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Dermatologie

 

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                Le chien et la puce

 

 

Points forts :

 

. Dermatologie du chien et dermatologie du chat (sans oublier les NAC), représentent un fort pourcentage des consultations dans les cliniques vétérinaires de Calvisson et de Villevieille

 

. L'infestation par les puces est la première cause de dermite chez les chiens et les chats. Le diagnostic est le plus souvent évident, mais les puces ou leurs déjections sont parfois difficiles à mettre en évidence… et le traitement n'est pas toujours facile chez un animal qui sort, ou dans une maison avec beaucoup d'animaux.

 

. Lorsque la cause est moins évidente, une démarche rigoureuse devra être suivie avant de parvenir au diagnostic : recueil des commémoratifs, examen clinique, et un certain nombre d'examens complémentaires.

 

. Les traitements peuvent conduire à une guérison définitive (pour la plupart des dermites parasitaires, par exemple), ou permettront seulement de "gérer" la maladie, dans le cas d'une allergie ou d'une maladie auto-immune.

 

 

 

 

 

 

 

La dermatologie représente un fort pourcentage des consultations chez le chien et le chat, et plus encore chez les lapins et rongeurs de compagnie. Cet article n'a pas la prétention de décrire toutes les affections rencontrées en dermatologie vétérinaire, mais de présenter la démarche suivie dans les cliniques de Calvisson et de Villevieille devant un animal souffrant d'un problème de peau, ainsi que les principaux examens complémentaires que nous réalisons sur place ; le tout illustré d'exemples, choisis parmi les cas que nous avons rencontrés ces dernières années.

 

 

LE RECUEIL DES COMMÉMORATIFS

 

Pas de bonne consultation de dermatologie sans un recueil des commémoratifs précis : depuis combien de temps le problème a-t-il commencé ? d'autres animaux (ou humains) en contact avec le patient ont-ils été atteints ? l'animal a-t-il voyagé ? est-ce le premier épisode de dermite, ou les symptômes reviennent-ils régulièrement ? l'animal se gratte-t-il ou pas ? y a-t-il déjà eu des traitements et quelle a été leur efficacité ?

 

 

Deux exemples de prurit : à gauche, dermite par hypersensibilité à la salive de puces chez une chatte. À droite, maladie à médiation immune (pemphigus), chez une chienne.

 

 

L'EXAMEN CLINIQUE

 

La consultation se poursuit par l'examen clinique. Les lésions cutanées sont évidemment
observées en premier : on recherche les lésions primaires, directement induites par l'affection cutanée (rougeur, pustules, nodules…) et secondaires, dues à l'évolution d'une lésion primaire (squames, croûtes…), ou à l'action de facteurs externes (lésions de grattage, par exemple). La répartition des lésions sur le corps de l'animal est notée : ligne du dos et face arrière des cuisses dans les infestations par les puces (photos ci-dessous, et d'autres exemples chez le chien et le chat en suivant ces liens) ; face et extrémités des membres dans l'atopie (voir exemples plus loin) ; jonction peau-muqueuses dans certaines maladies immunitaires. Un certain nombre de parasites externes (puces, tiques, aoûtats…), peuvent éventuellement être observés. La recherche des puces (photo de droite) ou de leurs déjections est particulièrement importante, cet insecte étant responsable d'un fort pourcentage des maladies de peau du chien et du chat. Le reste de l'examen clinique n'est pas négligé : une température élevée, de gros ganglions, une masse palpable dans l'abdomen… peuvent orienter le diagnostic vers telle ou telle affection dermatologique, voire même vers une maladie générale, dont la dermite n'aura été que la partie la plus visible.

 

         

Aspect et localisation typiques des lésions dues aux piqûres de puces chez une chienne labrador : dans ce cas, l'examen clinique est suffisant pour établir le diagnostic.

