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L'empoisonnement (intoxication) par les convulsivants

 

 

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Points forts :


. Avec les coumariniques (mort aux rats), les convulsivants constituent la cause d'empoisonnement (accidentelle ou criminelle) la plus fréquente, chez les chiens et les chats.


. Les toxiques convulsivants les plus fréquents sont des produits destinés à tuer des "nuisibles" ou des mollusques (strychnine, métaldéhyde, crimidine…), ou des insecticides mal utilisés (pyréthrinoïdes pour chiens administrés à des chats).


. Si vous pensez que votre chat a ingéré un poison convulsivant (ou tout autre type de poison, d'ailleurs), amenez-le rapidement chez votre vétérinaire, APRÈS AVOIR TÉLÉPHONÉ POUR PRÉVENIR DE VOTRE ARRIVÉE ! (quand chaque minute compte, il est tout de même dommage d'arriver devant un portail fermé, ou chez un vétérinaire parti en visite à domicile…) Et n'oubliez pas d'apporter l'emballage du poison, si vous en disposez.


. Il est important de savoir reconnaître les symptômes d'un empoisonnement par un toxique convulsivant afin, là aussi, de réagir rapidement et de prévenir votre vétérinaire que vous allez arriver avec un animal empoisonné.


. Si votre chat vient tout juste de manger l'appât empoisonné, votre vétérinaire le fera vomir. Si les convulsions ont commencé, le chat sera placé sous perfusion, recevra des médicaments destinés à arrêter les convulsions, et subira éventuellement un lavage gastrique. Le pronostic est alors plus réservé.






QU'EST-CE QU'UN POISON CONVULSIVANT ?

 

On appelle poisons (ou toxiques) convulsivants, les poisons qui provoquent… des convulsions. Il s'agit essentiellement de la strychnine, du métaldéhyde, de la crimidine, des organophosphorés et des carbamates, et des pyréthrynoïdes.

 

La strychnine est un alcaloïde obtenu à partir d'un arbre indien (Strychnos nux-vomica). Elle était utilisée sous forme d'appâts pour la destruction des renards avant 1982 (lutte contre la rage), puis des taupes jusqu'en 2000. Depuis, elle est interdite… mais des stocks subsistent. 

 

Le métaldéhyde est un "tue-limaces" (et autres mollusques), qui se présente sous forme de granulés, souvent (mais pas toujours) de couleur bleue, ou d'appâts carrés, très appétissants pour les chiens et les chats.

 

La crimidine est généralement utilisée comme "souricide", sur des céréales souvent (pas toujours) colorées en rose.

 

Les organophosphorés et les carbamates, regroupés sous l'appellation d'inhibiteurs de la cholinestérase du fait de leur mode d'action commun, se retrouvent dans des insecticides agricoles ou de jardin, des anti-limaces et escargots, et des médicaments vétérinaires (antiparasitaires externes).

 

Les pyréthrynoïdes (perméthrine) sont des antiparasitaires courants et bien supportés chez le chien, mais très toxiques si on les applique par erreur sur un chat. Il est important de regarder l'emballage avant d'acheter un produit anti-puces et de l'appliquer sur votre chat (photo ci-dessus). Il est tout de même dommage de tuer son chat en lui mettant sur le dos quelques gouttes d'un produit anti-puces inadapté ! et cela arrive plus souvent qu'on ne croit…

 

 

Notons que les empoisonnements par les convulsivants sont souvent accidentels (si le chat découvre les appâts destinés aux limaces), mais ils peuvent aussi être dus à la malveillance.

 

 

ET QU'EST-CE QUE çA FAIT, CHEZ LE CHAT ?

 

À quelques variations près, tous les animaux empoisonnés par les convulsivants présentent à peu près les mêmes symptômes : dans un premier temps, on n'observe que des tressautements (trémulations, clonies) : c'est particulièrement visible sur la face et les oreilles. Dans l'intoxication par la strychnine, l'animal sursaute violemment en cas de surprise, par exemple si l'on claque des mains derrière son dos (hyperesthésie). Au fil des minutes, les contractions se font de plus en plus violentes, jusqu'à en arriver à de véritables convulsions : convulsions toniques par contraction des muscles extenseurs (le chat est couché sur le côté, tout raide, la tête rejetée en arrière), ou cloniques (le chat tremble et pédale des quatre membres). À ce stade, il n'est généralement plus conscient - sauf exceptions (cas de la strychnine). La mort, due à l'asphyxie et à l'épuisement, suit généralement après un délai variable, en fonction de la quantité de poison absorbée, du type de poison, de la réplétion du tube digestif… Les chats qui ont eu la "chance" d'absorber une faible quantité de poison peuvent se réveiller spontanément, après quelques heures ou jours passés à convulser… mais ce cas de figure est rare !

