (transmission par la tique Ixodes ricinus, qui vit au nord de la bordure méditerranéenne), et Neorickettsia risticii, essentiellement décrite en Amérique du nord.

 

              

Ci-dessus à gauche : inclusion ressemblant à une morula, dans une cellule mononucléée chez un chat très séropositif pour Ehrlichia canis. Photo de droite : morula d'Anaplasma phagocytophilum (Pr Egenvall, que nous remercions).

 

Une revue a regroupé trente et un cas publiés dans la littérature : les signes cliniques observés étaient la fièvre, l'anorexie, l'abattement, une perte de poids, des douleurs (notamment articulaires et cervicales), une pâleur des muqueuses, et plus rarement des difficultés respiratoires, et une rate de taille augmentée. L'anémie et l'hyperglobulinémie étaient les anomalies biologiques les plus souvent rencontrées. Le diagnostic s'appuyait sur une sérologie positive ou sur la présence de morulas dans les globules blancs du sang (morula = inclusion en forme de mûre, constituée d'un amas de parasites), sur une clinique et des examens complémentaires compatibles avec une infection par une Ehrlichia, sur l'exclusion des autres causes possibles, et sur la réponse à un traitement habituellement actif sur les rickettsies. 28 des 31 chats ont répondu à un traitement par la doxycycline et/ou l'imidocarb dipropionate (deux injections à 14 jours d'intervalle).

 

Dans les environs de Sommières et de Calvisson, nous avons observé 24 cas d'ehrlichiose féline entre 1994 et 2000. (Entre 2000 et 2005, nous n'avons plus observé que deux cas, cette diminution étant commune à toutes les maladies transmises par les tiques dans la région, chez le chat comme chez le chien). 21/24 étaient négatifs pour le FeLV, et 13 étaient indemnes de toute maladie intercurrente. Les principaux symptômes observés chez ces 13 chats étaient l'anorexie et l'abattement dans presque tous les cas, l'amaigrissement et une fièvre > 40 °C chez la moitié d'entre eux, plus rarement des signes digestifs, respiratoires, et des douleurs articulaires. Les signes biologiques les plus fréquents étaient la présence d'inclusions cytoplasmiques dans les lymphocytes sur le frottis sanguin (photos ci-dessous), une baisse des plaquettes sanguines, et une augmentation des taux de protéines et de globulines. Le diagnostic de suspicion était fondé sur la clinique, et sur la présence d’inclusions cytoplasmiques - rarement de morulas - dans les cellules mononucléées (photos ci-dessous), mais ces inclusions n’étaient présentes que chez 13 de nos 24 chats (54 %). Par ailleurs, rien ne permettait d’affirmer que ces inclusions soient constituées d’Ehrlichia, et ne soient pas seulement une réaction des cellules à une infection chronique. Le critère de sélection pour les 24 cas a été une sérologie positive pour Ehrlichia canis. La PCR nous donne aujourd'hui un diagnostic de certitude, et permet en outre d'identifier l'espèce d'Ehrlichia en cause : du sang prélevé sur deux chats ehrlichiens des environs de Sommières a été envoyé au service du Pr Breitschwerdt, (Intracellular Pathogens Laboratory, North Carolina State University, USA), pour identification génétique. La séquence obtenue chez les deux chats a été identique à 100% à celle d’une souche vénézuellienne d'Ehrlichia canis, et semblable à 99% à deux souches nord-américaines d'Ehrlichia canis : il semble donc bien que ce soit l'Ehrlichia du chien (ou une bactérie extrèmement proche), qui infecte le chat, dans notre région.

 

      

Inclusions dans le cytoplasme de cellules mononucléées, chez deux chats infectés par Ehrlichia canis. Les deux chats ont bien répondu au traitement.

 

Les 24 chats ont été traités par la doxycycline, et plus rarement par l'enrofloxacine, l'arrêt du traitement étant décidé en fonction de l'évolution de la sérologie, de l'électrophorèse des protéines, et/ou de la PCR. L'évolution clinique a été généralement bonne lorsque le chat n'était pas porteur d'une autre maladie grave. En revanche, la sérologie et/ou la PCR sont restées positives après plusieurs mois de traitement, chez 8 chats sur 13 qui ont pu être suivis à long terme, montrant ainsi la persistance de l'Ehrlichia en dépit d'un traitement long. Si le pronostic clinique est bon, le pronostic bactériologique de l'ehrlichiose féline apparaît donc réservé.