 

 

LES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES

 

Le recueil de commémoratifs et l'examen clinique étant terminés, le vétérinaire est à même de formuler un certain nombre d'hypothèses : origine parasitaire, allergique, infectieuse, hormonale… Ce sont maintenant les examens complémentaires qui vont permettre de trancher (dans la plupart des cas), entre ces différentes hypothèses. La réalisation de ces examens complémentaires nécessitera parfois l'hospitalisation de votre compagnon pour quelques heures, parfois aussi une sédation, voire une anesthésie s'il s'agit d'examens un tant soit peu douloureux, ou qui demandent une certaine immobilité (intra-dermo réactions, biopsies…). La plupart de ces examens seront lus et interprétés à l'intérieur de la clinique, certains seront traités par un laboratoire extérieur.

 

 

Sévère dermatose s'accompagnant de fortes démangeaisons, sur la face et les pattes d'un labrador. La peau est squameuse, croûteuse, lichénifiée. Les principales hypothèses sont une gale sarcoptique, une démodécie, une dermatophytie (mycose), une leishmaniose… Les raclages cutanés ont permis de mettre en évidence un sarcopte de gale sarcoptique, et la sérologie leishmaniose était fortement positive.

 

 

Autre chien atteint de leishmaniose, et présentant une dermite étendue avec dépilations, squames, croûtes… et de furieuses démangeaisons, ce qui est inhabituel dans la leishmaniose. Les raclages cutanés ont montré la présence de sarcoptes (photo de droite), et de leurs œufs, permettant de diagnostiquer une gale sarcoptique.

 

 

1 - Les raclages cutanés :

 

C'est certainement l'examen complémentaire numéro un, en dermatologie vétérinaire (voir
aussi la rubrique "Laboratoire" dans le menu "Equipement") : on recherche les lésions les plus à même d'abriter un parasite, et on les racle avec une lame de bistouri. Le matériel ainsi recueilli est observé au microscope, entre lame et lamelle. De nombreux parasites peuvent être mis en évidence de cette façon : sarcopte de la gale (photo ci-dessus), demodex, cheyletiella, poux (photo de droite : pou de chat), trombiculidés… On trouve aussi des mycoses (Microsporum, Trichophyton…) et des œufs de parasite sur quelques poils arrachés et examinés également au microscope (trichogramme). Attention, en médecine en général, mais tout particulièrement en parasitologie, l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence ! quand on voit un parasite, on est sûr qu'il est là, mais quand on ne l'a pas trouvé, cela ne veut pas dire qu'il n'y soit pas !

 

 

Aoûtats (Trombiculidés), que l'on trouve fréquemment sur la face des chats… et pas seulement au mois d'août ! (photo de gauche, et vidéo ci-dessous). Nombreux Cheyletiella et leurs œufs, obtenus par raclage chez un chiot couvert de pellicules (photo de droite).

 

 

 

  

La démodécie est fréquente chez le chien, très rare chez le chat. Ici, une acné du menton chez un chat (photo de gauche). Le raclage cutané a révélé la présence de demodex (centre). À droite, très nombreux demodex trouvés dans le cérumen de l'oreille d'un chat.

 

 

   

Gale du corps chez un lapin (ci-dessus) et un cobaye (ci-dessous) : dans les deux cas, de très nombreux acariens (et leurs œufs), ont été mis en évidence par raclage cutané.


          



Et il nous arrive même de trouver des poux de poule !

 

 

2 - Calques cutanés, et ponctions :

 

Toujours avec le microscope, on peut aussi examiner des calques ou des ponctions cutanés : une lame est plaquée sur une lésion ulcérée, et colorée avant d'être examinée, ou bien un nodule est ponctionné et le produit de ponction étalé et coloré. On met ainsi en évidence des parasites (leishmanies), des mycoses profondes, des bactéries, des cellules évoquant un problème allergique (plaques éosinophiliques) ou immunitaire (cellules de Hargraves), et malheureusement parfois des cellules tumorales… Les lames sont lues dans notre laboratoire, dans un premier temps. En cas de doute, un double est envoyé à un laboratoire de cytologie.