 

 

Vidéo ci-dessus : clonies touchant essentiellement la tête chez Avril, chat de un an, empoisonné par un toxique convulsivant. Le chat est déjà sous perfusion, la vidéo a été prise après injection de l'antidote, juste avant que celui-ci commence à faire effet. Les convulsions semblaient terminées le soir… mais ont repris le lendemain ! après de nouvelles perfusions et injections d'antidote, Avril s'est trouvé définitivement tiré d'affaire, 48 heures après son admission (photo plus bas).

 

Il est théoriquement possible de distinguer les différents types d'empoisonnement en fonction de la nature des convulsions (discontinues avec la strychnine ou la crimidine, continues avec le métaldéhyde ou les carbamates), ou des autres signes associés (salivation avec le métaldéhyde, diarrhée avec les carbamates…), mais dans la pratique… rien ne ressemble plus à un chat qui convulse qu'un autre chat qui convulse !

Si l'on veut mettre un nom sur le produit en cause, il faudra donc faire des analyses. Cela présente rarement un intérêt clinique : le temps que les prélèvements arrivent au laboratoire et que les résultats reviennent, le chien est généralement guéri… ou décédé. L'intérêt de ce type d'analyse est donc essentiellement de prouver l'existence de l'empoisonnement, en cas de dépot de plainte. Il faut espérer ne jamais avoir besoin de demander cette identification d'un poison convulsivant, car les prélèvements se font généralement lors d'une autopsie (contenu de l'estomac, foie, rein…), sauf dans les cas où l'on a pu récupérer du poison en faisant vomir l'animal.

 

Détail important : un certain nombre de maladies provoquent des convulsions et pouraient faire penser à une intoxication par un convulsivant, au premier rang desquelles on peut citer l'épilepsie (peu fréquente chez le chat, au demeurant). La distinction est facile à faire : une crise d'épilepsie ne dure que deux ou trois minutes, et le temps que vous appeliez votre vétérinaire, la crise est finie et le chat est en train de se relever. Pour les autres maladies pouvant s'accompagner de convulsions, (méningite, tumeur cérébrale…), l'évolution, les autres symptômes et le contexte, permettent généralement de faire la différence.

 

 

ALORS, QU'EST-CE QU'IL FAUT FAIRE ?

 

Deux cas de figure possibles : vous venez de voir votre matou se régaler avec un appât empoisonné (ou quelque chose qui y ressemble), et il va encore bien, ou bien l'empoisonnement a déjà commencé.

 

1 - Il a mangé du poison !

 

Premier cas de figure : vous trouvez éventré l'emballage de poison "anti-nuisibles" que vous stockez dans le garage, et votre chien vous regarde innocemment, couché au milieu des morceaux de carton déchiquetés. Ou bien vous suprenez votre chat en train de se lécher voluptueusement les babines, entre les plants de tomate où vous avez disposé du tue-limaces supposé être répulsif. Pas une minute à perdre : téléphonez à votre vétérinaire pour lui exposer la situation, puis prenez votre animal sous le bras, (prenez aussi l'emballage du poison !), et amenez-le sans délai. Votre vétérinaire lui fera une injection, qui le fera vomir dans la plupart des cas. Si le poison est encore dans l'estomac, il partira avec le vomi, et le problème sera réglé à moindres frais. Notons que ces conseils sont valables quel que soit le type de poison, (y compris pour la mort aux rats aux effets anti-coagulants), la seule exception étant constituée par les produits agressifs pour les tissus (acides, soude caustique), qui lèseraient l'œsophage une première fois lors de l'absorption, et une deuxième fois lors du vomissement.

 

Attention, ne croyez pas que votre animal ait pu éventrer un carton de poison, et ne pas y toucher : soit parce que le fabricant a écrit en gros sur la boîte que son produit est répulsif pour les chiens et les chats, soit parce que vous pensez que jamais votre chaton, si délicat avec la nourriture, ne pourrait avaler ces tablettes bleues ou ces grains de blé rose. Détrompez-vous ! nous avons déjà fait vomir un chien retrouvé par ses propriétaires à côté d'un sac éventré de blé empoisonné… et le chien a vomi un bon kilo de blé ! qui aurait pu croire qu'un chien mange un kilo de blé ? eh bien si… un chien mange sans problème un kilo de blé.

 

Dans le cas particulier d'un empoisonnement par voie cutanée (pyréthrynoïde pour chien, en pipette, administré à un chat), il faut laver énergiquement la zône d'application avec du savon de Marseille ou du liquide vaisselle, à l’eau tiède, puis bien sécher l’animal, car le froid renforce la toxicité des pyréthrines. Et amener rapidement le chat chez votre vétérinaire.

 

2 - ça y est, il convulse déjà !