 

L’ehrlichiose féline est donc une infection rare, mais à laquelle il faut penser devant un chat présentant des signes de maladie générale sans cause évidente, (notamment avec une recherche négative pour le FeLV et le FIV), et ne répondant pas à un traitement par un antibiotique autre que la doxycycline ou l’enrofloxacine. Les inclusions cytoplasmiques lymphocytaires constituent un signe d’appel intéressant. Le diagnostic est obtenu par sérologie, ou mieux, par PCR.

 

 

L'HÉPATOZOONOSE

 

Les Hepatozoon sont de "gros" parasites, que l'on observe dans certaines cellules du sang (les polynucléaires neutrophiles). On retrouve le parasite sous une autre forme (les schizontes) à l'intérieur des muscles, y compris du muscle cardiaque (photos ci-dessous). Hepatozoon canis infecte le chien, lorsque celui-ci mange une tique porteuse du parasite. Il est probable que le même mode de contamination existe (entre autres) chez le chat. 

 

  

Photo de gauche : Hepatozoon felis (à droite) dans un polunucléaire de chat ; dans la partie gauche : deux polynucléaires à cytoplasme toxique, ou nuageux. Photo de droite : deux schizontes d'Hepatozoon felis dans des fibres musculaires de chat.

 

Au fil des années, nous avons diagnostiqué plus de 120 cas d'hépatozoonose chez le chien dans les environs de Sommières et de Calvisson, contre trois seulement chez le chat. Ces trois chats souffraient tous d'un sévère déficit de l'immunité dû à une infection par le FeLV, par le FIV, et/ou à un traitement de chimiothérapie pour un lymphome. Les Hepatozoon mis en évidence chez ces trois chats étaient très peu nombreux sur les frottis sanguins, et ne ressemblaient pas à l'Hepatozoon canis du chien : forme en haricot, capsule moins visible, cytoplasme granuleux… (photos ci-dessous). À ces différences morphologiques se sont récemment ajoutées des différences génétiques, qui ont conduit à créer pour l'Hepatozoon du chat l'espèce Hepatozoon felis, différente d'Hepatozoon canis. Les Hepatozoon d'un chat vivant à proximité de Sommières ont été identifiés génétiquement comme étant des Hepatozoon felis, quasiment identiques (99 %) aux Hepatozoon trouvés chez des chats en Espagne et en Israël (Pr Gad Baneth, School of Veterinary Medicine, Hebrew University, Rehovot, Israel).

 

 

 

La doxycycline semble présenter une certaine efficacité pour traiter Hepatozoon felis, mais tout le monde s'accorde à penser que ce parasite ne provoque pas de maladie chez le chat… d'où l'intérêt relatif du traitement. En revanche, comme il semble s'installer à la faveur d'un déficit de l'immunité, sa découverte chez un chat incite à rechercher une maladie plus "sérieuse", comme le FeLV, le FIV, ou une tumeur, par exemple.

 

 

LA BABESIOSE FÉLINE

 

Différentes espèces de Babesia peuvent être responsables de l’infection chez le chat : le plus souvent, il s’agit de piroplasmes de petite taille (Babesia gibsoni, Babesia annae), mais il est probable que certains cas soient dûs au piroplasme du chien, Babesia canis. Les cas de babésiose féline sont exceptionnels en France, et nous n'en avons jamais rencontré dans les environs de Sommières et de Calvisson.

Les symptômes sont l’abattement, l’anorexie, une fièvre, la pâleur des muqueuses, et une rate de taille augmentée. Le traitement n'est pas toujours efficace.

 

 

LA LEISHMANIOSE FELINE

 

Les cas de leishmaniose féline sont rares, et se rencontrent dans les zônes où la leishmaniose canine est fortement établie. Dans ces régions, il semble que 10 à 60% des chats soient séropositifs pour la leishmaniose… mais cette séropositivité n’est que transitoire, et le plus souvent, les chats ne présentent pas de symptôme. Il s’agit essentiellement de chats adultes, vivant à l’extérieur.

 

Comme chez le chien, la transmission se fait par piqûre d'un "moucheron" : le phlébotome. Les autres types de contamination ne sont pas démontrés.