 

 

Nombreuses pustules, dont certaines percées, sur la peau d'un chien : le calque cutané montre la présence d'une population homogène de très nombreux bacilles, dont certains sont phagocytés. L'examen bactériologique a conclu à une infection par la bactérie Pseudomonas aeruginosa.

 

  

Ponction de nodules cutanés d'aspect semblable, chez deux chiens. À gauche, leishmaniose : traitement possible. À droite, lymphome cutané malin : pronostic désespéré.



3 - Examen en lumière de Wood :

 

Lors de suspicion de teigne (mycose cutanée), le champignon peut être mis en évidence au microscope, comme nous l'avons vu plus haut, mais aussi à l'aide d'une lampe de Wood, émettant des ultraviolets, qui le fera apparaître fluorescent ! (photo de droite : un chaton sous la lampe de Wood). Une autre solution consiste à envoyer les poils suspects dans un laboratoire spécialisé, qui les mettra en culture.

 

 

   

Dépilation sur la face d'un chat. À droite, examen au microscope de poils prélevés en bordure de lésion. Le poil de gauche est normal, celui de droite est très abîmé, avec une corticale déchirée et envahie de spores : il s'agit d'une teigne (dermatophytie).

 

 

4 - Biopsies cutanées :

 

Lorsque des prélèvements aussi superficiels que les raclages et les calques ne suffisent 

pas pour obtenir un diagnostic, on réalise des biopsies cutanées : ce sont alors de véritables petites carottes de peau qui sont prélevées, le plus souvent à l'aide d'un "biopsy punch" spécialement conçu à cet effet (photos ci-dessous), plus rarement au ciseau ou au bistouri. Ces prélèvements sont réalisés sous sédation ou sous anesthésie générale, et envoyés dans un laboratoire d'histologie vétérinaire. L'observation des très nombreuses cellules présentes dans la biopsie, et surtout de leur organisation en tissus, permet évidemment un diagnostic plus précis que l'examen des quelques cellules isolées présentes sur un calque cutané. L'histologie sur biopsies cutanées est l'examen de choix pour diagnostiquer des maladies auto-immunes comme les lupus ou pemphigus…(photo de gauche : lupus discoïde)), ou encore des dermatoses héréditaires (génodermatoses), comme l'adénite sébacée.

 

 

Exemple de biopsy-punch : vue générale (photo de gauche), et extrémité par laquelle est découpée la "carotte" de peau (photo de droite). 

 

 

5 - Les "skin-tests" :

 

Après les dermatoses parasitaires, l'une des principales causes de démangeaison chez le chien est l'atopie, dermatite récidivante caractérisée par une prédisposition à développer des allergies (aux acariens de la poussière de maison, aux pollens… et aux aliments). Chez des chiens appartenant le plus souvent à une race prédisposée, la dermatite atopique se traduit par des démangeaisons au niveau de la tête (oreilles, tour des yeux et de la bouche), des extrémités des membres, et de l'anus… avant de s'étendre à l'ensemble du corps et de se compliquer d'infections par des bactéries ou des levures, en l'absence de prise en charge (photo de droite et ci-dessous à gauche). Même si le diagnostic de l'atopie est avant tout épidémiologique (race, âge), et clinique (aspect et répartition des lésions, réponse aux traitements, caractère récidivant), l'identification des allergènes en cause, par intra-dermo réactions, ou skin-tests, (plus fiables que les tests sérologiques), permettra seule la mise en place d'une désensibilisation. De petites quantités des différents allergènes sont injectées à l'intérieur du derme, et l'on voit au bout d'une vingtaine de minutes, lesquels ont provoqué une réaction de la peau (rougeur, œdème)(photo ci-dessous). Une fois que l'on sait à quoi le chien est allergique, une désensibilisation peut être mise en œuvre, avec une amélioration clinique dans 50 à 80 % des cas, dans les six à douze mois suivant le début du traitement. Ces tests sont assez fiables chez le chien, mais très peu chez le chat. (Plus de très bonnes informations sur la dermatite atopique en suivant ce lien).