 

Deuxième cas, de figure : l'empoisonnement a commencé. Le premier point important est de savoir reconnaître qu'il s'agit d'un l'empoisonnement, notamment dans ses premiers stades : ne pas se dire que le chat est bizarre aujourd'hui, qu'il fait de petits sauts et que ses oreilles bougent bizarrement, que si ça continue comme ça, demain, on l'amènera chez le vétérinaire. Regardez bien le film ci-dessus, et si votre chat ou votre chien fait quelque chose d'analogue, téléphonez à votre vétérinaire, et courez !!! à ce stade, l'animal est conscient, on peut encore le faire vomir, et les chances de le sortir de là sont meilleures.

S'il est couché sur le côté, la tête en arrière, et pédale, il faut courir encore plus vite.

Attention ! Toujours penser à téléphoner avant ! il vaut mieux "perdre" trois minutes pour téléphoner et savoir qu'une équipe est prête à vous accueillir, plutôt que d'arriver à l'improviste alors que votre vétérinaire est en train d'opérer et ne peut pas se libérer, ou pire, arriver le soir ou le dimanche devant un portail fermé, et partir alors à la recherche d'un vétérinaire de garde, avec le chat qui convulse sur le siège arrière de la voiture.

(Photos ci-dessus : Empoisonnement par un convulsivant chez un chat de cinq ans : les pattes sont raides, la tête rejetée en arrière, le chat convulse et bave. Sur la photo de gauche, le chat vient de recevoir la première injection d'antidote, mais l'importance des convulsions n'a pas encore permis la pose d'un cathéter. Sur la photo de droite, le cathéter est posé sur l'avant-bras droit, mais les consulsions continuent malgré des injections répétées. L'intoxication durera dix-huit heures, et le chat pourra rentrer chez lui en pleine forme, le lendemain soir).

 

 

ET COMMENT çA SE TRAITE ?

 

Comme on l'a vu plus haut, la première mesure consiste à éliminer le poison… si c'est encore possible. Au mieux, on fait vomir l'animal : chez le chien, on utilise un produit vomitif ; chez le chat, on utilise un tranquillisant qui a le double avantage de faire vomir, et d'arrêter les convulsions. Au pire, si l'animal n'est plus conscient, on pratique un lavage d'estomac. Si le chien ou le chat vomit et qu'il n'y a pas de poison dans ce vomi, c'est que le poison est déjà parti dans l'intestin, et là, le lavage d'estomac ne servira à rien. On pourra toujours faire avaler du charbon activé à la sonde gastrique, pour qu'une partie du poison soit "adsorbée" sur le charbon, et éliminée avant d'être absorbée par l'organisme… mais la plupart du poison sera malheureusement bel et bien absorbée, et il n'y aura plus alors qu'à attendre qu'il s'élimine avec les selles.

 

Si l'animal est déjà en train de convulser, on n'en est plus alors à essayer d'éliminer le poison : il s'est, de toute façon, déjà répandu dans l'organisme, et l'urgence est alors d'éviter le décès du chien ou du chat, qui peut survenir à tout moment. On pose alors un cathéter pour disposer en permanence d'une voie veineuse, (pas toujours facile sur un animal qui fait des sauts de carpe à cause du poison), et l'on injecte un produit qui vise à arrêter les convulsions (généralement un anesthésique ou un sédatif). Ensuite, on surveille (on ne sait jamais à quel moment les convulsions vont reprendre, et il faut être prêt à réinjecter du produit), on réchauffe, on reéquilibre par des perfusions, etc. Lorsque l'animal, après une demi-journée ou une semaine (!), commence à reprendre conscience sans se remettre à convulser, c'est que l'intoxication est terminée.

 

Mais attention, quel que soit l'état de l'animal à son arrivée à la clinique, il ne faut jamais penser que c'est gagné, avant d'observer un retour complet à la normale : nous avons vu des chiens ou des chats qui semblaient peu atteints, et qui sont morts une heure plus tard en dépit de soins intensifs, et d'autres qui sont arrivés en très mauvais état, après de longues heures de convulsions, qui sont restés près d'une semaine sous anesthésie, inconscients et en hypothermie, et qui se sont réveillés sans problème à la fin ! Devant un empoisonnement par un convulsivant, il est raisonnable de considérer que l'animal a une chance sur deux de s'en sortir. Précision importante : s'il s'en sort, c'est sans séquelle dans la quasi totalité des cas. Dans une intoxication par un convulsivant, on en meurt ou on s'en sort : il n'y a pas de demi-mesure ! (Photo ci-dessus : Avril, que l'on a vu plus haut sur la vidéo, au début de son empoisonnement : 48 heures plus tard, le chat va bien, l'intoxication est terminée).

 

 

Liens utiles :

- Centre anti-poison vétérinaire (CNITV)

- Toxivet

 

 

© Copyright texte, logo, vidéo et photos : SCP Vétérinaires Beaufils, Jumelle, Jannot, Lorant

 

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