35 cas de leishmaniose féline étaient décrits dans la littérature mondiale en 2007 : c'est dire si les cas sont rares, par rapport à ce que l'on observe chez le chien ! Les principaux symptômes étaient des lésions cutanées au niveau de la tête (ulcères et nodules sur la face, notamment les oreilles, et à proximité de la truffe, des paupières et des lèvres), les signes généraux étant moins fréquents (abattement, baisse d’appétit, amaigrissement, ganglions de taille augmentée).

 

Le diagnostic se fait par mise en évidence directe, sous le microscope, des leishmanies, sur le calque d’une lésion cutanée (photo de droite). Une recherche génétique (PCR) peut aussi être réalisée sur une biopsie de lésion cutanée, ou sur un prélèvement de moelle osseuse. Comme nous l’avons vu plus haut, il y a tellement de chats positifs en sérologie, qui ne présentent aucun symptôme et ne développeront jamais la maladie, que ce mode de diagnostic est peu utile.

 

Aucun traitement n’est clairement établi.

Les produits les plus efficaces pour la prévention de la leishmaniose chez le chien (pyréthrinoïdes) ne sont pas utilisables, car très toxiques pour le chat. On se contentera donc des produits (notamment en spot-on) utilisés pour lutter contre les puces et les tiques, qui assureront toujours une certaine protection du chat contre les phlébotomes…

 

 

LA DIROFILARIOSE FELINE

 

Dirofilaria immitis est un ver transmis par piqûre de moustique, et qui vit dans le cœur droit et les artères pulmonaires des chiens – occasionnellement des chats. En France métropolitaine, le parasite n’est présent que dans des zônes très localisées : Camargue, pourtour de l’étang de Berre, Corse…

 

Comme pour les autres maladies vectorielles, les chats sont moins réceptifs que les chiens à la dirofilariose : on estime que  dans une région donnée, le taux d’infestation des chats représente 5 à 20 % de celui des chiens (5 à 20 fois moins de chats infestés que de chiens, dans une région donnée).

 

Chez le chien, la plupart des jeunes vers deviennent des adultes qui vivront 5 à 7 ans. Chez le chat, la plupart des jeunes vers meurent, et seule une minorité devient adulte et vivra entre 2 à 4 ans.

 

Le diagnostic est difficile : chez le chien, on repère souvent les microfilaires (les larves des filaires adultes), sur un simple frottis sanguin (illustration ici !) Chez le chat, vu qu’il n’y a souvent qu’une seule filaire adulte dans le cœur, parfois deux (qui peuvent être de même sexe), la production de larves est forcément aléatoire ! De plus, ces microfilaires ne persistent généralement qu’un ou deux mois dans l’organisme, avant d’être éliminées par le système immunitaire du chat. Nous avons tout de même réussi à trouver une fois des microfilaires chez un chat, qui plus est dans ses urines ! (Urines contaminées par du sang - le chat souffrant de cystite - ce qui a probablement permis aux microfilaires d'arriver là).

(photo ci-dessus : outre la partie antérieure de la microfilaire, on observe sur cette photo de nombreux bacilles… et un spermatozoïde de chat, qui prouvent que c'est bien dans les urines d'un chat que cette microfilaire prenait son bain !)

La sérologie donnant elle aussi des résultats aléatoires, l’échographie semble le moyen de diagnostic le plus sensible pour détecter les filaires adultes dans les artères pulmonaires du chat.

 

Un traitement visant à éliminer les vers adultes n’ayant pas montré sa capacité à augmenter la durée de vie des chats infestés, les traitements ne visent qu’à améliorer les symptômes (notamment respiratoires)… lorsqu’il y en a !

 

La prévention est importante pour les chats vivant (ou voyageant) dans les zônes à risque, inutile en dehors. On pourra utiliser la milbémycine en comprimés, prescrite par ailleurs comme vermifuge, ou des produits en spot-on utilisés comme insecticides (sélamectine et moxidectine), dont on peut, en outre,  penser qu’ils auront toujours un certain effet répulsif sur le moustique. La prévention de la dirofilariose ne présente pas d'intérêt dans les environs de Calvisson ou de Villevieille. En revanche, elle est conseillée si l'on amène son chat en Camargue, autour de l'étang de Berre, en Corse… et dans certaines régions d'Espagne, d'Italie, ou des DOM : n'hésitez pas à nous demander conseil.

 

 

© Copyright texte, photos et logo : SCP Vétérinaires Beaufils, Jumelle, Jannot, Lorant (excepté la photo du Pr Egenvall). Tous droits réservés pour tout support. Reproduction interdite.