Ci-dessus à droite : périnée, face arrière des cuisses et base de la queue chez une jeune chienne West Highland White Terrier (race prédisposée à l'atopie) : fortes démangeaisons, perte de poils, épaississement de la peau avec production d'une grande quantité de sébum.

 

Photo de gauche : West Highland White Terrier (race prédisposée à l'atopie) présentant de nombreuses lésions allergiques compliquées par une infection bactérienne (collerettes épidermiques) sous le ventre et en face interne des cuisses (entre autres). Photo de droite :  allergie à Dermatophagoides farinae (3e point de la 1e ligne), un acarien de la poussière de maison très souvent impliqué dans la dermatite atopique canine, toujours chez un Westie.

 

 

6 - Les régimes d'éviction :

 

Les allergies alimentaires sont plus difficiles à mettre en évidence : lorsqu'une telle allergie est suspectée, le diagnostic se fait en nourrissant l'animal exclusivement avec un régime hypoallergénique (régime d'éviction), qui peut être ménager (avec des aliments que votre compagnon n'a aucune chance d'avoir goûtés jusque là, par exemple autruche-manioc), ou industriel (avec des protéines hydrolysées). Et l'on voit s'il arrête de se gratter dans le mois qui suit. Mais exiger d'un chat qu'il ne mange que son régime hypoallergénique et n'attrape plus ni souris ni lézards, est souvent très compliqué ! Le diagnostic des allergies en général, et des allergies alimentaires en particulier, est loin d'être une science exacte.

 

 

7 - Biochimie sanguine, dosages hormonaux :

 

Certaines pertes de poils, symétriques, épargnant la tête et les membres, non prurigineuses, sont évocatrices de dérèglements hormonaux, en particulier le syndrome de Cushing (hyperadrénocorticisme), et l'hypothyroïdie. La suspicion sera étayée par des analyses biochimiques (cholestérol, phosphatases alcalines…), et confirmée par des dosages hormonaux, majoritairement réalisés dans le laboratoire de la clinique de Calvisson. L'imagerie intervient aussi dans le diagnostic (échographie des glandes surrénales).

 


Syndrome de Cushing chez le chien : en haut à gauche, aspect évocateur des dépilations. En haut à droite, échographie d'une glande surrénale chez le même chien : taille augmentée, qui conforte la suspicion (confirmée ensuite par dosage du cortisol). Ci-dessus : peau du dos chez un yorkshire terrier atteint d'un syndrome de Cushing : perte des poils tout le long du dos, pigmentation de la peau, nombreux comédons.

 

Notons qu'une perte de poils présentant les mêmes caractéristiques (atteinte symétrique du tronc et de la queue) est rencontrée chez les furets atteints de maladie surrénalienne.

 

Dépilation du tronc et de la queue chez une furette stérilisée, atteinte de maladie surrénalienne. Une bonne repousse du poil a été obtenue après injection d'un implant de desloréline.

 

 

8 - Imagerie etc :

 

Certaines maladies de peau vont, par leur aspect, inciter à rechercher des maladies générales, pour lesquelles la dermatose ne constitue que la "partie émergée de l'iceberg" : dermatofibrose nodulaire du berger allemand (nodules sur les membres, associés à une tumeur du rein), syndrome hépatocutané (sévères ulcérations cutanées et crevasses sous les coussinets, associées à une lésion très étendue du foie), etc. C'est alors tout l'arsenal de la médecine interne qui sera utilisé pour parvenir au diagnostic : en premier lieu l'imagerie, et notamment l'échographie, mais aussi l'hématologie et la biochimie sanguines, les sérologies, etc.

 

  

Syndrome hépato-cutané : ulcérations très étendues ("en carte de géographie") chez une chienne malheureusement atteinte d'une cirrhose du foie très étendue (photo de droite).




LES TRAITEMENTS



Nous n'allons pas passer en revue ici tous les traitements utilisables en dermatologie des carnivores domestiques et des NAC.

 

Dans la mesure du possible, il faudra évidemment traiter la cause - ce qui n'est pas toujours facile ! soit que cette cause soit difficile à déterminer, (cas des allergies alimentaires chez un animal qui sort, ou dans une maison avec plusieurs animaux et plusieurs régimes alimentaires), soit qu'elle soit difficile à éradiquer (par exemple, une dermite par hypersensibilité à la salive de puces, chez un chien vivant au milieu d'une dizaine de chats ne se laissant pas approcher… ni traiter contre les puces !)

 

Malgré ces difficultés, le traitement - ou l'éviction - de la cause sera évidemment la solution la plus satisfaisante : élimination de parasites cutanés par un acaricide (gale, démodécie, cheyletiellose…) ou un insecticide (pulicose), guérison d'une infection cutanée par un antibiotique adapté et des antispetiques en lotion ou en shampooing…

 

Une allergie alimentaire ne sera jamais "guérie", (l'animal reste allergique), mais si l'on peut déterminer l'aliment allergisant et le retirer de la ration, les symptômes disparaîtront. De la même manière, on pourra rarement supprimer la cause de la maladie chez un chien atteint d'hypercorticisme ou d'hypothyroïdie, ou chez un furet souffrant de maladie surrénalienne, mais le traitement médical de ces maladies permettra dans la plupart des cas une normalisation de l'état de la peau, et une repousse du poil. Une leishmaniose est rarement guérie définitivement, mais son traitement permet généralement une disparition des squames et des croutes recouvrant la peau. Une maladie à médiation immune (lupus, pemphigus…) est le plus souvent contrôlée par l'administration de corticoïdes, à la plus faible dose efficace.

 

Et puis, certaines dermatoses ne peuvent pas être traitées sur le fond (malformations de la peau = génodermatoses), ou ne disposent pas d'un traitement qui soit totalement efficace dans 100 % des cas (désensibilisation d'une atopie, par exemple) : le but n'est plus alors de faire disparaître totalement les symptômes, mais de diminuer les démangeaisons avec des anti-inflammatoires, et d'améliorer l'état de la peau en l'hydratant, ou en restaurant la barrière cutanée, avec des lotions, des shampooings, ou des compléments alimentaires (photo ci-dessous : tonte et shampooing sur un chat anesthésié, à la clinique vétérinaire de Villevieille).

 

 

 

 

QUELQUES CAS DE DERMATOLOGIE

 

 

1 - FANNY, chienne Bleu de Gascogne de 2,5 ans

Trois semaines auparavant, un médicament anti-chaleurs "en  vente libre" a été donné à la chienne. Une dermite d'évolution extrêmement rapide et très prurigineuse est alors apparue, s'étendant à tout le corps, et s'accompagnant de fièvre et d'œdème des membres. Une sérologie leishmaniose était négative. Des traitements antibiotiques et anti-parasitaires et des injections de corticoïdes n'ont pas amélioré l'état de la chienne. Il n'y a pas eu contamination des autres chiens de la maison.

 

Trois semaines plus tard, lors de la première consultation à la clinique vétérinaire de Calvisson, la chienne est fiévreuse (39,7°C), et des pustules, ulcères et croûtes sont présents sur tout le corps, en particulier sur la tête et le long des pattes, à l'exception de la ligne du dos (photos ci-dessous).

 

Aspect de la tête de Fanny à J0 (ulcères, pustules et croûtes sur une surface très étendue du crâne, du chamfrein et des oreilles), et à J13, après mise en place du traitement.

 

Plusieurs raclages cutanés pour recherche de parasites externes et de mycose sont négatifs. L'analyse de selles (concentration par flottaison) ne permet pas de détecter de parasites intestinaux. Le frottis sanguin montre une augmentation des globules blancs. Un calque réalisé sur une pustule montre la présence (logique) des globules blancs habituellement rencontrés dans le pus (polynucléaires neutrophiles), mais aussi de nombreux groupes de polynucléaires éosinophiles, qui orientent donc vers une pustulose éosinophilique (photo de droite). Sept biopsies cutanées sont réalisées sous anesthésie générale, et envoyées à un laboratoire d'histologie. Dans l'attente des résultats, le diagnostic préliminaire de pustulose éosinophilique permettant de suspecter une origine allergique ou auto-immune, nous prescrivons un corticoïde à dose immuno-suppressive, ainsi qu'une couverture antibiotique du fait de l'infection et de la fièvre, et un shampooing aux extraits colloïdaux d'avoine, pour ses propriétés anti-prurigineuses et hydratantes.

 

La réponse au traitement est excellente, avec une disparition extrêmement rapide des pustules, ulcères et croûtes, ainsi que des démangeaisons. L'épaississement et le décollemenet des coussinets sont également résolus. Le résultat de l'examen histologique des biopsies cutanées confirme la pustulose éosinophiique compatible avec un pemphigus superficiel, soit auto-immun, soit induit par une prise de médicament. Le traitement corticoïde et les shampooings sont poursuivis à dose et fréquence dégressives.

 

 

Aspect d'un coude de FANNY avant (J0) et après traitement (J13)(photos ci-dessus). Photos ci-dessous : corne des coussinets épaisse et décollée à J0, normalisée à J13.


           



2 - JOYCE, chien Shetland de 11 semaines :

Une semaine avant sa première visite à la clinique vétérinaire de Calvisson, JOYCE a présenté quelques boutons aux babines. Il a reçu deux injections d'antibiotique et d'anti-inflamatoire. Le soir-même, le chien n'était pas bien du tout avec une forte fièvre (39,7°C), une douleur à l'ouverture de la gueule, et de gros ganglions parotidiens. Il a été présenté à un service d'urgence, et a reçu un autre anti-inflammatoire. Au cours des jours suivants, de nouveaux boutons sont apparus autour de la truffe, sur les babines, les paupières, et dans le pavillon des oreilles. La fièvre a persisté. Le petit chien était très abattu, et se déplaçait avec raideur.


Lors de la première consultation à la clinique vétérinaire de Calvisson (J0), JOYCE est fiévreux (39,5°C), et se tient tout raide, avec le dos voussé. L'ouverture de la bouche déclenche une vive douleur. De nombreuses pustules sont présentes sur le menton et autour de la truffe, dans le pavillon des oreilles, et autour des yeux où les poils sont collés. Les babines sont gonflées.


Nous n'observons ni puce ni déjection de puce, et des raclages cutanés ne montrent pas de parasite (Demodex, notamment). Un calque réalisé sur une pustule montre, après coloration, la présence de très nombreux polynucléaires neutrophiles et macrophages (cellules présentes dans le pus), mais aucune bactérie n'est visible.


 

Photo de gauche : Joyce lors de sa première consultation à la clinique vétérinaire de Calvisson (J0) : le chiot de onze semaines est abattu, fiévreux, avec des douleurs articulaires et des suppurations cutanées : le museau est gonflé, de nombreuses pustules sont bien visibles dans le pavillon des oreilles (photo de droite).


 

Photo de gauche : aspect du menton et du tour de la truffe de Joyce, à J0 : plusieurs grosses pustules sont visibles. Photo de droite : aspect du contenu d'une de ces pustules, après étalement et coloration : on observe de nombreuses cellules caractéristiques du pus (polynucléaires neutrophilies et macrophages), mais aucune bactérie : à comparer avec la photo du calque d'une pustule, présentée dans le § 2.


L'apparition très rapide de pustules sur la face, avec atteinte de l'état général, chez un chiot de cet âge, sans bactéries sur les étalements de pus, est très évocatrice d'une cellulite juvénile. Il s'agit d'une maladie très probablement à médiation immune, avec une prédisposition génétique. Le pronostic est généralement bon avec un traitement adapté, même si l'infection peut laisser des cicatrices visibles sur la face pendant toute la vie du chien - ce qui peut être gênant pour un animal destiné aux concours !


JOYCE reçoit donc des corticoïdes à forte dose, ainsi qu'un couverture antibiotique, et des antiseptiques sur les lésions. En moins de 24 heures, la fièvre tombe, la démarche s'améliore et l'appétit revient. Les yeux sont plus jolis, et les pustules du menton disparaissent (photos ci-dessous). Dans un souci de ne pas donner trop de corticoïdes à un chiot jeune et encore incomplètement vacciné, la dose est réduite, dès J+2.


 

Joyce à J0 (photo de gauche), et J+2 (photo de droite) : après deux jours de corticoïdes, la fièvre et les douleurs ont disparu, le chiot a retrouvé la forme, et les lésions cutanées ont fortement régressé (ici : le tour des yeux).


JOYCE est revu à J+8 : il a recommencé à se gratter violemment depuis deux jours. Les oreilles sont affreuses, et de nouvelles pustules sont apparues autour de la truffe. La posologie des corticoïdes est donc réaugmentée, la couverture antibiotique et les antiseptiques étant maintenus.

 

Le petit chien est revu régulièrement au cours des semaines suivantes, dans les cliniques de Calvisson ou de Villevieille. La forme est revenue rapidement après la rechute qui a suivi la baisse des corticoïdes, et l'état de la peau s'améliore progressivement. Les corticoïdes sont maintenus à la même dose, mais comme le chien grandit et prend du poids, cette dose diminue en proportion. À J+66, il ne reste que quelques croûtes au coin des narines, sous le menton, et dans les pavillons des oreilles, mais la peau n'est plus enflammée. La dose de corticoïdes est divisée par deux, par rapport au début du traitement.

 

 

Aspect de la face interne du pavillon de l'oreille gauche à J+2 (photo de gauche), et J+21 (photo de droite).


 

Joyce à J+21 : les pustules ont laissé la place à des croûtes, autour de la truffe et sous le menton.


 

Joyce à J+48 : diminution de la surface et de l'épaisseur des croûtes.


Un mois plus tard (J+98), les lésions, les croûtes et même les cicatrices ont disparu, mais JOYCE a pris l'aspect caractéristique des chiens recevant de fortes doses de corticoïdes pendant une longue durée (syndrome de Cushing iatrogène) : gros corps et gros ventre, surmontant de petites pattes démusclées (voir le § 7, plus haut dans cet article). La peau est fragilisée dans le syndrome de Cushing, et devient sensible à toutes sortes de maladies. Le jeune chien se gratte d'ailleurs sur tout le corps depuis quelques jours, sans qu'aucune cause ne puisse être trouvée. Il est donc temps de stopper les corticoïdes : leur dose est à nouveau divisée par deux, et leur arrêt programmé pour dix jours plus tard.

 

 

Joyce à J+98, dix jours avant l'arrêt définitif des corticoïdes : les croûtes ont disparu, il n'y a pas de cicatrice visible.

 

Un dernier contrôle est effectué à J+125, à l'occasion d'un vaccin. Il ne reste plus aucune séquelle de la cellulite juvénile. Le Cushing iatrogène a disparu : JOYCE a retrouvé une silhouette normale, et ne se gratte plus. La cellulite juvénile n'est plus qu'un mauvais souvenir.

 

Joyce à l'âge de sept mois, lors de son vaccin à la clinique vétérinaire de Calvisson, 125 jours après sa première visite : le jeune chien est en forme, toutes les lésions cutanées ont disparu sans laisser de cicatrice, et les modifications morphologiques dues au traitement prolongé avec de fortes doses de corticoïdes se sont résorbées.


                                            

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